Mattenet: "La relève de Gatien"

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Mattenet: "La relève de Gatien"
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Numéro un Français à 23 ans, Adrien Mattenet sera logiquement la meilleure chance tricolore au championnat du monde, qui débute dimanche à Rotterdam. Conscient qu'il aura du mal à rivaliser avec les Chinois, le licencié de l' AS Pontoise-Cergy vise une place en huitièmes de finale qui lui assurerait une place aux jeux Olympiques de Londres, en 2012.

Numéro un Français à 23 ans, Adrien Mattenet sera logiquement la meilleure chance tricolore au championnat du monde, qui débute dimanche à Rotterdam. Conscient qu'il aura du mal à rivaliser avec les Chinois, le licencié de l' AS Pontoise-Cergy vise une place en huitièmes de finale qui lui assurerait une place aux jeux Olympiques de Londres, en 2012. Adrien, comment le tennis de table est-il devenu votre passion ? C'est grâce à ma soeur. Avec mes parents nous allions la chercher à la salle, j'y ai pris gout dès l'âge de 6 ans, je sentais bien la balle donc je me suis inscrit dans un club. Mon entraineur au club de Beauchamp, Jean-Philippe Renaudin m'a repéré tout de suite, il sentait qu'il y avait un potentiel. A 8 ans j'ai vu les J.O d'Atlanta à la télé, ça m'a touché au coeur quand j'ai vu les sportifs représenter leur pays. A 9 et 10 ans j'ai fait double champion de France benjamin. Cela m'a lancé dans une spirale professionnelle et je n'ai jamais rien lâché par la suite. Comment avez-vous géré les études et le sport de haut niveau ? Je m'entrainais tous les jours après l'école, cela représentait 12 à 15h par semaine à l'âge de 9 ans. J'ai eu très tôt des propositions de la fédération pour rejoindre un pôle spécialisé Sport Etude. J'ai refusé car je voulais continuer mon cursus scolaire normalement jusqu'au BAC, garder mon cocon familial. Pour Sport Etude, il fallait s'exiler à Bordeaux, Nancy, Nantes... Je suis resté à Beauchamp jusqu'à 20 ans parce que j'habitais à 300 mètres de la salle et c'est un bon club avec de bons joueurs, donc pourquoi partir ? Pour la Pro A j'ai rejoint par la suite le club de Pontoise-Cergy. Vous êtes le mieux classé (31e mondial) de la délégation tricolore à seulement 23 ans, racontez-nous votre parcours pour en arriver à être la tête de liste de l'équipe de France ? Cette place de 31e, ce n'est que le début (rires). Ma première sélection remonte à Janvier 2007. Maintenant je m'entraine 35 à 40 heures par semaine. On n'a pas de vacances, l'été on s'entraine, on ne s'arrête jamais. Nous n'avons que 10 jours de repos début juin. J'ai un parcours atypique. Un bon pongiste rentre à l'Insep vers 16 ans, alors que j'y suis entré à 20. J'ai gagné en deux ans 170 places au classement mondial. J'ai 23 ans mais je reste jeune dans le cursus mondial. On peut y jouer jusqu'à 40 ans. Etre n°1 français c'est venu un peu par hasard, par mon mental, mon autonomie d'entrainement. J'ai progressé régulièrement. Maintenant il reste un cap à franchir : battre les Chinois. Je vais souvent jusqu'à la belle, mais pas encore de grande victoire. "On est des nomades !" Une vie de pongiste, ça ressemble à quoi ? On est des nomades ! On joue sur tous les fronts. On peut comparer ça avec le foot et le tennis. On a un championnat (Pro A) en club comme au foot, et des Master et grand chelem dans le monde entier, ce qui est le même système qu'au tennis avec un tableau final direct, si tu pers, pas de repêchage, tu pars. Ensuite il y a l'équipe de France avec le championnat d'Europe, le Mondial. C'est un calendrier conséquent ! Il y a toujours quelque chose chaque semaine. Vous êtes un vrai sportif, avec votre propre « team ». Si j'ai progressé aussi vite, c'est aussi parce que j'ai personnalisé mon entrainement avec l'aide de la fédération. J'ai apporté un peu de privé dans le public. J'ai une structure autour de moi comme au Tennis. J'ai un entraineur (pour la technique), un coach (tactique, analyse vidéo), un préparateur physique, un préparateur mental, un kiné, et un agent marketing. J'ai aussi l'intervention extérieure d'une diététicienne. C'est un gros budget, on cherche des sponsors mais pour l'instant ça marche pas mal. Quelles sont les caractéristiques de votre jeu ? J'ai un jeu de variation. Je suis polyvalent, je sais tout faire mais pas à la perfection. Mon point fort c'est plutôt le revers, je suis un attaquant, je joue offensif. Je fais tout « moyennement », mais au final je peux progresser partout. Ça donne de la motivation pour aller s'entrainer car je sais que je vais m'améliorer. Comment vivez-vous la sous-médiatisation de votre sport, dont le grand public n'entend parler pratiquement qu'aux Jeux Olympiques ? On aimerait bien faire bouger les choses. Mais c'est de notre faute parce qu'on n'a pas de bons résultats. Si nous étions champions olympiques, il y aurait plus d'attention de la part des médias. A nous d'être performants, un peu comme le handball. Ils sont monstrueux et ça a développé une image marketing et économique. C'est ce que l'on souhaite faire. Il y a une économie de loisirs derrière tout ça et on ne peut que développer notre sport. Aux Championnat d'Europe Ostrava 2010, vous obtenez la médaille de bronze par équipe. Qu'avez-vous ressenti exactement ? Cela faisait sept ans que l'équipe de France n'avait pas eu de médaille. On avait cet objectif. Ce n'était pas évident sur le papier mais cette médaille a lancé une nouvelle équipe, une nouvelle dynamique. Voir le drapeau monter cela fait quelque chose, même si ce n'est pas notre hymne, c'est une fierté. On prend gout à la victoire, on s'est tous sautés dessus après le quart de finale contre la Croatie. Côté humain, émotion, c'est une sensation très forte. "Assurer la qualification pour Londres" Vous serez également aligné en double avec Emmanuel Lebesson (23 ans, champion de France 2009) avec lequel vous avez été champion de France double 2008 ? Comment bien se préparer pour un double alors que c'est un sport assez individuel au final ? C'est ce qui nous manque. Il y a beaucoup à gagner car on n'a pas d'entrainement spécialisé en double. Avant la compétition on se fait des doubles, mais ce n'est pas très conséquent. Il faudrait faire cela toute l'année, car c'est très important notamment pour les JO où il y a une épreuve de double. Le niveau de double se fait en fonction des deux niveaux de simple. Vous êtes du même âge, c'est plus facile pour jouer ensemble ou cela ne compte pas ? On est très complices dans la vie. On joue ensemble depuis 2007. On a une belle carte à jouer. On a quand même fait quart de finale du championnat d'Europe en Septembre. Maintenant l'objectif c'est de gagner même si c'est plus relevé. Quel est votre objectif pour ce championnat du monde ? Prendre la relève de Jean-Philippe Gatien, l'un des plus grands joueurs français, médaillé d'or en 1993 à Göteborg oui j'aimerai bien reprendre le flambeau, mais je ne peux pas dire que je vais être champion du monde. Je vais faire le maximum. Mon objectif c'est d'assurer la qualification olympique pour Londres. Je dois gagner deux matchs pour être assuré d'avoir assez de points pour être dans le Top 45. On commence en 64e de finale, il faut que j'accède aux seizièmes de finale (3e tour) pour rester dans les 32, étant donné que je suis 31e c'est le minimum. Je veux aller le plus loin possible mais cela dépend forcément du tableau. Un mot sur Quentin Robinot, votre benjamin, 18 ans et champion d'Europe junior en 2009 ? C'est sa première grande compétition avec l'équipe de France Senior. Un Championnat du monde individuel, c'est quand même la plus grande compétition de notre sport, c'est quelque chose ! Je pense qu'il a le niveau, il mérite sa sélection. Qu'il prenne tout ce qu'il peut, ne pas y aller en regardant, mais pour gagner, il en a les moyens. Il va acquérir de l'expérience, je crois en lui. Il est sur la bonne voie pour me rattraper.