Ma Nouvelle-Zélande par... Hayman

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Ma Nouvelle-Zélande par... Hayman
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Les Bleus de France en mission en Nouvelle-Zélande, la rédaction de Rugbynews est allée à la rencontre des Néo-Zélandais du Top 14, l'occasion pour eux de se transformer en guide. Suite de cette série avec Carl Hayman, l'ancien pilier des All Blacks qui a atterri à Toulon.

Les Bleus de France en mission en Nouvelle-Zélande, la rédaction de Rugbynews est allée à la rencontre des Néo-Zélandais du Top 14, l'occasion pour eux de se transformer en guide. Suite de cette série avec Carl Hayman, l'ancien pilier des All Blacks qui a atterri à Toulon. Carl, à quelques semaines du coup d'envoi du Mondial, chez toi, en Nouvelle Zélande, n'est-il pas particulièrement douloureux d'avoir choisi de mettre un terme à ta carrière internationale ? Non, pas vraiment. Quand j'ai pris ma décision, c'était longuement réfléchi. Je savais ce que je faisais. Je ne me suis jamais dit : "Oh mon dieu, mais qu'est-ce que j'ai fait ?!", je n'ai eu aucun regret. Je reste bien évidemment le supporter n°1 des All Blacks, et j'espère qu'ils réaliseront un bon Mondial. Mais personnellement, aucun regret. Est-ce que cela a été un sacrifice ? Pas un sacrifice, à partir du moment où c'est une décision que j'ai prise à un moment bien précis de ma vie. Je l'assume. Rentres-tu de temps en temps en Nouvelle Zélande ? Pas depuis deux ans et demi. Les All Blacks écrasent tous leurs adversaires sans pour autant disposer de l'intégralité de leur effectif. Est-ce que cela t'impressionne ? Cela montre bien la profondeur du système de jeu néo-Zélandais. Même si certains éléments de l'équipe sont absents, à l'étranger ou blessés, ils peuvent toujours faire tourner l'effectif, et ça marche ! En fais-tu des favoris, au-delà du choix du coeur ? Oui. Mais -on en a déjà eu la preuve à plusieurs reprises par le passé- la forme d'une équipe avant le début de la compétition ne veut rien dire et ne garantit absolument rien, et ce n'est pas toujours l'équipe la plus en forme avant le Mondial qui s'impose. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, les Blacks sont favoris. "Une défaite équivaut un peu pour eux à la fin du monde !" Ils donnent souvent l'impression d'être prêts "trop tôt", et n'affichent plus le même niveau de jeu une fois le Mondial entamé. Le même problème peut-il de nouveau survenir cette année ? En Nouvelle Zélande, il y a beaucoup de pression à chaque match, qu'il s'agisse d'un test match ou de la Coupe du Monde. Et une défaite équivaut un peu pour eux à la fin du monde ! Il faut voir aussi qu'avant le Mondial, certaines équipes nationales jouent les matches amicaux sans y mettre beaucoup d'intensité. S'ils perdent ces matches-là, ce n'est pas si grave que ça. Ces équipes ne donnent pas tout lors de la préparation, en revanchent ils montent l'intensité d'un cran dès l'entame de la compétition. Si les Blacks atteignaient la finale, quels seraient les adversaires les plus dangereux pour eux ? J'aurais dit la France, mais sachant que France et Nouvelle Zélande sont dans la même poule, c'est impossible (sourire). Sinon, a priori, l'Australie. Si l'on regarde leur passé en Coupe du Monde. Quelle est la "bête noire" des All Blacks ? La France, depuis plusieurs Coupes du Monde... Comment expliquer que les Blacks aient autant de mal à jouer les Bleus ? Pour être tout a fait honnête, je ne sais pas... Vous savez, une fois que vous atteignez les quarts de finale, c'est du 50/50, tout le monde peut gagner. L'histoire, les précédentes confrontations, la forme, les blessures d'avant : ça ne compte plus, tous les compteurs sont remis à zéro. Les Français ont la faculté de monter l'intensité d'un cran sur un match. Malheureusement pour les Néo Zélandais, ils se sont trouvés sur leur route, et la plupart du temps le score final n'a pas été en leur faveur... Qu'est-ce qu'un événement comme le Mondial peut apporter au pays ? Tout d'abord, beaucoup de monde. Parfois, je m'inquiète de la capacité à accueillir autant de monde... Mais ce sera super, je n'en doute pas une seconde. Au-delà de ça, cette Coupe du Monde peut apporter beaucoup à l'économie Néo-Zélandaise. Ce sera un grand événement pour le pays. Le succès de ce mondial dépendra-t-il avant tout du succès des Blacks ? Non, je ne pense pas. Bien sûr, ce serait génial de voir les Blacks gagner. Le pays tout entier sera uni derrière son équipe. Mais le but premier est que les gens apprécient au maximum leur venue en Nouvelle Zélande. C'est vraiment dommage que les matches prévus à Christchurch ne puissent pas s'y tenir (le séisme de février dernier a entraîné l'annulation de toutes les rencontres programmées dans la ville de l'île du Sud, trop endommagée, ndlr). Mais les Néo-Zélandais s'assureront que les visiteurs passent bien un excellent moment dans le pays. Quel joueur pourrait faire des étincelles pendant la compétition ? Dan Carter et Richie McCaw seront des éléments clés pour la Nouvelle Zélande. Mais d'un point de vue toulonnais, je dirais Wilkinson. J'espère que Jonny fera un bon Mondial. Sonny Bill Williams aussi (sourire). Au passage, ce serait pas mal que Wilko ramène Sonny Bill dans ses bagages (rires)... Te rappelles-tu de tes premiers contacts avec le rugby ? J'avais cinq ans. Ça fait un bout de temps ! (sourire)... Ma tante m'avait dit de me rendre au club local. Je ne connaissais pas trop ce sport, hormis ce que je pouvais en voir à la télé. Et c'était simple : petit, j'avais le choix entre le rugby ou le cricket... ça a été le rugby (sourire). "Comme si toute la vie était organisée autour du rugby" Ton premier souvenir des Blacks ? Quand j'étais petit, je me rappelle que je regardais les matches des Blacks avec mon père. C'était un peu "l'événement" : il fallait être sûrs d'être là à temps pour ne rien louper de la rencontre. C'était un peu comme si toute la vie était organisée autour du rugby (sourire). Que représente pour toi le maillot à la fougère ? L'Histoire. Beaucoup de très grands joueurs. Durant toutes ces années, beaucoup de joueurs sont venus, partis, mais le maillot, lui, est resté le même. Il représente donc tous ces joueurs Néo-Zélandais, ce pays. Il représente beaucoup... Comment as-tu appris ta toute première sélection ? (Carl Hayman fut le 1000e joueur appelé sous le maillot All Black, ndlr) A la radio. J'avais 21 ans, et je venais de faire une bonne saison ; dans les journaux, pas mal de gens disaient que j'avais des chances d'être dans l'équipe. Quand j'ai appris ma sélection, j'étais avec ma famille. C'était... fou ! (sourire). Être sélectionné avec les Blacks, c'est une chose à laquelle tu ne t'attends jamais vraiment. C'était comme un rêve... J'ai eu besoin d'un peu de temps pour me faire à l'idée que je venais d'être appelé. Quels sont tes meilleurs souvenirs sous ce maillot ? Les années précédant le dernier mondial : 2004, 2005 etc. Nous avons connu une série de victoires hallucinante, gagné deux Grands Chelems (en tournée) face à l'Angleterre, le Pays de Galles et l'Ecosse. C'était super de faire partie des All Blacks à cette période-là, et j'en garde beaucoup de très bons souvenirs. Et ton souvenir le plus fort de Coupe du Monde (que ce soit en tant que spectateur ou qu'acteur) ? Probablement lorsque j'ai regardé la finale en 1995 entre la Nouvelle Zélande et l'Afrique du Sud. J'étais dévasté par le résultat (défaite des All Blacks après prolongation, 12-15), après avoir vu les Blacks jouer si bien durant toute la compétition. C'est quelque chose que j'ai toujours gardé en tête depuis. Cette équipe avait été formidable.