Muffat et la référence Pellegrini

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Muffat et la référence Pellegrini
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Titrée sur 200 mètres nage libre en petit bassin l'hiver dernier, Camille Muffat était venue se tester face au gratin mondial à Shanghai. La Niçoise quitte les Mondiaux avec deux médailles de bronze, sur 200 et 400 mètres nage libre. Insuffisant pour la championne persuadée qu'elle aurait pu faire mieux. Encourageant pour son entraîneur qui la croit capable de viser un titre olympique à Londres.

Titrée sur 200 mètres nage libre en petit bassin l'hiver dernier, Camille Muffat était venue se tester face au gratin mondial à Shanghai. La Niçoise quitte les Mondiaux avec deux médailles de bronze, sur 200 et 400 mètres nage libre. Insuffisant pour la championne persuadée qu'elle aurait pu faire mieux. Encourageant pour son entraîneur qui la croit capable de viser un titre olympique à Londres. "Muffat ? Elle a fait de beaux championnats du monde. C'est la révélation de l'année en crawl." Venant de Philippe Lucas, le compliment n'est pas anodin. Hier mentor de Laure Manaudou, championne olympique en 2004 et double championne du monde en 2005 et 2007 du 400 mètres et championne du monde du 200 mètres en 2007 sous sa coupe, aujourd'hui en charge de l'ancienne rivale de la Française, l'Italienne Federica Pellegrini, qui a réussi le doublé 200-400 cette semaine à Shanghai, l'entraîneur aux chaînes en or qui brillent, qu'on l'aime ou non, n'est pas une "tringle", pour reprendre son expression favorite, quand il s'agit de juger une championne. Voilà qui donnera peut-être le sourire à l'intéressée, sortie des bassins chinois avec une moue boudeuse qui passerait visiblement mal aux yeux du grand public. "Encourageant mais décevant", a-t-elle résumé froidement ses Mondiaux 2011. Comment une jeune fille de 21 ans peut-elle faire la soupe à la grimace après avoir décroché deux médailles aux championnats du monde en grand bassin, fussent-elles en bronze ? N'y voyez pas les traits d'une nageuse blasée qui ne mesurerait pas bien la valeur d'une médaille mondiale mais plutôt l'expression d'une championne seulement intéressée par la victoire. "Je sais ce que je vaux", disait-elle à la veille des Mondiaux. On a trop longtemps stigmatisé le manque d'ambition des sportifs français pour en faire le reproche aujourd'hui à la Niçoise. Laquelle se retournera certainement avec plus de satisfaction sur ses championnats du monde une fois rentrée à la maison. "Deux médailles sur un championnat du monde, il ne faut pas cracher dessus, elle va apprécier de revenir avec ça dans ses valises", voulait ainsi croire Fabrice Pellerin. S'il y avait certainement la place pour faire mieux, les motifs de satisfaction ne manquent pas. Et le premier est certainement d'avoir répondu présente pour la première fois en grand bassin, un an après être passée à côté des Championnats d'Europe de Budapest et de la grande moisson tricolore. "C'est un gros pas en avant, note son entraîneur. C'est quelque chose qu'il faudra mettre en avant à la fin de la semaine. C'est important d'être sur le podium mondial, d'être présente le jour J. C'est quelque chose qui lui a fait défaut à de multiples reprises." Son titre mondial sur 200m en petit bassin l'hiver dernier à Dubaï n'y est certainement pas étranger. Mais les raisons sont multiples. Dans son équilibre en dehors des bassins. "Aujourd'hui, Camille a une vie, personnelle, affective, relationnelle, explique le coach niçois. Tout ça réunit, dont on ne maîtrise pas tous les ingrédients, ça donne parfois des choses bien, et d'autres fois des choses moins bien. Aujourd'hui, Camille est plus une femme qu'une ado boutonneuse. Ça contribue à réaliser de bonnes choses." Une deuxième naissance Son recentrage sur le crawl aura pourtant été le déclic. "Pour une reconversion, c'est une belle entrée en matière. C'est comme une deuxième naissance, image Pellerin. C'était une année de choix, de nouvelles méthodes et il était aussi question d'observer ce que ça pouvait donner. Ça doit l'encourager. Si elle fait la même avancée en un an ça peut être intéressant dans la perspective des Jeux." Car la Niçoise, qui n'a que 21 ans et donc encore de très belles années devant elle, n'est pas « finie ». "Ce que fait Camille (à l'entraînement) est ultra rentable. Il y a cinq dixièmes à gagner. Mais il y a la place. Camille en est consciente. Je suis content qu'elle soit honnête avec ça, qu'elle sache qu'il y a encore de quoi faire et qu'il faudra le faire si vraiment elle veut mieux", avance le coach niçois qui a déjà une petite idée derrière la tête pour faire progresser son élève, et Yannick Agnel de paire. "Ce qu'il faut, c'est qu'elle multiplie ce genre de rencontres internationales où on voit des choses très différentes que dans les meetings en France. On va peut-être s'atteler à ça, aller à la rencontre de ce qui se fait de mieux à l'étranger. Aux Etats-Unis, il doit y avoir trois ou quatre Muffat, des nageuses qui s'étalonnent. En France, Camille est un peu seule. Je me vois bien passer pas mal de temps à l'étranger", détaille Pellerin avec toujours l'idée que ses champions démystifient la concurrence, « la Pellegrini » dans le cas de Muffat. "Les initiatives de Camille ont aussi empêché les initiatives d'autres nageuses", notait-il à la sortie de la finale du 200 mètres. "Et quand on prend conscience de ça, on en joue aussi et on développe de nouveaux atouts." Suffisamment pour s'élever au niveau des standards de la référence italienne et viser un ou deux titres olympiques l'été prochain à Londres ? "Oui. Elle a beaucoup de qualités, elle a la force, la technique. Elle n'a pas à rougir de personne sur son potentiel", répond spontanément Pellerin avant de lancer un message à sa nageuse : "Un an, c'est une éternité ou l'équivalent d'une journée, ça peut largement suffire ou être insuffisant. Ce n'est pas seulement ce que l'on est qui permet de devenir champion olympique, c'est ce que l'on fait de ce que l'on est." Visiblement, Muffat veut encore mieux faire.