Nadal: "Sept ans, c'est beaucoup"

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Nadal: "Sept ans, c'est beaucoup"
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Vainqueur dimanche du Masters 1000 de Monte-Carlo pour la septième année consécutive, cette fois aux dépens de son compatriote David Ferrer (6-4, 7-5), Rafael Nadal n'arrive pas à réaliser l'ampleur de sa performance. "C'est très émouvant, assure l'Espagnol, numéro un mondial. C'est quelque chose d'inimaginable pour moi."

Vainqueur dimanche du Masters 1000 de Monte-Carlo pour la septième année consécutive, cette fois aux dépens de son compatriote David Ferrer (6-4, 7-5), Rafael Nadal n'arrive pas à réaliser l'ampleur de sa performance. "C'est très émouvant, assure l'Espagnol, numéro un mondial. C'est quelque chose d'inimaginable pour moi." Rafael, et de sept à Monte-Carlo... C'est très émouvant. Je n'arrive pas à y croire. Démarrer ainsi la saison sur terre, c'est fantastique. Et remporter Monte-Carlo, c'est fantastique... C'est probablement le Masters 1000 où j'ai le plus d'émotions, par rapport à toute l'histoire de ce tournoi. Et parce que c'est ici que tout a démarré en 2003. J'avais joué les qualifs, j'étais entré dans le tableau final, puis j'avais gagné deux matches. Pour la toute première fois de ma carrière, j'étais dans le top 100. Les émotions sont donc toujours particulières ici. Depuis 2005, j'ai gagné sept titres consécutifs. C'est quelque chose d'inimaginable pour moi, car battre sept fois de suite tous les adversaires possibles, c'est une chose quasiment impossible, à mon avis. Qui plus est à Monte-Carlo, où sont présents les meilleurs mondiaux, où tu as toujours des matches très accrochés...Je pense être très chanceux. Vous êtes encore une fois resté longtemps sur le court aujourd'hui. Comment vous sentez-vous physiquement après ces deux derniers matches ? Un peu fatigué, bien sûr. Aujourd'hui, pendant le match, j'étais un peu plus fatigué que d'habitude. Mais dans l'ensemble, c'est positif. C'est important, car ce type de matches, comme la demi-finale hier (samedi) ou cette finale, te font progresser aussi bien mentalement que physiquement. Le côté négatif de la chose, c'est que tu passes beaucoup de temps sur le court, que tu dois courir beaucoup: tu mets toujours ton corps à rude épreuve. Mais quoi qu'il en soit, ces matches-là peuvent t'aider pour la suite de la saison sur terre. Vous vous êtes hissé en finale à Indian Wells et Miami. Et aujourd'hui, vous empochez votre septième titre consécutif sur la terre battue monégasque. Peut-on jouer à un tel niveau en permanence ? Le mois et demi qui vient de s'écouler a été très positif. J'ai joué tous les matches possibles. J'ai disputé toutes les finales. Donc c'est une très bonne nouvelle, car cela veut dire que, lorsque j'étais en bonne santé, que je n'avais pas de pépins physiques, chaque fois, j'étais en finale. Cela me met vraiment en confiance. La défaite à Miami a été particulièrement difficile pour moi. Aujourd'hui (dimanche), j'étais peut-être un peu plus nerveux car je savais qu'il s'agissait de ma troisième finale de Masters 1000 d'affilée, que j'avais perdu les deux dernières fois et que ce serait dur. Lorsque j'ai eu l'opportunité de remporter le deuxième set, j'ai été un peu nerveux. Mais j'ai eu un peu de chance. La faute de smash de David 15-15 a été un point important. Après ça, il a enchaîné quelques erreurs, notamment une double faute. Cela m'a bien aidé à conclure le match. J'ai bien joué le dernier jeu, même si c'était dur. D'une façon générale, je suis content de la manière dont j'ai bouclé le match aujourd'hui. Je ferai de mon mieux la semaine prochaine à Barcelone. Un autre tournoi chargé d'histoire, et très important à mes yeux. Je suis impatient à l'idée d'y retourner. J'étais blessé en début de saison, et j'ai été out pendant presque un mois. Je suis heureux d'être de retour, heureux de jouer et d'être compétitif, et ce sur chaque match. D'Indian Wells à Wimbledon: c'est la partie de l'année la plus importante pour moi. Quatre mois décisifs dans ma saison. Tout démarre bien pour l'instant. Il faut que je continue avec humilité, que je garde ma motivation et que je conserve la même attitude positive, tous les jours. C'est le seul moyen de conserver ce niveau de jeu. L'important, c'est de voir que, sans forcément jouer à la perfection, j'ai gagné ce tournoi. J'ai des progrès à effectuer, et je suis excité à l'idée d'essayer d'y parvenir. N'avez-vous pas peur de trop jouer ? Vous allez vous aligner à Barcelone, Madrid, Rome, Roland Garros... N'en demandez-vous pas trop à votre organisme ? Honnêtement, je ne sais pas. Il y a quelques années, vous disiez que vous jouiez peut-être trop. S'il s'avère que vous vous hissez systématiquement en finale, serez-vous susceptible d'apporter des modifications à votre programme initial ? Mon planning est comme ça. Ces tournois sont ceux que j'ai choisis il y a quelques mois, et je suis satisfait de mon calendrier. Si j'ai tort, on verra bien d'ici quelques mois. Difficile de dire dès aujourd'hui si j'ai fait des erreurs quant à mes choix de tournois ou si je surmène mon organisme, car le tennis est toujours comme ça: ce n'est forcément pas pareil si tu es finaliste ou si tu sors au deuxième ou troisième tour. Après tout, le plus important, ce n'est pas les tournois, c'est le match que vous êtes en train de jouer. Là, j'enchaîne ma troisième finale. J'ai joué des matches pleins, parfois longs, c'est vrai. Mais j'ai du mal à dire si j'ai trop joué ou pas. J'ai fait un tournoi avant Melbourne. Ensuite, l'Open d'Australie. Indian Wells, Miami, Monte-Carlo et bientôt Barcelone (le seul non obligatoire) et Roland Garros. Avant Wimbledon, je dispute le Queen's. Cette année, je ferai Cincinnati et Montréal. Puis l'US Open, Tokyo, Shangaï, Paris (BNP Paribas Masters, ndlr) et, je l'espère, Londres (finale du Masters, ndlr). Mais nous verrons bien. En tout, j'ai peut-être programmé trois ou quatre tournois en dehors des tournois obligatoires. Certains sont obligatoires car il faut bien préparer les Grands Chelems. D'autres le sont si tu veux rester parmi les meilleurs. Je ne joue pas 25 tournois, j'en joue peut-être 18 ou 19, maximum. Mais vous en avez quatre ou cinq qui s'enchaînent à cette période... C'est le calendrier qui veut ça. C'est là que je dois jouer mon meilleur tennis, que je dois défendre le plus de points. Chaque année, je fais une super saison sur terre. Je dois essayer de refaire la même chose cette année. Ces quatre ou cinq tournois sont ceux où, si je joue vraiment très bien, j'aurai le plus de chances de récolter des points pour rester en haut du classement à l'issue de la saison. Je dois donc essayer. Je suis en bonne santé, donc pourquoi pas ? "Perdre deux finales, cela vous affecte forcément" Pouvez-vous nous parler des sensations que vous avez eues sur le court tout au long de la semaine ? Je trouve que je ne me suis pas bien entraîné du tout avant le tournoi. A partir du moment où la compétition a démarré, j'ai commencé à mieux jouer. Au premier tour, j'étais à l'aise. Au deuxième tour, face à Richard (Gasquet), ça n'a pas été évident, mais je suis très content de la façon dont j'ai joué. Au troisième tour, j'ai assez bien joué. Face à Ljubicic, impossible de livrer une analyse de mon jeu: il y avait un vent terrible. Mais là encore, j'ai gagné en deux manches. Le négatif est que, pour l'instant, je ne suis pas capable de jouer à mon meilleur niveau tout le temps. Je joue très bien sur quelques jeux, puis j'ai l'impression que je me déconcentre plus facilement que d'ordinaire. A mon sens, c'est la seule chose négative à relever. Je suis peut-être un peu plus nerveux que d'habitude. Je défends peut-être un peu plus que je ne devrais le faire. Mais j'espère que cette victoire m'aidera pour la confiance. Les bons résultats vont arriver... Je compte bien jouer plus offensif. Du moins je vais essayer ! Vous vous dites plus nerveux. Est-ce à cause des deux finales récemment perdues ? Chaque saison est très différente. Quand tu démarres l'année, tu ne sais pas trop ce que tu vas donner. En début de saison, je n'ai pas eu trop de chance. Après ça, j'ai eu des matches difficiles. Indian Wells a été un excellent résultat pour moi. Un résultat important pour la confiance, même si je n'ai pas bien joué lors de la finale. En fait, je pense avoir commencé à mieux jouer à Miami. Alors bien sûr, perdre deux finales, cela vous affecte forcément. Tu es donc plus nerveux que d'habitude, c'est certain. Quelle différence y a-t-il à gagner le tournoi en jouant à merveille, ou à gagner sans forcément montrer du très beau jeu ? Il faut toujours voir le côté positif de la chose. Lorsque tu es sur un nuage, que tu joues à la perfection, c'est fantastique. Tu n'as qu'à essayer de jouer encore mieux. Et si tu gagnes sans même jouer ton meilleur tennis, cela signifie a priori qu'à défaut d'être parfait, tu peux rester compétitif. Et si tu améliores un peu ton jeu, tes chances sont encore plus grandes. Je ne dis pas que j'ai mal joué. J'ai joué correctement. Mais j'ai certainement des choses à améliorer pour les semaines à venir. Cette victoire me met en confiance. Je glisse moins bien que d'habitude sur terre, c'est vrai. Or il est plus facile de bien défendre lorsque tu glisses bien. Je ne sers pas très bien. Mais il me reste deux jours d'entraînement avant de démarrer Barcelone. On verra. Est-il plus difficile de remporter un tournoi à sept reprises, ou de gagner un Grand Chelem ? Vous plaisantez ? La question ne se pose même pas. Il est bien plus dur de gagner sept fois d'affilée un tournoi que de remporter un Grand Chelem. Un Grand Chelem, c'est un tournoi qui dure deux semaines. En jouant bien pendant deux semaines, presque tout le monde peut gagner. Pour gagner sept fois d'affilée le même tournoi, il faut réunir un certain nombre de facteurs: tu dois être en bonne santé, chaque année. Tu dois bien jouer, chaque année. Et Monte-Carlo n'est pas un petit tournoi ! Tu dois donc gagner des matches difficiles, t'extirper de situations délicates. Sept ans, c'est beaucoup. Et ça fait beaucoup de matches que tu peux très bien perdre ! Vous persistez à dire, à chaque tournoi que vous ajoutez à votre palmarès, que ce que vous accomplissez est presque impossible. Mais vous semblez en quelque sorte... rendre possible l'impossible ! Je ne dis rien que je ne pense réellement. Si je le dis, c'est que je le ressens comme ça. Lorsque je m'entraîne à Majorque, trois jours avant le coup d'envoi de la saison sur terre, je me dis toujours que je vais être prêt à bien jouer une nouvelle fois, à gagner encore. Je l'espère en tout cas. Mais la vérité, c'est qu'au final, tu ne sais jamais trop où ça commence et où ça prend fin. Tu dois te préparer à tout, accepter les défaites de la même manière que les victoires. Il est toujours plus facile d'accepter les choses lorsque vous vous dites que ce que vous avez accompli l'année précédente est quelque chose d'a priori impossible. Même si tout le monde dit que tu es le favori, à partir du moment où tu mets le pied sur le court, tu peux aussi bien t'incliner que l'emporter. Je ne pense pas dire là quoi que ce soit d'étrange. Même si j'ai beaucoup gagné sur terre ces dernières années, c'est vrai... je peux aussi perdre. Vous êtes pourtant la preuve vivante du contraire... Je pense que le tennis est très compétitif, même si l'on gagne 6-3, 6-4, cela ne dépend que de quelques points dans le match, qui changent tout. Si l'on n'est pas prêt à gagner ces quelques points, on est en difficulté presque à chaque match. Je ne sais pas pendant combien de temps je vais être prêt à gagner ces points-là. Combien de temps pensez-vous encore jouer ? J'arrêterai le tennis le jour où je perdrai l'envie de continuer à progresser, lorsque je perdrai l'envie de me battre sur le court. Je ne sais pas à quel moment ça arrivera. Je ne sais pas si ça arrivera le mois prochain, ou dans deux, cinq ou huit ans... C'est la question. Mais je n'ai pas de réponse. Après, tout est question aussi de santé, d'absence de blessures. Carlos Moya, par exemple, a dû mettre un terme à sa carrière suite à une blessure. Il voulait vraiment continuer à jouer, mais n'était plus assez en forme. Donc si je suis en forme...Le plus important est d'être heureux et d'apprécier les choses.