Madiot: "On va aller au charbon"

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Madiot: "On va aller au charbon"
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Alors qu'il s'apprête à vivre sa quatorzième saison en tant que directeur sportif de l'équipe Française des Jeux, Marc Madiot n'est pas blasé, bien au contraire. Soucieux de prouver toute la qualité de sa formation, qui ne fait désormais plus partie du World Tour (ex-Pro-Tour), le Mayennais compte sur ses coureurs pour faire preuve d'un état d'esprit combatif et jouer la gagne sur tous les tableaux.

Alors qu'il s'apprête à vivre sa quatorzième saison en tant que directeur sportif de l'équipe Française des Jeux, Marc Madiot n'est pas blasé, bien au contraire. Soucieux de prouver toute la qualité de sa formation, qui ne fait désormais plus partie du World Tour (ex-Pro-Tour), le Mayennais compte sur ses coureurs pour faire preuve d'un état d'esprit combatif et jouer la gagne sur tous les tableaux. Marc, comment avez-vous vécu la relégation de votre équipe en Continental Pro ? Ça a été une décision difficile à encaisser. Mais c'est dans la difficulté qu'on voit la qualité d'un coureur. Et, pour moi, l'équipe est un coureur. On a été dans le dur en septembre et octobre, mais en novembre et décembre, on a remis les bottes en caoutchouc et le bleu de chauffe. Je veux des mecs qui lèvent la tête. Il faut se concentrer sur autre chose que les points UCI. Aujourd'hui, le cyclisme ressemble de plus en plus à de l'arithmétique, mais nous on va faire de la course. L'an dernier, le cyclisme français a été plutôt à son avantage avec notamment six victoires d'étapes sur le Tour de France, mais pensez-vous que les coureurs tricolores peuvent répondre présent tout au long de l'année ? J'ai lu dans la presse que les coureurs français n'étaient pas de bons coureurs, pas assez travailleurs. Des paroles reprises par les plus hautes instances du cyclisme mondial. Ça m'a blessé. Je l'ai dit à mes coureurs vous devez relever la tête et avoir de l'orgueil. C'est ce que nous allons tenter de faire à la Française des Jeux, avec nos moyens, nos qualités et notre volonté. Oui, on a été relégué en deuxième division, c'est désormais à nous de prouver que nous avons notre place avec les meilleurs. Quand j'étais coureur, mon ancien directeur sportif, Cyrille Guimard, m'a dit: « On ne s'entraîne jamais assez ». Il va falloir aller au charbon. On a les moyens d'aller chercher des résultats et on va le faire. "On arrivait en fin de cycle" Qu'est-ce qui manque alors aux cyclistes français pour rivaliser ? Le cyclisme français ne se porte pas aussi mal qu'on voudrait bien le faire croire. Certes, nous n'avons pas dans le peloton tricolore un potentiel vainqueur du Tour de France, mais il y a des coureurs capables de gagner des courses tout au long de l'année et sur tous les terrains. Il faut que les coureurs arrivent à s'en convaincre. Ils ont parfois tendance à se focaliser sur le Tour de France. Le Tour est une course mythique qui représente un sommet de la saison, mais il s'intègre aussi dans un calendrier. Qu'est-ce que vous aimeriez qu'on dise sur votre équipe ? Quelle est combative et qu'on va chercher le résultat. Nous sommes déçus de ne plus être en première division, mais on va tout faire pour retrouver sportivement cette place. Les points, c'est une chose, mais les victoires et aller au charbon c'est aussi un élément extrêmement important. Vous avez été très actif sur le marché des transferts avec l'arrivée de onze nouveaux coureurs. L'équipe avait-elle besoin d'être renouvelée à ce point ? Onze nouveaux coureurs, c'est beaucoup et assez inhabituel à la FDJ. Mais c'était le moment de le faire, car on arrivait en fin de cycle. L'équipe avait perdu de très bons éléments ces dernières saisons et on avait eu du mal à les remplacer. Le fait de renouveler une bonne partie de l'équipe était nécessaire avant d'attaquer 2011. Comment vous avez fait pour convaincre des coureurs du calibre de Pierrick Fédrigo ? On était là au bon moment. Ce sont tous des coureurs que l'on avait repéré depuis pas mal d'années. Mickaël Delage (qui était chez Lotto), c'est un retour à la maison. William Bonnet (ex-BBox), on le suivait depuis les juniors. Fédrigo, c'est un grand coureur. On les connaissait tous depuis un certain temps. On a dû procéder à un repositionnement et revoir notre budget. J'étais satisfait de l'équipe, mais je voulais surtout que l'on fasse la course, qu'on soit acteur. "Redonner aux coureurs l'envie de se battre" Etes-vous toujours contre l'oreillette ? Oui, car l'oreillette défavorise des coureurs intelligents comme Piérrick Fédrigo. Dans ce sport, il faut qu'on rende la course aux coureurs. Il faut réfléchir à la qualité du spectacle que l'on veut offrir. Les téléspectateurs et les spectateurs attendent autre chose du cyclisme. Ils veulent du suspense, de la bagarre, du spectacle. Ils ont envie de s'enthousiasmer. Les courses les plus populaires, Paris-Roubaix, le Tour des Flandres, sont celles où il y a des retournements de situation. Si ce sont toujours les meilleurs qui gagnent, on va perpétuellement s'emmerder, excusez-moi du mot. Qu'est-ce qui fait la qualité d'un sport? C'est son incertitude. Etes-vous pour sa suppression ? On peut avoir des avis différents sur l'oreillette, mais essayons de faire sans sur plusieurs courses. On verra le résultat. Si on est dans la même situation qu'actuellement, on la remet, ça ne change rien. Mais au moins, essayons. On l'a déjà fait et on a assisté à un bon championnat de France et à un bon championnat du monde. Il faut redonner aux coureurs l'envie de se battre, d'avoir de l'initiative. Le sens de la course, ça fait partie des qualités d'un coureur. Si c'est pour la sécurité, pourquoi ne pas proposer une seule oreillette avec les mêmes informations pour tout le peloton. Quel regard portez-vous sur le cyclisme d'aujourd'hui ? Ce n'est pas forcément celui que je préfère. J'aimais peut-être plus celui des années 70-80 fait davantage de panache, de caractère, de bras de fer entre des hommes. J'aime bien les coureurs avec du caractère, comme un Yoann Offredo. Parfois c'est dans le bon sens, parfois dans le mauvais, mais au moins il a du caractère. C'est ça qui est important. Du coup, des équipes comme la vôtre ont-elles encore leur place dans ce cyclisme ? Ce n'est pas forcément facile d'exister, mais il y a matière à évoluer. Il faut s'accrocher à tout ce qui se présente devant nous. Le vélo n'est pas plus dur, il est robotisé dans la gestion de la course. C'est ça qui est dommage.