Montpellier, l'autre dimension

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Montpellier, l'autre dimension
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Le rêve est passé pour Montpellier, qui n'aura fait que tutoyer le Brennus finalement arraché par le Stade Toulousain samedi, au Stade de France. Dans les rangs héraultais, par-delà une évidente fierté d'avoir accompli un tel parcours, perce aussi une pointe d'appréhension à l'idée de devoir endosser désormais un nouveau statut d'équipe à battre.

Le rêve est passé pour Montpellier, qui n'aura fait que tutoyer le Brennus finalement arraché par le Stade Toulousain samedi, au Stade de France. Dans les rangs héraultais, par-delà une évidente fierté d'avoir accompli un tel parcours, perce aussi une pointe d'appréhension à l'idée de devoir endosser désormais un nouveau statut d'équipe à battre. Rien ne sera plus jamais comme avant. Julien Tomas, dont les larmes ont à peine eu le temps de sécher, ne le sait que trop bien. "Il y aura un avant et un après. La nouvelle saison va redémarrer, mais celle-là se termine sur une défaite et ça fait mal parce qu'on ne sait pas si on y reviendra." Depuis un an, Montpellier a renversé des montagnes pour atteindre ce sommet du Stade de France, où face à Toulouse, l'oxygène a fini par manquer à Fulgence Ouedraogo et ses coéquipiers, usés jusqu'à la corde par cette incroyable épopée. L'exploit est pourtant déjà magistral que d'être parvenu à contrecarrer à ce point les plans de l'ogre toulousain. "Le but, ce n'était pas de rivaliser, lâche pourtant François Trinh-Duc, mais d'essayer de remporter un titre parce qu'on n'aura peut-être plus la chance de revenir en finale. On ne sait pas de quoi est fait demain..." Leur rêve, à portée de main jusqu'à la 71e minute de jeu samedi soir, est passé et, avant que leur public ne leur rende l'hommage qu'ils méritent Place de la Comédie ce dimanche, la déception se mêle chez certains à un sentiment teinté d'appréhension envers l'avenir: "On a marqué une page du rugby montpelliérain et compétiteur comme on est, c'est clair qu'on a envie d'y retourner, prophétise Tomas. Mais on sait que le boulot va être encore plus dur pour les années à venir. On sait ce qu'il faut y mettre, mais on a eu beaucoup de réussite, beaucoup de chance aussi." L'exemple clermontois La saison quasi-parfaite du MHR ne sera évidemment pas facile à rééditer. Elle le sera d'autant moins que dès la reprise du prochain Top 14, les Montpelliérains auront la pancarte d'équipe à battre: "On aura une autre étiquette dans le dos, on sera vu différemment par nos adversaires, c'est certain, annonce le demi de mêlée international. Après, j'essaye de me réconforter en me disant: « Clermont, dix finales, dix défaites. » Nous, c'est la première ! C'est quelque chose qui va nous faire grandir, je l'espère, pour les années à venir." Son coéquipier, l'arrière Benjamin Théry veut positiver: "Maintenant, on aura un point de départ, une référence pour le futur. Les joueurs qui vont rester au club sauront maintenant que c'est possible parce que jusqu'à présent, on ne savait pas jusqu'où on pouvait aller... Et maintenant, on sait le travail qu'il faut y mettre, les sacrifices qu'il faut consentir, l'abnégation que ça réclame et on sait que ça se joue sur des détails. Ce point de départ existe et c'est un gros plus pour l'avenir." Pour le sage Eric Béchu, les traits tirés et la gorge serrée -"Mon retour en Arriège va être difficile..."-, cette manière de se projeter sans attendre relève de la torture: "La saison prochaine, très franchement, c'est dans un siècle." Bien qu'éprouvé par cette campagne inespérée, on devine que le coach des avants héraultais voudrait malgré tout prolonger cette subtile alchimie: "S'ils m'ont surpris ? Ça fait un an qu'ils me surprennent. Alors on est déçus, mais à la fois on a beaucoup de fierté d'être avec des mecs assez bien pour vivre ensemble une aventure hors du commun." Sur laquelle il va falloir capitaliser. Béchu, riche de son expérience albigeoise, connaît mieux que quiconque les écueils à éviter. "Il faut construire. J'ai vécu dans un club qui a fini par chuter parce qu'on évoluait tout le temps dans l'exploit, prévient-il, encore marqué par cette rétrogradation administrative, qui en 2009, avait annihilé le maintien d'un Sporting en surrégime. Il faut qu'après cette saison, où les joueurs ont été dans l'exploit, on construise un grand club. Il y a déjà un grand stade, une grande école de rugby, des jeunes Champions de France en cadets et en juniors. Il y a plein de choses, maintenant, il faut de la stabilité, construire sur du dur. (...) Il y a des moyens, des gens sérieux qui arrivent à la tête du club. Moi, j'ai espoir. On pourrait imaginer que le plus dur est à venir, Béchu réfute : Le plus dur, c'était d'enclencher ça. On a tout pour réussir, mais il ne faut surtout pas se réfugier sur l'exploit des joueurs, qui sont à 110 % de leurs possibilités. Quand on est à 90 % et qu'on a de la marge, on prend moins de cartons jaunes." Et on peut alors rêver vaincre en finale.