Matanavou, c'est tout vu !

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Matanavou, c'est tout vu !
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Si les recrues du Stade Toulousain venues du Sud ont pu focaliser l'attention, le transfuge montois et meilleur marqueur de Pro D2 la saison dernière, Timoci Matanavou, n'a pas tardé à se mettre en évidence sous ses nouvelles couleurs du champion de France. A 27 ans, ce phénomène n'a pas hésité à décliner sa sélection pour la Coupe du monde pour mieux réussir son intégration.

Si les recrues du Stade Toulousain venues du Sud ont pu focaliser l'attention, le transfuge montois et meilleur marqueur de Pro D2 la saison dernière, Timoci Matanavou, n'a pas tardé à se mettre en évidence sous ses nouvelles couleurs du champion de France. A 27 ans, ce phénomène n'a pas hésité à décliner sa sélection pour la Coupe du monde pour mieux réussir son intégration. L'anecdote est rapportée par Guy Novès lui-même, qui en a pourtant vu d'autres, mais avoue ne pas être tout à fait revenu de la réaction de Timoci Matanavou, vendredi dernier, à Carcassonne, lorsque le manager toulousain a préféré laisser au repos sa recrue fidjienne: "Je n'ai pas voulu le faire jouer à cause d'une pointe aux ischio, je l'ai stoppé à l'échauffement. Il était extrêmement déçu, j'avais l'impression que je venais de briser son rêve. Alors que c'était un match amical contre une équipe de Pro D2." Un épisode révélateur de la personnalité de cette recrue qui, après avoir fait le bonheur du Stade Montois, a donc choisi Toulouse pour se révéler aux yeux du grand public. Et si les McAlister, Burgess et autre Steenkamp ont pu jusqu'à présent focaliser l'attention, Matanavou n'a pas tardé à démontrer toute l'étendue de son potentiel. Premier match de préparation des Champions de France à Perpignan et le meilleur marqueur de la dernière saison de Pro D2 -il inscrit 17 essais en 27 matches, soit 8 de plus que durant la saison précédente (9)- s'offre un doublé, dont un premier essai de 70 mètres qui, suite à une relance depuis ses propres 30 mètres le voit passer en revue toute la défense catalane, ou presque, avant de conclure. Tout en changements d'appuis, en vitesse et en évitement. Les qualités que se reconnaît ce joueur longiligne, au profil plus proche d'un basketteur, très éloigné en tout cas de celui des deux autres Fidjiens qu'il a rejoint dans la Ville Rose, Rupeni Caucaunibuca, qui a prolongé son contrat, et Vilimoni Delasau, joker Coupe du monde. "La préparation physique, c'est très, très difficile, avoue-t-il sur le site du club. On travaille beaucoup, c'est très dur. Ici, tout est plus grand, pas du tout comme où j'évoluais avant. Je dois beaucoup travailler pour arriver au niveau de Rup's et Del's." A l'évidence, l'ex-coqueluche du Stade Guy-Boniface possède pourtant d'autres qualités, lui qui se définit encore comme un "mix entre le physique de Caucaunibuca et la technique de Médard..." Joli programme. Novès: "C'est finalement un Fidjien très européanisé" Matanavou, dont les performances montoises depuis trois saisons, n'ont pas tardé à éveiller les intérêts des clubs du Top 14, ne manquaient pas de propositions à l'heure de (re)découvrir l'élite. Le joueur, sollicité par Bayonne ou le Racing, ira même jusqu'à rencontrer Serge Blanco, président du BO, mais c'est pour le Stade qu'il avoue vibrer avant tout: "J'adore la façon de jouer de Toulouse !", commente-t-il encore dans un sourire gourmand, conscient de son rôle de finisseur qu'il aborde pourtant avec la plus grande humilité, comme il l'expliquait la saison dernière dans Sud-Ouest: "À tous les matches, mon objectif, c'est de marquer des essais. C'est à moi de mettre en valeur le bon travail de mes copains." A Mont-de-Marsan, où sa gentillesse et son sérieux ont marqué les esprits, au point d'en faire une figure du vestiaire jaune et noir, on n'est d'ailleurs pas prêt d'oublier le phénomène. "Il a un profil complètement atypique", évoquait à son sujet Marc Dal Maso, le coach landais. "C'est un Fidjien, avec toutes ses qualités et ses défauts. Malgré tout, lorsqu'il faut décanter un match, il est là. Et sans un joueur comme lui, ça ne pourrait pas toujours être fait. Il faut accepter ses défauts et jouer avec ses qualités. Il faut le faire travailler sur ses faiblesses, mais pas le formater non plus, parce qu'on ferait sortir le joueur de ses qualités principales. Chaque équipe veut avoir un "match winner"." Et dans sa volonté farouche de s'intégrer, "Beep-Beep", comme l'ont surnommé les supporters montois, consent à faire les sacrifices nécessaires: "J'ai beaucoup travaillé en salle de musculation, avoue-t-il. Quand je suis arrivé en 2008 (il débarque à Mont-de-Marsan en 2008, lors de la dernière saison en Top 14 du club, (*) ndlr) je ne pesais que 80 kg. Maintenant, j'en fais 93. Et je sens que c'est bon pour moi." Même s'il ne perd jamais de vue son pêché mignon, ce crochet dévastateur, à l'origine de sa vocation: "Quand j'étais petit aux îles Fidji, je voyais mon cousin, Sireli Bobo, jouer au rugby à la télé. ''Tac tac'' (il mime les mouvements d'un crochet). Et je me disais: « Moi aussi, je veux faire ça »," racontait-il, toujours dans Sud-Ouest. Le voilà aujourd'hui prêt à franchir un nouveau palier, fort d'une capacité d'intégration en rupture avec l'image qui colle d'ordinaire à ses compatriotes. "C'est finalement un Fidjien très européanisé, apprécie Novès à son sujet. il parle français, il est très bien intégré, c'est très agréable. On sent une grosse volonté de progresser, de s'intégrer et de prendre du plaisir sur le terrain." Matanavou n'a d'ailleurs pas hésite -il est vrai comme beaucoup de Fidjiens du Top 14- à décliner sa sélection pour la Coupe du monde pour privilégier son nouveau club: "Il faut d'abord que je joue, c'est mon premier objectif, essayer de figurer dans le groupe toutes les semaines. Parce qu'il y a de la concurrence à l'arrière avec Médard, Clerc, Dongy, Del's, Rup's et moi, on est beaucoup. L'objectif, c'est de travailler beaucoup pour rester dans le groupe." Quelque chose nous dit qu'il ne devrait pas en être écarté bien souvent... (*) Pour la petite histoire, Matanavou avait marqué face à Toulouse à la dernière minute du dernier match de la saison.