Lochte prend la vague de Phelps

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Lochte prend la vague de Phelps
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Michael Phelps avait construit sa légende à Pékin en collectionnant huit titres olympiques. Ryan Lochte s'est fait une place dans l'histoire en s'imposant à Shanghai comme le nageur des Mondiaux 2011. Premier homme à battre un record du monde sans combinaison, le Floridien a déjà décroché quatre médailles d'or (plus une en bronze). Mieux que son compatriote et rival. Et ce n'est peut-être pas fini.

Michael Phelps avait construit sa légende à Pékin en collectionnant huit titres olympiques. Ryan Lochte s'est fait une place dans l'histoire en s'imposant à Shanghai comme le nageur des Mondiaux 2011. Premier homme à battre un record du monde sans combinaison, le Floridien a déjà décroché quatre médailles d'or (plus une en bronze). Mieux que son compatriote et rival. Et ce n'est peut-être pas fini. Et dire qu'il aurait pu rater les Mondiaux. Esprit libre, voire intrépide, Ryan Lochte, capable de sauter en parachute contre l'avis de son coach, s'est retrouvé à terre le 22 juin dernier, victime d'un accident de scooter alors qu'il se rendait à l'entraînement. Un contretemps de plus pour celui qui ne compte plus les blessures bêtes, ici en courant après son doberman (cheville), là en faisant du break-dance (déchirure du ménisque), ou en avril encore en voulant attraper son téléphone à l'arrière de sa voiture (adducteurs). A un mois du rendez-vous de Shanghai, cette dernière cascade aurait pu être fatale, elle est heureusement restée sans gravité pour le grand bonheur des observateurs, émerveillés par le nouveau phénomène de la natation américaine. Nouveau est finalement de trop, le Floridien étant loin d'être un inconnu, fort d'un palmarès déjà conséquent avant de débarquer en Chine (triple champion olympique, dix médailles d'or mondiales en grand bassin). Mais exister aux Etats-Unis au côté de Michael Phelps relevait presque de l'impossible depuis les Jeux Olympiques 2008 et ses huit titres olympiques... Diminué par un virus à Pékin (la faute à une contamination alimentaire), Lochte avait alors assisté impuissant au festin de son compatriote et rival, ne ramassant que les miettes, le titre 4x200 mètres nage libre... avec Phelps et celui du 200 dos, une course que ne nage pas le « Kid de Baltimore ». Plus d'un aurait bu la tasse. Mais depuis tout petit, ce solide gaillard (1m88, 90 kg), élevé dans le chlore par un père entraîneur de natation et dans l'amour par une mère directrice de crèche, a cultivé la haine de la défaite. "Michael a détruit beaucoup de gens psychologiquement. Il y a plein de nageurs qui ont essayé mais ont trouvé impossible de le battre et ont abandonné, relevait récemment Bob Bowman, l'entraîneur de Phelps. Mais Ryan n'a jamais été déconcerté par ça." Et puisque dans toute carrière il faut un déclic, il faut peut-être remonter au 6 août 2010, lors des championnats américains à Irvine en Californie. Ce jour-là, après 20 défaites consécutives en sept ans face à Phelps en grands championnats sur les courses de quatre nages, Lochte avait enfin eu raison du « King » sur 200 mètres quatre nages, peut-être la course la plus dure et donc la plus belle de la natation. Qu'importe que le plus grand nageur de tous les temps n'ait alors pas toute la tête à la natation, en signant la cinquième meilleure performance de tous les temps, sans combinaison faut-il le préciser, le Floridien marque alors son territoire. Suivront six titres (200m, 100, 200 et 400m 4 nages, 200m dos, 4x100m 4 nages) et deux records du monde (200 et 400m 4 nages) en décembre à Dubaï lors des Mondiaux en petit bassin. En l'absence de Phelps... Des coulées aussi destructrices que les tampons de Chabal Qu'importe, Lochte, élu nageur de l'année 2010, s'est fait un nom. "Je vais observer Lochte, peut-être même plus que Phelps", prévenait ainsi Romain Barnier à la veille des Mondiaux. "On sort du domaine des nageurs, là. Ce sont des moments d'esthétique pure où je me régale. Lochte à Dubaï, c'était absolument extraordinaire." Une semaine plus loin, le sentiment est renforcé. "C'est la classe", résume tout simplement Denis Auguin. L'entraîneur d'Alain Bernard ne parle pas là du look de surfeur de l'Américain, de ses baskets vertes à paillettes, sa dernière création, lui qui collectionne les baskets au point d'en compter aujourd'hui 138 paires. Mais de sa nage, de ses coulées interminables qui déclenchent à coup sûr les clameurs de la foule et assomment ses adversaires comme les tampons d'un Sébastien Chabal sur un terrain de rugby. "Ryan aime prendre des risques, confiait son entraîneur, Gregg Troy, à Sports Illustrated. Il y a des inconvénients, comme ses blessures stupides. Et dans le même temps, dans l'eau, il n'a pas peur de partir vite ou d'attendre et regarder s'il peut rattraper tout le monde sur la fin. Ses adversaires ne savent jamais ce qu'il va faire. Donc vous ne pouvez pas lui enlever ce côté joueur. Vous ne pouvez pas lui enlever son principal atout." Surtout pas quand ça marche. Dans la foulée de sa médaille de bronze avec le relais américain du 4x100 en ouverture des Mondiaux, Lochte a ainsi mis la main sur quatre titres, sur 200 mètres nage libre mardi, sur 200 mètres quatre nages jeudi et sur 200 mètres dos et 4x200 mètres nage libre vendredi. Quatre titres, et un de plus en attente sur 400 mètres quatre nages (sans Phelps) voire un deuxième s'il participe au relais 4x100 4 nages, pour un record du monde (sur 200m 4 nages), le premier depuis la disparition des combinaisons, et surtout deux victoires sur Phelps (200m et 200m 4 nages). De quoi lui donner des idées en vue des JO 2012 même si l'homme aux 14 titres olympiques et 24 titres mondiaux (en comptant le 200m papillon et le 4x200m nage libre de ces Mondiaux 2011) n'avait fait de Shanghai qu'une étape sur la route de Londres. "Ce qu'a fait Michael en 2008 fait partie de l'histoire, c'était incroyable. Mais c'était il y a trois ans, tout peut se passer aujourd'hui. Je suis un bien meilleur nageur qu'à l'époque", prévient déjà Lochte en formulant le pari fou de faire mieux que Phelps en 2008, à savoir décrocher neuf médailles d'or à Londres. Pour peu qu'il ne se blesse pas bêtement à quelques semaines du rendez-vous, ils sont plusieurs à prendre le pari.