Manificat: "Ne pas m'arrêter là"

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Manificat: "Ne pas m'arrêter là"
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Maurice Manificat a réalisé une très belle performance samedi à Davos, récompensée par une deuxième place sur le 30 km libre individuel, son deuxième podium de la saison, toujours derrière le Norvégien Northug. Le Haut-Savoyard se tourne vers le Tour de Ski, l'objectif principal de son hiver, qui débute à la fin du mois et détaille ses ambitions avec entrain et beaucoup d'envie.

Maurice Manificat a réalisé une très belle performance samedi à Davos, récompensée par une deuxième place sur le 30 km libre individuel, son deuxième podium de la saison, toujours derrière le Norvégien Northug. Le Haut-Savoyard se tourne vers le Tour de Ski, l'objectif principal de son hiver qui débute à la fin du mois et détaille ses ambitions avec entrain et beaucoup d'envie. Maurice, vous avez pris la deuxième place sur le 30 km libre de Davos, que retenez-vous de ce deuxième podium de la saison ? Je m'étais fixé des objectifs élevés sur ce début d'hiver. Parce qu'il faut y aller ! (rires) C'est vrai que cela s'est plutôt bien déroulé. Je fais un bon début sur la première course FIS à Bruksvallarna (victoire sur cette manche d'avant saison, ndlr) où on était monté pour se préparer. La première Coupe du monde à Sjusjoen n'a pas vraiment été la course que j'attendais, on ne sait pas trop ce qui s'est passé. Je me suis bien rattrapé ensuite, je savais de toute façon que la forme était là. Le premier podium était au rendez-vous à Kuusamo et j'ai fait un bon mini Tour. Davos arrivait donc au bon moment et vous avez parfaitement assumé avec cette très belle deuxième place... C'était un gros objectif. Je voulais vraiment y faire un podium car ce format 30 kilomètres style libre individuel était nouveau pour moi. C'est une première pour moi de faire une longue distance sur un format chronométré et non en mass start. Ce genre d'effort en solitaire où il faut être fort mentalement me plait. Ça s'est bien déroulé et ça fait plaisir à toute l'équipe. Ça confirme mon bel état de forme et j'espère que ça va continuer. Il n y a pas de raisons. Comment vivez-vous ce podium ? Certains parlent d'un coup, d'un exploit quand vous avez insisté sur le fait qu'il répond aux ambitions que vous vous êtes fixées... Disons que les autres saisons, j'étais plus dans l'euphorie. Il s'agissait de mes premiers podiums. C'était un peu une surprise. Il y a deux ans, lors de la saison des JO, mon premier podium à Davos et ma première victoire à Lahti étaient vus comme des surprises. Je ne m'y attendais pas vraiment. Aujourd'hui, un podium est toujours enthousiasmant mais j'ai plus de maturité. Mon objectif est d'être dans le top à chaque course, scruter le classement général. Il en faut donc d'autres, ne pas m'arrêter là ! Ce podium, c'était dans mes objectifs après avoir évalué mes capacités. C'est pour cela que j'ai dit après la course que c'était normal. Ça n'empêche pas de dire que ma course de samedi était une grosse course. Car il y avait tout le monde, personne n'a fait d'impasses. Olsson était apparemment malade et n'a pas couru mais sinon tout le gratin était là. Ça a d'ailleurs joué serré avec un beau finish. Quel est votre sentiment au sujet de Petter Northug, encore impressionnant ce week-end et qui termine devant vous avec 51 secondes d'avance ? On le savait fort en mass start, pas imbattable mais vraiment au-dessus du lot. Il est notamment impressionnant sur son finish dans le dernier kilomètre. L'individuel, c'était le format où il était encore battable et on se rend compte qu'il avance aussi très fort. Il a trouvé les ressources mentales pour tout donner sur cet effort long, solitaire. Ça le rend encore plus fort. Pouvez-vous nous détailler la tactique employée sur ce format solitaire où il est difficile d'avoir des repères ? Je ne suis pas parti forcément hyper fort. Oui, c'est vrai, aux premiers intermédiaires, j'étais dans le coup. Mais dans la montée sur les 4, 5 premiers kilomètres, j'étais plus sur une gestion de course. Avec un format si long, les premiers kilomètres sont pour te jauger, c'est là que tu sens si tu vas tenir la distance ou pas. J'ai fait un départ prudent, posé mon ski. J'ai accéléré progressivement, je suis entré dans la course au fur à mesure. A chaque kilomètre, j'en remettais. J'ai fait la course pour faire 30 bornes. A l'arrivée, j'avais des crampes justes en passant la ligne ! A la rigueur, j'aurais pu faire 2, 3 bornes de plus mais guère plus... C'est un choix de course. Hellner par exemple est parti très fort avant de rentrer dans le rang et l'a payé sur la fin. C'est moins tactique que sur la mass start mais il y a toujours ce petit aspect-là. A toi de choisir ta tactique de course. On l'a vu aussi avec Bauer (qui finit troisième, ndlr). Il est parti vraiment doucement et a été en accélérant. Il a fini très fort. Moi, j'ai choisi de faire une course régulière mais j'ai pu garder du jus pour la fin. "Garder cet état de forme pour le Tour de Ski" Ce format de course a semblé séduire tout le monde, les observateurs comme les compétiteurs. Partagez-vous cet enthousiasme ? Si tout est réuni, ski, mental et physique, ça peut faire une belle course. C'est une course de longue haleine, beaucoup de coureurs ont fait cette réflexion : c'est le retour au vrai ski de fond. C'est notre sport, cela demande que tout soit réuni. Il faut les skis aussi car si tu ne glisses pas, tu as beau être fort, tu ne pourras rien faire. Un 30 kilomètres, c'est 1h10, 1h15 d'effort. J'étais vraiment enthousiaste à l'idée de faire cette course. J'aime vraiment ça, tu es tout seul, tu peux te concentrer sur ta course, skier posé, tu as le temps d'installer ton ski. Même au niveau spectacle, télévisuel, c'était, je pense, plus prenant. J'ai eu beaucoup de retour positif de gens qui disent : "en mass start, durant 25 km, il ne se passe rien". Là, il y a du suspense durant toute la course. Northug était devant mais sinon, on ne connaissait pas le podium. Même en tant que coureur, c'est super ! Super gratifiant. Bien-sûr, il y a l'effort mais c'est vraiment le plaisir dans la douleur... J'espère, et on est beaucoup à l'espérer, que la FIS remettra ce genre de course durant les saisons à venir. Comme l'était à l'époque le 50 km d'Oslo. Que pouvez-vous attendre du coup des semaines à venir, à commencer par le 15 km classique mass start de samedi à Rogla en Slovénie ? Je n'en ai pas fait un objectif de podium car, en classique, même si j'ai acquis une régularité, de là à faire le podium, je ne sais pas car il y a de bons spécialistes et ce format 15 km mass start n'est pas celui que je préfère. Ça va être dur de se placer. Je me suis dit top 10 en fonction de mon physique. On va dire que je m'en contenterais tout en faisant le maximum pour grappiller des points. Il y a beaucoup de clients et j'ai encore un peu de mal à me placer sur les emballages finaux. Ça va sûrement se finir à 30 sur le dernier kilomètre. Un top 10 serait déjà pas mal. Et l'objectif reste le Tour de Ski. Ce week-end slovène peut-il donc être vu comme un rodage pour le Tour de Ski qui débute à la fin du mois ? Oui, exactement. Je me suis aussi aligné en sprint à Davos (63e, ndlr) pour cela. L'objectif était de se mettre dans le bain du sprint pour aller chercher des bonifications sur le Tour de Ski. Il faut donc que je garde cette forme, voire même faire mieux, tout en conservant cette confiance. Tout va bien en ce moment ! Le Tour de Ski, c'est autre chose. Il va falloir être prêt mentalement avec neuf compétitions en dix jours. Il faut là aussi que tout soit réuni. Comment le préparez-vous en ce moment ? Avec Jean-Marc (Gaillard, ndlr), on est resté à Davos pour pouvoir faire du bon ski. J'ai refait un peu de volume pendant que les sprinteurs étaient à Düsseldorf. J'ai été un peu en altitude. Il faut garder un rythme de ski plutôt journalier ne pas rester sur un format : compétition et repos. Même si là, on est quand même en phase de repos. 30 kilomètres, c'est quand même bien éprouvant et usant musculairement. Je l'ai vu sur le sprint dimanche, j'ai senti que j'avais 30 bornes dans les pattes ! J'ajuste donc en fonction des sensations. Récup', Intensité, Récup'. Voilà le crédo. Et après Rogla, on refera un peu de ski pour rester affûté. Un mot justement sur votre camarade Jean-Marc Gaillard, plus en retrait... Jean-Marc revient, il a été un peu malade en début de saison. Moi, c'est mon meilleur début de saison et je suis plutôt dans un raisonnement de tenir cet état de forme jusqu'au Tour de Ski. Il n'y a pas de raisons, je ne me sens pas du tout fatigué, je vois donc mal comment cela pourrait être autrement. Jean-Marc lui n'était pas à son top niveau mais il a toujours été là sur le Tour. Lui n'est pas forcément présent en début de saison mais est toujours fort au Tour de Ski. En plus, ce même si Vincent Vittoz et Emmanuel Jonnier ont pris leur retraite, on était quand même 4 dans les 17 premiers à Davos. L'équipe est jeune mais on est capable d'être là. Les jeunes voient qu'on "perf'" et ça pousse une nation.