Manaudou, un prénom à se faire

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Manaudou, un prénom à se faire
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Dans la famille Manaudou, on demande le petit dernier. Après Laure, qui a propulsé la natation française dans un autre monde, après Jean-Luc, jamais très loin de sa fille, après Nicolas, qui a un temps entraîné sa soeur à Ambérieu-en-Bugey, voilà Florent qui a une chance ce lundi de décrocher une première médaille mondiale à Shanghai sur 50 mètres papillon, une finale qu'il partagera avec son... beau-frère Frédérick Bousquet.

Dans la famille Manaudou, on demande le petit dernier. Après Laure, qui a propulsé la natation française dans un autre monde, après Jean-Luc, jamais très loin de sa fille, après Nicolas, qui a un temps entraîné sa soeur à Ambérieu-en-Bugey, voilà Florent qui a une chance ce lundi de décrocher une première médaille mondiale à Shanghai sur 50 mètres papillon, une finale qu'il partagera avec son... beau-frère Frédérick Bousquet. "C'est moi qui vais lui demander des conseils", s'exclamait dimanche soir dans un grand éclat de rire Frédérick Bousquet. En deux jours, les rôles se sont inversés. Petit dernier de l'équipe de France, avec la jeune Charlotte Bonnet, qui participera au relais 4x200m nage libre, Florent Manaudou attaquait ses premiers championnats du monde avec l'envie de découvrir le haut niveau dans le sillage de son beau-frère. Il faut croire que le petit dernier de la famille Manaudou apprend vite et bien. Troisième temps des séries matinales dimanche (23"31) avant de récidiver dans l'après-midi (23"32), le voilà qualifié pour la finale du 50 mètres papillon, son objectif en posant le pied en Chine, "l'accomplissement de trois mois de travail". Mais la récompense pourrait être encore plus belle. Prudent, l'intéressé ne veut pas s'enflammer. "Ça reste que les demies, il y a des gens qui vont nager beaucoup plus vite, comme Matt Targett ou Schoeman, qui peut aller très vite aussi", rappelait-il dimanche soir. Alors c'est le compagnon de sa soeur, "excité à l'idée de partager cette finale avec lui", qui affiche ses ambitions à sa place: "Le petit beau-frère commence à bien maîtriser cette course. Il pointe le bout de son nez. Avec quelques corrections, sur sa respiration et son arrivée, il peut toucher devant." Devant Cesar Cielo, qui a maîtrisé les demi-finales (23"19) ? "Je ne sais pas, répond Romain Barnier, son entraîneur à Marseille. C'est une première pour lui. Et ça ne fait que trois mois que je travaille avec lui. Je suis dans la découverte permanente de ce qui se passe. Vous dire comment il va réagir sur la finale du 50m papillon face à des expérimentés, qui savent faire, je ne sais pas." Plus albatros que Gad Elmaleh Osera-t-il prendre des risques, faire un 50 sans respirer pour tenter d'aller chercher le titre ? Ou se contentera-t-il de copier ses deux premières courses en corrigeant ses arrivées encore mal maîtrisées ? Cela pourrait dépendre de ses sensations à l'approche de cette finale. Jusqu'à présent, il surprend par son calme. "C'est l'image que j'essaie de donner. En moi-même, je ne suis pas très à l'aise avant la course, mais comme tous les sportifs, je pense", corrige-t-il avec honnêteté. "C'est introverti, il est très timide", précise Bousquet, ou comme le dit avec tendresse le Mulhousien Sébastien Rouault: "On n'a pas un Gad Elmaleh dans l'équipe", après l'avoir vu s'acquitter avec sobriété de son discours de bizutage en équipe de France, une épreuve plus stressante à appréhender qu'une demi-finale en championnat du monde pour l'intéressé. "Mais j'ai l'impression qu'il se sert de l'eau et de la compétition pour s'exprimer et s'extérioriser. Et pour le moment, ça lui réussit bien", ajoute Bousquet. S'il ne s'attendait peut-être pas à pareille fête - "Mon temps ne m'étonne pas, mais celui des autres plus", avoue-t-il - le cadet des Manaudou n'est pas là par hasard. "Il le laissait présager depuis Paris, il est monté en puissance depuis l'Open. Depuis qu'on est là, il montre de très belles choses dans l'eau", rappelle le compagnon de Laure. Lequel n'est pas étonné par le parcours de son protégé en équipe de France. "Ça fait un moment qu'il m'impressionne. Depuis Montpellier en 2009 finalement où je l'avais vu nager un 100 pap. Même si c'était l'époque des combis, c'est un albatros. Quand il nage, il dégage une telle puissance, une telle force, alliée à beaucoup de facilité et de relâchement. C'est exactement les qualités qu'il faut pour nager vite, je suis sûr qu'il va aller très loin." Son entraîneur partage l'analyse: "C'est dur d'être étonné quand on les observe cinq heures par jour et qu'on les voit nager. Par contre, j'apprécie les qualités du compétiteur et ce qu'il a fait sur la première journée et ce que ça peut engendrer pour la suite de sa carrière sur le 100 papillon, sur le 50 mètres nage libre. De ce point de vue-là, c'est très intéressant. Maintenant, s'il gagne ce soir peut-être que je serai surpris." Le serait-ce vraiment quand on s'appelle Manaudou ?