Liga, la guerre des mondes

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Liga, la guerre des mondes
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Il ne fallait pas plus que deux démonstrations du Real Madrid et du FC Barcelone en ouverture de la saison de Liga pour relancer le débat sur la bipolarité du championnat espagnol. Alors que les deux ogres survolent les débats, la concurrence, écoeurée, s'indigne, notamment des avantages économiques dont bénéficient Merengue et Blaugrana.

Il ne fallait pas plus que deux démonstrations du Real Madrid et du FC Barcelone en ouverture de la saison de Liga pour relancer le débat sur la bipolarité du championnat espagnol. Alors que les deux ogres survolent les débats, la concurrence, écoeurée, s'indigne, notamment des avantages économiques dont bénéficient Merengue et Blaugrana. "Je pense que dans trois ou quatre ans, si cela continue comme cela, le football espagnol sera mort". C'est peu dire que le président de Villarreal, Fernando Roig, n'a pas goûté la déconvenue subie lundi par le Sous-marin jaune au Camp Nou, le Barça offrant une exhibition de jeu pour signer son premier succès de la saison (5-0) en Liga. Une déroute, incontestable sur le plan sportif, qui a répondu au feu d'artifice offert par le Real Madrid sur la pelouse de Saragosse (6-0), la veille. Deux démonstrations qui confirment une tendance: de l'autre côté des Pyrénées, la lutte pour le titre se fera à deux. Les 18 autres équipes, elles, en sont réduits à la portion congrue. Un constat douloureux pour des équipes lasses de voir le Real et le Barça attirer la lumière. Et de ramasser les miettes. "S'ils veulent, ils peuvent jouer seulement deux matches dans la saison, et puis voilà. C'est la Liga qu'ils veulent. Moi, je dois vendre des joueurs pour rester dans les clous financièrement. Eux, ils demandent des crédits, les obtiennent et achètent les joueurs qu'ils veulent", a ainsi regretté Roig dans les colonnes d'AS. C'est que le Real Madrid et le FC Barcelone, endettés à hauteur de plusieurs centaines de millions d'euros, n'ont aucun mal à recruter à grands frais quand près de 200 footballeurs espagnols ont été confrontés à des problèmes d'impayés ces derniers mois. Le président de Villarreal n'est pas le seul à s'émouvoir de ce football à deux vitesses. Invité à réagir sur la polémique qui a animé la 2e journée de Liga et l'accès aux stades refusés aux radios, la Ligue espagnole de football (LFP) réclamant aux stations 2 à 3 millions d'euros au titre de droits de retransmission, José Maria del Nido, président de Séville, a lui aussi sorti les griffes: "Existe-t-il un fan qui ne trouve pas la Liga prostituée, trompée, corrompue ? Les droits radio sont des miettes qui font que les grands seront encore plus grands et les petits encore plus petits. Notre championnat n'est pas la plus grande connerie d'Europe, mais du monde. C'est un championnat tiers-mondiste dans lequel deux clubs prennent tout l'argent lié aux droits télé." Barça-Real, 41% des droits télé L'avocat andalou ne s'est pas arrêté là: "J'aimerais bien savoir le nombre de spectateurs qui étaient encore devant Saragosse-Real Madrid à la 75e minute. Les sponsors devraient s'interroger. Coca-Cola ne devrait pas payer pour un match dont le résultat est faussé d'avance. La Liga perd de son prestige. Pour continuer à aggraver la différence entre les grands et le reste, une mauvaise mesure a été adoptée: celle de faire payer les radios. Pour les clubs, la quantité demandée aux radios est insignifiante. C'est honteux. La radio fait partie du spectacle. Le football doit vivre avec la radio." Au-delà de la question liée aux radios, c'est avant tout la distribution des droits télé qui interpelle bon nombre des acteurs du football espagnol. Avec 135 millions d'euros perçus chacun sur l'exercice 2010-11, le Real et le Barça représentent à eux deux 41% des 657,5 millions d'euros partagés par les clubs de Liga. Derrière le champion d'Espagne et son dauphin, Valence pointe en 3e position avec 48 millions d'euros quand Villarreal n'a touché "que" 28 millions, soit 1 million de moins que le Betis, pourtant pensionnaire de deuxième division la saison dernière. Le Racing Santander, lui, a gagné 10 fois moins que la Maison Blanche et le club catalan. Reste à savoir si le fair-play financier voulu par Michel Platini restaurera une certaine égalité des chances dans un championnat où, dixit Marcos Senna, la supériorité du Barça et du Real est "brutale".