Lyon, l'autre révolution

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Lyon, l'autre révolution
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Si l'on assiste, avec l'arrivée de Rémi Garde sur le banc de l'Olympique lyonnais, à une profonde modification du style de jeu rhodanien depuis le début de l'été, c'est avant tout une révolution économique que connaît le club de Jean-Michel Aulas. Avec, pour preuve, un marché des transferts placé sous le signe d'une austérité contrainte, mais potentiellement bénéfique à moyen terme.

Si l'on assiste, avec l'arrivée de Rémi Garde sur le banc de l'Olympique lyonnais, à une profonde modification du style de jeu rhodanien depuis le début de l'été, c'est avant tout une révolution économique que connaît le club de Jean-Michel Aulas. Avec, pour preuve, un marché des transferts placé sous le signe d'une austérité contrainte, mais potentiellement bénéfique à moyen terme. Claude Puel, après trois saisons sans le moindre titre, a laissé place en juin dernier à Rémi Garde au poste d'entraîneur de l'Olympique lyonnais. Le début de saison a apporté un éclairage certain sur la différence des deux hommes en termes de conception du football moderne. Au bloc équipe cher à Puel, a succédé le beau jeu prôné par Garde, comme un retour - empreint de nostalgie - aux années fastes du club rhodanien. Cette révolution par le jeu, si elle est d'importance, s'est accompagnée d'une autre forme de révolution, celle-là plus contrainte que délibérément voulue. Une révolution financière. Lors des deux dernières saisons, l'OL a recruté pour un total de 110 millions d'euros, avec en point d'orgue le transfert de Yoann Gourcuff fin août 2010 pour 22 millions d'euros hors bonus. Avec un bilan sportif vierge de tout titre, Lyon n'a pas pu rentabiliser ces investissements colossaux, tant en termes d'indemnités de transfert que de masse salariale. Par conséquent, le club de Jean-Michel Aulas a été largement déficitaire en 2009-2010 (35 millions d'euros) et devrait l'être également pour 2010-2011 (30 millions d'euros environ). Ajoutez à ça un climat économique mondial plus que morose et un stade qui tarde à sortir de terre, et l'OL obtient l'impérieuse nécessité de réduire une voilure financière bien trop excessive. Dans ce contexte, et alors que les clubs de Ligue 1 et Ligue 2 ont dépensé 181 millions d'euros sur le marché des transferts cet été (soit une augmentation de 35% par rapport à 2010, selon un rapport de la LFP publié jeudi), l'Olympique lyonnais a procédé à un marché des transferts "hyper pertinent sur le plan économique" et "d'une efficacité rare", selon les dires d'Aulas mercredi devant les caméras d'OL TV. Echaudé par les erreurs de casting multipliées depuis plusieurs saisons (Makoun, Keita, Cleber Anderson, Fabio Santos, Crosas, Ederson, Bodmer, Belhadj, Mensah, Piquionne, Diakhaté, Briand), le patron du club rhodanien a accepté bien volontiers de se faire voler la vedette par le PSG. Une balance des transferts positive Pour la première fois depuis belle lurette, la balance des transferts est positive à l'OL. Les départs de Jérémy Toulalan à Malaga pour 11 millions d'euros (une plus-value de quatre millions d'euros), et celui mercredi de Miralem Pjanic à l'AS Roma - pour 11 millions d'euros également, une "excellente opération financière" dixit Bernard Lacombe pour OL TV - ont permis à Lyon de renflouer les caisses et de se séparer de gros salaires (cinq millions d'euros annuels à eux deux). Le départ de Cesar Delgado (en fin de contrat) à Monterrey, s'il constitue une moins-value de quatre millions d'euros, a lui aussi permis à Lyon de réduire sa masse salariale de deux millions d'euros supplémentaires. Avec 22 millions d'euros de cash accumulés (3,5 millions d'euros de plus-value réelle hors salaires), les Gones se sont efforcés de recruter malin à bas prix, comme à la grande époque (Diarra et Essien, entre autres). Bakary Koné, déjà décisif à Kazan, n'a coûté que deux millions d'euros, passant du National la saison passée à Guingamp à la Ligue des champions. Un million d'euros, hors bonus, a dû être déboursé pour s'attacher les services de Mahamadou Dabo, recruté pour sa polyvalence au poste de latéral droit ou gauche. Enfin, Gueida Fofana, capitaine des moins de 20 ans demi-finalistes de la dernière Coupe du monde, a coûté seulement 1,8 millions d'euros pour devenir la doublure de luxe de Gonalons au milieu. Trois joueurs recrutés pour un total d'un peu moins de cinq millions d'euros, c'est une véritable révolution financière. Lyon aurait même pu se permettre une folie, mais la ténacité de Gérard Bourgoin, le président de l'AJA, n'a pas permis au club rhodanien d'attirer dans ses filets Delvin Ndinga. Plusieurs jeunes prometteurs ont été prêtés (Novillo au Havre, Abenzoar à Vannes et Reale à Boulogne-sur-Mer), avec l'espoir qu'ils s'aguerrissent et reviennent plus expérimentés. Si l'austérité est douloureuse à court terme et contraint à des paris, elle peut s'avérer bénéfique à moyen et long terme et ainsi permettre de prendre un nouvel élan. Les supporters de l'OL en rêvent depuis maintenant trois saisons.