Mola: "Ne pas pleurer sur son sort"

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Mola: "Ne pas pleurer sur son sort"
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A l'aube d'une nouvelle saison de Top 14 plus concurrentielle que jamais, le CA Brive Corrèze, rentré dans le rang lors de l'exercice précédent, renvoie l'image d'un club sous la menace pour ne pas avoir pu suivre l'emballage des plus grosses écuries. A 38 ans, Ugo Mola, l'entraîneur des Coujoux, désormais seul aux commandes, ne conteste pas la réalité, mais veut croire, lucide, à la pertinence d'un projet modeste, mais désormais fiable.

A l'aube d'une nouvelle saison de Top 14 plus concurrentielle que jamais, le CA Brive Corrèze, rentré dans le rang lors de l'exercice précédent, renvoie l'image d'un club sous la menace pour ne pas avoir pu suivre l'emballage des plus grosses écuries. A 38 ans, Ugo Mola, l'entraîneur des Coujoux, désormais seul aux commandes, ne conteste pas la réalité, mais veut croire, lucide, à la pertinence d'un projet modeste, mais désormais fiable. Ugo, peut-on dire que le CABC a pris conscience de la réalité qui est la sienne dans ce Top 14 et se montre aujourd'hui plus lucide, quitte à adopter un profil bas ? Oui, en même temps, ce n'est pas qu'on fait preuve de prétention, c'est juste qu'on attendait beaucoup de nous du fait de la qualité de notre effectif et de la richesse du passé briviste. Le problème, c'est qu'on n'a pas attendu Brive pour exister ailleurs et que les armadas se constituent à droite et à gauche, et sur une saison qui devient un peu délicate, vous finissez par risquer le pire. C'est ce qui nous est arrivé... Alors aujourd'hui, ce qui est sûr, c'est qu'on n'est pas sonnant et trébuchant (sic) à annoncer des objectifs insensés. Parce que si je lis bien tous vos collègues et si j'écoute mes propres collègues, il y a plus de dix ou onze équipes qui voudraient être dans les six premiers. Forcément, à un moment ou un autre, ça va coincer quelque part. A Brive, on n'a pas d'autre prétention que d'exister dans cette élite du rugby européen et français, qui, on s'en rend compte, est l'un des championnats les plus attractifs et les plus compliqués. A nous d'être à la hauteur et pour une ville comme Brive de 50 000 habitants, exister dans cette course à l'armement des grosses métropoles, c'est un challenge super excitant. On ne se la joue pas petit poucet, mais comme un club qui a la modestie de penser que c'est difficile de rester en Top 14 aujourd'hui et qu'il faut donner le meilleur de soi-même pour perdurer. "Un club régional digne du Top 14", pour reprendre Simon Gillham, votre directeur général, c'est le credo ? Oui, digne du Top 14 parce qu'il y a une vraie histoire au sein de ce club, des structures qui nous permettent de l'être et puis aussi un partenariat à la fois local et national, toutes proportions gardées, qui est assez énorme et présent. Du coup, il nous faut mettre tous nos oeufs dans le même panier pour être au niveau. Brive a réellement pris conscience de la chance que l'on avait d'exister dans ce championnat qui est encore une fois démesuré en termes de moyens. Il ne faut pas pleurer sur son sort. "Ici, des gens sont heureux quand Brive se plante" La saison dernière fut agitée dans la coulisse. Y a-t-il encore la place dans ce Top 14 pour ce genre de psychodrame ? Bien sûr qu'il y a la place, mais la différence entre les clubs, c'est ceux qui sont capables de passer de l'orage à la tempête. Ici, de par la vécu du club et de l'environnement médiatique, on attend beaucoup de Brive, des gens, pour ne rien cacher, sont heureux quand Brive se plante. On est très conscient que certaines choses mises en exergue la saison dernière l'ont été de manière démesurée, et qu'a contrario, je pense qu'on a réalisé par moments des choses très intéressantes et dignes d'une équipe de très bon niveau. C'est l'environnement du club, ses structures et ses dirigeants qui font que, lorsqu'il y a des périodes difficiles, parce qu'une saison n'est jamais linéaire, un club sait, ou pas, courber l'échine et ne pas rompre. Cela réclame souvent d'avoir une équipe dirigeante et un staff très soudé pour faire le dos rond. Malheureusement, pour nous, l'an dernier, il y a eu des petits couacs, ça a coûté la tête de certains (son adjoint, Christophe Laussucq, sera débarqué, ndlr) et ça nous a plongés dans une période un peu trop longue de troubles. Brive a longtemps porté l'étiquette du parfait relégable... C'est quand même tout à l'honneur des joueurs d'avoir su renverser une situation qui, je le rappelle, était tout de même très mal engagée puisqu'on était en difficultés à la fois financièrement et sportivement. Tout cela cumulé, on était, c'est vrai, ce candidat parfait à la descente. Mais on a réussi à travailler autrement, à avoir un projet différent. Aujourd'hui, c'est aussi pour cela qu'on est serein parce qu'on a su traverser ces moments difficiles et qu'on les appréhendait de la meilleure des manières. Vous retrouver seul aux commandes du secteur technique aujourd'hui, est-ce pour vous un défi personnel supplémentaire ? Non, je ne le vois pas comme ça mais plutôt comme une suite logique. C'est ma sixième saison du Top 14. Pendant longtemps, comme tout jeune entraîneur, j'ai été persuadé que la compétence suffisait et prévalait, mais je me suis rendu compte que l'expérience a son petit poids dans tout ça (rires). On ne commet pas deux fois les mêmes erreurs. Moi, j'essaye de donner le meilleur de moi-même et d'être le plus performant possible, tout en me remettant en question au quotidien ; si j'arrive à insuffler ça au groupe et à l'ensemble du club, il n'y a pas raison que ça ne marche pas. Maintenant, à notre niveau, c'est vrai que trois bons matches changent la perception. Ce qu'il faut mettre en corrélation, c'est l'objectif premier et les possibilités de l'équipe. Aujourd'hui, l'objectif premier, c'est de garder le club en Top 14. Il arrivera que les gens s'emballeront, que le groupe lui-même s'emballera, d'autres où on nous verra plus mauvais que l'on est. Ça, ça fait partie du jeu et c'est l'expérience qui nous permettra de passer au travers. Les possibilités justement, vous avez perdu des joueurs du calibre de Palisson (Toulon), Estebanez (Racing) ou Vosloo (Clermont) : ce n'est pas neutre... Bien sûr, mais on est sans aucun regret parce qu'on a tout fait pour pouvoir les garder. Donc il n'y a pas de frustration, notamment pour l'entraîneur que je suis, de voir mes dirigeants laisser partir des joueurs, qui auraient voulu rester. Je pense que leur avenir était ailleurs et on leur souhait surtout bonne chance parce que tout le temps qu'ils ont passé et qu'ils ont donné à Brive a été plutôt fructueux. C'est la vie d'un sport professionnel et d'une équipe de haut niveau. Il ne faut pas être aigri, ce qui a été le problème à Brive, où l'on est resté bloqué sur une super génération. Même si j'ai beaucoup de respect et même d'affection pour certains, ceux qui nous ont quittés appartiennent au passé. "La chance d'accueillir des garçons au potentiel énorme " Quel discours tenir à vos joueurs, présents et nouveaux venus, quand l'heure est ainsi plutôt au profil bas ? On va construire avec ceux qui sont là et ceux qui nous ont rejoints, qui sont tout aussi capables d'avoir les carrières ou le statuts de ceux qui sont partis. On a eu la chance, en se mettant très tôt sur certains joueurs, d'accueillir des garçons au potentiel énorme, qui ont besoin d'avoir de la considération et de l'exposition. Nous, ce qu'on peut offrir, ce n'est pas forcément les meilleurs contrats et ce n'est pas forcément la situation géographique la plus passionnante du championnat, mais on estime qu'à l'intérieur de notre fonctionnement, on considère et on exposera certains plus qu'ailleurs. A nous et à eux de rendre l'équipe performante. Pas question donc de rogner sur vos convictions en termes de jeu ? C'est toujours ce même débat, où beaucoup d'intervenants ont oublié qu'ils avaient joué et avaient essayé d'entraîner (rires). Beaucoup d'observateurs parlent de jeu, ce qui est vrai, c'est qu'une saison dure dix mois dans le rugby français, vous avez un jeu à adapter en fonction de votre effectif et de sa qualité, mais aussi un jeu à adapter en fonction des conditions météo, qui sont souvent déterminantes. La saison dernière, on commence un championnat en battant de grosses écuries avec comme point d'orgue notre victoire au Stade Français. Peut-être qu'on s'est tous un peu emballés à ce moment-là et qu'après on a connu un passage plus difficile, alors qu'on était dans le vrai dans le jeu. On est peut-être revenu à des choses plus pragmatiques, mais c'était aussi lié aux conditions météo de novembre à février. Et puis, vous avez beau vouloir jouer, il faut que l'équipe en face aussi s'y prête. Après, l'intention de jouer sera toujours là tant que je serai l'entraîneur à Brive parce que l'adaptation et la prise d'initiative ne sont pas une prise de risques, pas plus que se faire des passes ne l'est. Maintenant, il y a de bons ballons à jouer et d'autres à ne pas jouer, ça, c'est le rugby depuis la nuit des temps et c'est l'intelligence des joueurs, qui fait la différence. Mais vous dire, comme certains l'ont fait, qu'on va être restrictifs et qu'on va assurer le minimum, on ne le fera pas, même si par rapport à d'autres, on manque d'arguments, de puissance ou de profondeur d'effectif, on est persuadés qu'avec nos qualités, on est capables de jouer à un bon niveau.