Morisod, pour relancer les Bleus

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Morisod, pour relancer les Bleus
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SKI: Le Suisse Patrice Morisod est arrivé au chevet des Bleus afin de relancer le ski tricolore.

Si Jean-Baptiste Grange et Julien Lizeroux sont étincelants dans leurs disciplines, l'ensemble des tauliers du ski français ne tient pas la cadence. Pour cela, le staff tricolore est allé recruter le Suisse Patrice Morisod afin de relancer l'ensemble du groupe France et ce, dès le week-end prochain à Lake Louise.Didier Cuche, deux globes de cristal en descente (2007 et 2008), un en géant (2009) et un titre mondial en Super-G à Val d'Isère, Carlo Janka, champion du monde en titre de super-combiné, ou encore Didier Defago, trois victoires en Coupe du monde, c'est lui. Lui, c'est le nouveau responsable du groupe vitesse de l'équipe de France de ski: Patrice Morisod, invité à relancer des Bleus au ralenti depuis la retraite d'Antoine Denériaz et dont la sixième place d'Adrien Théaux, le meilleur descendeur français en 2009 (18e du classement), lors des Finales à Are, reste la meilleure performance la saison dernière. Des sommets suisses au fond de la vallée française, le dénivelé pris par l'intéressé dans sa carrière est vertigineux. Alors pourquoi diable ce Suisse francophone de 40 ans, qui a fait de nos voisins l'une des références dans le monde de la vitesse, a-t-il traversé le Lac Léman ? "Pour moi, cette décision n'était pas difficile à prendre. C'est une aventure, un nouveau challenge. J'ai passé 18 ans en Suisse, c'est presque un miracle pour un entraîneur", avoue-t-il avec ce bel accent helvétique qui inviterait presque à lui seul à chausser les skis. "J'avais envie de me renouveler, de trouver un nouveau but, des nouveaux objectifs. La France, par rapport à la langue, c'est le pays qui m'intéressait le plus." Aucune forme de masochisme donc dans cette démarche. "C'est mieux de partir quand on est au sommet qu'en se faisant botter le derrière", rappelle-t-il. Morisod se veut optimisteArrivé fin avril, le Suisse a rapidement pris ses marques. Donné rendez-vous à ses hommes sur les skis plus tard que les années précédentes, seulement mi-juillet, pour disposer d'un groupe déjà affûté physiquement. Et imposé sa méthode. "L'aspect psychologique est hyper important pour moi", reconnaît-il. "Si on veut avoir une équipe qui marche, il faut déjà arriver à leur faire croire qu'ils sont bons. Quand ils seront persuadés qu'ils le sont, c'est là qu'ils vont commencer à avancer." Avec des garçons peinant la saison dernière à entrer dans le Top 10 des descentes (neuvièmes places de Poisson et Théaux respectivement à Kitzbuehel et Kvitfjell) et largués en Super-G (Théaux est le seul à avoir marqué des points la saison dernière), ce n'est à un entraîneur mais à un gourou que l'encadrement français aurait dû faire appel. Morisod est plus optimiste. "Je suis persuadé en ayant vu, d'un oeil un peu plus neutre, ce qui s'est fait ces dernières années, qu'on est capable d'atteindre de belles choses avec cette équipe. Il y a des garçons bourrés de talent, le potentiel est là."Comment transformer ce potentiel en résultat ? En changeant d'approche. "A la base, le Français est peut-être un peu plus pinailleur, il va peut-être un peu trop dans le détail parfois, il se complique un peu la vie. Je crois que les choses sont parfois plus simples que ce qu'elles ne paraissent", avance-t-il. "Franchement, des coureurs qui skient en Coupe du monde ont déjà un niveau de ski intéressant. Moi, je travaille beaucoup sur le positif. Je ne corrige pas les athlètes à chaque manche. Il y a des choses à corriger et on travaille là-dessus. Et il y a déjà des choses qu'ils ont très, très bien fait et je leur dis. Les athlètes ont de la valeur et on n'a pas besoin de les rabaisser tout le temps. Je préfère sortir dix virages qui sont bons plutôt qu'un virage mauvais. Un athlète qui fait dix bons virages est capable d'en faire 40 de bons. J'essaie de travailler sur les lignes pour leur amener plus de sécurité aussi."Morisod: "Il faut qu'ils apprennent vite, on n'a pas de temps à perdre"S'il espère qu'un de ses élèves sortira du lot pour jouer les locomotives, "pour nous amener un peu ce que JB et Julien ont apporté au groupe technique", Morisod se refuse à entrer dans le jeu des pronostics, citant tout juste Dalcin, "qui a déjà gagné en Coupe du monde", Théaux, "qui a un super niveau technique", Clarey, de retour de blessure "qui a toutes les caractéristiques pour être très bon aux Jeux Olympiques", plus une ribambelle de jeunes skieurs en quête d'expérience. "L'expérience compte beaucoup en vitesse. Il faut qu'ils apprennent vite, on n'a pas de temps à perdre, mais il faut leur faire confiance et qu'ils se fassent confiance", précise-t-il. "Gagner, c'est tout un apprentissage. C'est plus subtil que simplement la technique ou le physique."Et voir un Français sur la plus haute marche d'un podium dès cette année, voire sur celui des Jeux Olympiques, c'est possible ? Morisod reste prudent. "Les objectifs sont assez clairs. Un pays comme la France se doit d'avoir des athlètes dans les 15 premiers de la Coupe du monde dans les disciplines de vitesse", affirme-t-il. "C'est utopique de penser que tout le monde sera très, très fort dès cette saison. Je réussis peut-être à faire de bons entraînements mais je ne fais pas de miracle. C'est à partir de la deuxième ou de la troisième année où on pourra espérer arriver au sommet." Ça serait ça la méthode suisse, la patience ?