N'Dam: "Il n'y a pas de raison..."

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N'Dam: "Il n'y a pas de raison..."
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C'est ce samedi, au Cannet (Alpes-Maritimes), qu'Hassan N'Dam (25 victoires, dont 17 par K.O.) remet en jeu sa ceinture de champion du monde WBA des poids moyens. Le Franco-camerounais est défié par le Dominicain Giovanni Lorenzo (29 victoires dont 21 par K.O., 3 défaites), qui essaiera pour la troisième fois de remporter ce titre par intérim. Nous avons été à la rencontre de celui que l'on surnomme El Fenomeno...

C'est ce samedi, au Cannet (Alpes-Maritimes), qu'Hassan N'Dam (25 victoires, dont 17 par K.O.) remet en jeu sa ceinture de champion du monde WBA des poids moyens. Le Franco-camerounais est défié par le Dominicain Giovanni Lorenzo (29 victoires dont 21 par K.O., 3 défaites), qui essaiera pour la troisième fois de remporter ce titre par intérim. Nous avons été à la rencontre de celui que l'on surnomme El Fenomeno... Hassan, comment votre préparation s'est-elle déroulée ? On a essayé de travailler sur beaucoup de points. L'entraînement, c'était deux fois par jour: on travaillait le physique et le cardio le matin, et après, le soir, c'était sparring, leçon individuelle et sac, donc tout ce qui a trait au combat. Pouvez-vous nous parler de votre coach Mustapha Ouicher ? Il est un peu tout pour moi: mon entraîneur, mon manager, mon père, un ami, un frère, etc. On a une relation qui est vraiment fusionnelle: juste avec les yeux, on arrive à se parler. Il sait comment je me sens, il sait me gérer. C'est un tout entre nous: on ne se cache rien, donc forcément il arrive à mieux me gérer comme cela. C'est quelqu'un de très véridique, il sait se remettre en question, moi aussi, c'est pour cela qu'on s'entend bien depuis sept ans. Pour moi, c'est le meilleur entraîneur en France, c'est lui qui a réussi à m'amener où je suis aujourd'hui, et avec très peu de moyens. Êtes-vous difficile à gérer ? Non, mais j'ai traversé des moments difficiles, je suis jeune, on s'est connu j'avais 20 ans... Il a su me canaliser, canaliser mon énergie tant sur le ring que sur la vie, il a su me mettre dans le droit chemin, me rappeler à chaque fois mes objectifs. Il sait comment me prendre. Qui est votre adversaire Giovanni Lorenzo ? C'est quelqu'un qui est grand - on doit avoir un centimètre d'écart, il travaille beaucoup à distance avec ses rallonges, il n'est pas très varié, cela veut dire qu'il n'a pas vraiment la boxe américaine. C'est quelqu'un qui ne lâche rien, il a rencontré les deux champions du monde allemands (Sebastian Sylvester et Felix Sturm, NDLR) et a été battu seulement aux points. Il ne faut pas le prendre à la légère, il est imprévisible. On a travaillé sur tous ces points-là, donc il n'y a pas de raison. Possédez-vous un avantage psychologique du fait qu'il a perdu ces deux combats ? Il a rencontré des champions, ce ne sont pas des petits boxeurs. Il a perdu mais c'était très serré. Il est vraiment au niveau. Donc ce n'est pas un avantage, au contraire, il faudra faire attention parce que c'est quelqu'un qui est habitué aux très grands évènements, qui ne vit pas la fleur au fusil, qui se déplace toujours, qui boxe à l'extérieur. La pression, il l'a gère. "A chaque fois que j'arrivais dans la salle, ils m'appelaient El Fenomeno" Vous paraissez très humble... Cela fait partie de moi, de mon éducation au Cameroun, de mes racines, etc. On reste des humains, je ne trouve pas l'intérêt de prendre la grosse tête, parce qu'on est dans un sport où on monte très vite mais où on descend aussi très vite. La meilleure façon de se comporter, c'est de rester soi-même, prendre tout le monde de la même manière. A partir du moment où vous avez des gens qui vous apprécient, qui sont fans de vous, c'est mieux d'aller vers eux. Ce sont mes principes. Quelle est votre philosophie de la boxe ? J'ai commencé très, très jeune. Pour moi, c'est un jeu, c'est le noble art. Son vrai principe, c'est toucher sans se faire toucher, c'est vraiment un jeu de gamin, un jeu de cache-cache. Il n'y a pas de haine dans la boxe. La preuve, à la fin de chaque combat, on s'embrasse, on n'a pas de problème, on n'a rien, c'est un sport comme le football. Comment avez-vous découvert cette discipline ? Par mon père, qui était champion d'Afrique des poids lourds. Il nous a initiés quand on le voyait s'entraîner, on essayait de faire pareil tout petit. A six ans, on était trois frères à pratiquer. Aujourd'hui, je me suis démarqué. Quel est votre style ? Je suis défini comme un boxeur complet. J'ai des belles jambes, cela veut dire que je bouge beaucoup. En fait, j'envoie tout au niveau des jambes, j'ai une grosse capacité d'analyse et de gestion de l'adversaire. J'ai aussi une grosse marge de progression. Je n'arrête pas de travailler, d'apprendre, la boxe est un éternel recommencement. On apprend tous les jours, et c'est ce que je fais. D'où vous vient ce surnom d'El Fenomeno ? Cela vient de Cuba. Là-bas, j'étais l'un des Africains à battre les Cubains en préparation olympique. A chaque fois que j'arrivais dans la salle, ils m'appelaient El Fenomeno. C'était juste ma façon de me comporter avec eux sur le ring, je leur posais beaucoup plus de problèmes qu'ils ne le pensaient. Pourtant, je venais d'un pays d'Afrique qui n'était pas beaucoup connu au niveau boxe. Pour eux, j'étais vraiment un phénomène. "Je n'ai pas envie de défendre mon titre par intérim pendant des années" Comment êtes-vous devenu boxeur professionnel ? Cela n'a pas été facile, mais je me suis dit, à un moment donné après les Jeux Olympiques: "je vais me fixer de nouveaux objectifs, je vais passer pro." Mais au Cameroun, ce n'est pas possible parce qu'il n'y a pas trop d'infrastructures. Voilà pourquoi j'ai opté pour la France, c'est comme cela que le contact a été fait avec mon entraîneur. Participez-vous au développement de la boxe camerounaise ? J'essaye en tout cas, à mon niveau, d'envoyer du matériel dans des clubs. J'ai des projets, qui ne sont que des projets pour l'instant. Et j'ai mon frère, qui fait une préparation olympique aussi, donc j'essaye de le suivre petit à petit pour qu'il puisse venir passer professionnel en France. En amateur, cela ne devait pas être facile tous les jours... Heureusement que j'ai rencontré quelqu'un de bien, le sous-directeur de douane, qui avait un club. C'est lui qui m'a pris sous son aile, il m'a fait sortir de chez mes parents, j'ai pris une chambre à moi. A 17 ans, je m'assumais déjà comme un grand, j'allais à l'école. J'avais un peu d'argent de poche et, avec mes primes de compétitions, j'essayais de mettre de côté pour pouvoir survivre. J'avais déjà l'esprit de combattant, des objectifs bien précis, je ne lâchais rien. Aujourd'hui, c'est plus facile ? J'ai un sponsoring avec la ville de Pantin (Seine-Saint-Denis). Ils m'aident vraiment pour pouvoir avoir un salaire mensuel, pour pouvoir gérer ma vie professionnelle, parce que je ne fais que cela dans la vie. Pour l'instant, j'arrive à m'en sortir, mais ce n'est pas encore cela. Quels seront vos objectifs après ce championnat ? Je n'ai pas envie de défendre mon titre par intérim pendant des années, parce que ce n'est pas vraiment un titre. Mon prochain objectif, ce sera de rencontrer le vrai champion du monde.