Mauresmo: "Aucun regret"

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Mauresmo: "Aucun regret"
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TENNIS - Amélie Mauresmo a annoncé ce jeudi la fin de sa carrière sportive. Émue mais soulagée.

Si elle a versé quelques larmes, c'est une Amélie Mauresmo soulagée qui s'est présentée devant la presse, jeudi, pour annoncer la fin de sa carrière. Après 25 ans consacrés au tennis, dont dix dans les hauteurs de la hiérarchie mondiale, l'ancienne numéro un mondial n'a encore aucune idée de quoi sera fait son futur. Elle parle de marathon de New York, mais aussi, pourquoi pas, un poste à la Fédération.(Avant les questions de la presse, Amélie Mauresmo se lance dans un petit préambule) "Merci d'être venu aussi nombreux. C'est une belle surprise. Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Si je vous ai tous réunis ici c'est pour, comme vous l'imaginez, vous annoncer la fin de ma carrière. C'est un peu émouvant. Ça a été une décision mûrement réfléchie, je vous avais dit il y a quelques mois que je ressentais une certaine lassitude, que j'avais un peu plus de mal (elle craque et verse quelques larmes avant de reprendre, ndlr). C'est toujours plus facile quand on l'imagine... J'avais imaginé vous dire plein de choses, mais je vais attendre que vous me posiez des questions. (Les applaudissements de la salle l'encouragent à se reprendre pour répondre à la première question, ndlr)." Amélie, pour quelles raisons avez-vous décidé de mettre fin à votre carrière ?C'est une somme de plusieurs paramètres. Mais il y avait surtout une difficulté mentale. Ma vie tennistique est en route depuis 25 ans et je sens que j'arrive au bout du chemin tout simplement avec des choses extraordinaires, qui se sont passées, des résultats au-delà de mes espérances. Le paramètre physique est aussi important parce que c'est difficile, quand on avance en âge, d'être au niveau, d'enchaîner les semaines. Aujourd'hui, concrètement, je n'ai plus l'envie d'aller sur le terrain pour m'entraîner. A partir de ce constat simple, il faut prendre une décision, qui s'est installée comme une évidence. J'ai eu la chance d'avoir une carrière extraordinaire, l'opportunité sur ma dernière saison de faire mieux que ce que j'avais fait sur les deux précédentes, d'avoir retrouvé des émotions très intenses sur le terrain, et dans ma tête, ça s'est peut-être terminé après Wimbledon. J'ai voulu pousser, je ne voulais pas regretter. Aujourd'hui, le moment est venu de tourner la page et de passer à autre chose. L'avenir vous fait-il peur sous certains aspects ?Oui, bien sûr. Toute cette période (avant la prise de décision définitive, ndlr) a été un peu douloureuse à vivre. Dès que j'ai dit à Alex (Alexia Dechaume, son attaché de presse, ndlr) que c'était terminé, il y a eu comme un soulagement. Mais avant ça, oui j'ai eu peur. Peur de ce que j'allais faire sachant que ça fait 25 ans que je joue au tennis, j'ai toujours eu ce rêve d'être joueuse professionnelle. Est-ce que je vais trouver quelque chose dans lequel je vais m'éclater de la même manière, qui va me permettre de partager ces valeurs, qui va me permettre de m'exprimer ? Oui, il y a une peur parce que c'est une fin, une petite mort comme diraient certains psys. Ce n'est pas une décision anodine. Vous sentez-vous à l'abri d'un éventuel retour que d'autres joueuses ont pu faire ?La vie m'a appris à ne jamais dire jamais. Mais, au-delà de ça, je n'y crois pas trop. Les exemples auxquels vous pensez ont arrêté avant moi. Moi, j'ai 30 ans. Et honnêtement, je ne fais pas ça devant vous (cette conférence de presse, ndlr) en me disant que dans trois mois, je vais repartir comme en 40. "J'ai fait cette dernière saison 2009 à fond sans penser si ce serait la dernière ou non"Des images de votre carrière vous reviennent-elles à l'heure où vous nous parlez ?Non, je n'ai pas d'images. Je suis complètement dans l'émotion. Depuis que j'ai pris ma décision, j'ai eu pour l'occasion pas mal d'images qui sont venues dans ma tête. Là, aujourd'hui, je suis contente que les proches soient là aussi. Ça montre aussi ce que j'ai essayé de créer au-delà du sport pendant toutes ces années. Avez-vous pensé pousser jusqu'à Coubertin pour un dernier adieu avec le public ?Non, il n'en a jamais été question. C'est un tournoi qui arrive en février, on est obligé de se taper toute la saison hivernale et aujourd'hui, c'est cette envie-là que je n'ai plus. S'il suffisait d'arriver sur le terrain, de briller, d'avoir le public derrière soi, alors oui, je pourrais continuer. Mais pour arriver à ça, il y a un gros boulot à faire derrière et aujourd'hui je ne me sens pas capable de le faire. Ne regrettez-vous pas de ne pas pouvoir faire cet adieu ?On verra à Coubertin où quelque chose se fera peut-être. Mais, en tant que joueuse de tennis, je crois que ça ne se fera pas. C'est une démarche personnelle. J'ai vu Fabrice (Santoro) faire ses matches tout au long de l'année et dire adieu dans chaque ville. Ce n'est pas quelque chose qui me tente. Je n'y vais pas par quatre chemins. J'ai fait cette dernière saison 2009 à fond sans penser si ce serait la dernière ou non. Ça fait partie de mon personnage. Les choses se font comme ça, aujourd'hui...L'amour du public ne va-t-il pas vous manquer ?Il y a beaucoup de choses qui vont me manquer dont cet amour, ce lien avec le public qui m'a soutenu. Il y a eu des grands moments, d'autres plus difficiles... Mais sur le court comme dans la rue, le contact a toujours été positif. Cet amour et ce respect ont toujours existé. "Depuis que j'avais repris en vue de l'US Open, c'était très, très dur..."Pensez-vous avoir été acceptée à votre juste valeur ?On me dit que non. Mais quand on est dedans, sur le terrain, à l'entraînement, dans la préparation, on ne pense pas à ça. Tout le monde va me parler de 2006, quand je gagne Wimbledon et que l'équipe de France de foot est en finale de la Coupe du monde le lendemain, donc qu'il n'y a pas une exposition que j'aurai dû avoir. Mais encore une fois, ma joie a été tellement incroyable, que tout le reste, ce n'est que du papier. Avez-vous pris cette décision seule ou avez-vous consulté votre entourage ?Globalement, je l'ai prise seule. Honnêtement, c'est une décision qui m'appartient à 100%. Je sais que toute l'équipe était là derrière pour continuer, ils me l'ont dit, ils ont exprimé le fait qu'ils croyaient encore en mes capacités. Je l'ai entendu et ça a pesé dans la lenteur de ma décision. Quand les gens en qui on a pleinement confiance vous disent que physiquement et tennistiquement, on peut encore le faire, c'est vrai que c'est difficile. Mais la flamme, l'envie, la passion, elle est là ou non. Et depuis que j'avais repris en vue de l'US Open, c'était très, très dur. Avez-vous des regrets, notamment par rapport à votre parcours à Roland-Garros ?Non, je me retourne avec aucun regret et avec une immense fierté. Je ne rêvais pas d'avoir ce palmarès là. Oui, je rêvais de gagner un tournoi du Grand Chelem, n°1 mondiale, je n'en parle même pas, la Fed Cup c'était une aventure humaine incroyable... Il y a eu des trophées soulevés un peu partout dans le monde, notamment ici à Paris. C'était juste magique. J'ai vécu 10 années assez incroyables, même un peu plus avec des moments durs, des moments de remise en question, mais une persévérance énorme dans ce combat pour aller gagner un Grand Chelem. Et puis surtout, j'ai été poussée, encadrée, aimée par tous ces gens autour de moi, qui m'ont portée au plus haut de mon potentiel.A l'inverse, de quoi êtes-vous la plus fière ?Je parlais de persévérance. Ça a été cette marque, qui m'a suivie toutes ces années pour aller chercher les trois objectifs que je m'étais fixés: être n°1 mondiale, gagner un Grand Chelem et gagner la Fed Cup. On a commencé par la Fed Cup, en groupe, ça devait être peut-être un peu plus facile pour moi, puis les choses ont suivi, avec le Masters, une marche importante pour moi, et les deux titres du Grand Chelem l'année suivante. Je pense aussi à la médaille d'argent des Jeux Olympiques (en 2004), qui m'a procuré une émotion énorme, je ne pensais pas ressentir ça. Et puis humainement, quand je vois les gens qui sont dans cette salle, en dehors du contexte presse, je suis fière parce qu'ils ont été fidèles dans les moments difficiles. Et pour ça, je les remercie. J'ai trouvé des gens de qualité tout au long de ma route. Je me dis que ce n'est peut-être pas un hasard. Enfin, il y a une chose qui m'a toujours nourrie, c'est ma sensibilité. Je suis super fière d'avoir pu accomplir cette carrière en la vivant d'une manière complètement exacerbée, avec toutes les émotions qui allaient avec, avec toute cette adrénaline. J'avais une grosse sensibilité, mais aussi une force encore plus forte pour aller au-delà de ça."La Fédé, sous cette nouvelle présidence, semble plus ouverte"Quelle empreinte pensez-vous laisser au-delà de vos résultats ?J'ai toujours défendu des valeurs classiques, peut-être démodées, d'honnêteté, de simplicité, de respect. Voilà un échantillon de ce que j'ai essayé de garder tout au long de ces années. Je crois que ça a été perçu positivement par les gens qui partageaient les mêmes valeurs. Et la route, pour nous, ne s'arrête pas là. Parce qu'on est potes pour la vie, on a accompli des trucs incroyables ensemble. Je ne vais pas les lâcher. Qu'avez-vous envie de faire, là maintenant, que vous ne pouviez pas faire avant cette retraite ?Je n'ai jamais ressenti ce que l'on peut considérer comme des sacrifices. J'ai plutôt vécu cela comme des choix. Je suis une bonne vivante, tout le monde sait que je suis passionnée de vin, même si je n'ai pas forcément pu développer mon palet de la bonne manière ces dernières années. J'ai fait les choses avec parcimonie, ce qui me rendait heureuse. Aujourd'hui, je ne suis pas frustrée de ne pas avoir pu faire des choses ou d'être passée à côté d'autres... J'ai eu la chance, en parallèle de cette carrière, de ne pas m'être mise trop de limites. Avez-vous envie de transmettre ce que vous avez appris ?Oui, pourquoi pas... Pour l'instant, le futur n'est pas défini pour moi. J'aime bien pendre mon temps, réfléchir, ne pas me précipiter. J'ai quelques idées en têtes, mais aujourd'hui ce n'est pas vraiment le sujet. Travailler avec la Fédération française de tennis vous tente-t-il ?Tout le monde apprend cette retraite en même temps, donc les choses se feront tranquillement si elles doivent se faire. Je suis ouverte à tout ce qui peut se présenter, les projets intéressants. La Fédé, sous cette nouvelle présidence, semble plus ouverte, du moins j'ai plus envie de travailler avec eux.