Lièvremont: "Un groupe compétitif"

  • A
  • A
Lièvremont: "Un groupe compétitif"
Partagez sur :

Tendu, mais déterminé à défendre des choix qu'il jure n'avoir entériné que sur la base de la performance sportive, Marc Lièvremont a livré mercredi, à La Défense, une liste de 32 sélectionnés pour la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.). Les absences de Chabal et Jauzion, la surprise Lakafia ou encore les blessés du groupe tricolore, le sélectionneur affirme avoir construit un groupe capable de rivaliser en Nouvelle-Zélande.

Tendu, mais déterminé à défendre des choix qu'il jure n'avoir entériné que sur la base de la performance sportive, Marc Lièvremont a livré mercredi, à La Défense, une liste de 32 sélectionnés pour la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.). Les absences de Chabal et Jauzion, la surprise Lakafia ou encore les blessés du groupe tricolore, le sélectionneur affirme avoir construit un groupe capable de rivaliser en Nouvelle-Zélande. Marc, dans quel état d'état d'esprit avez-vous construit cette liste tant attendue pour la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande ? Ça n'a pas été simple, c'est le fruit d'une réflexion de plusieurs semaines et jusqu'au dernier moment, les choix ont été difficiles à certains postes, même si évidemment une grosse ossature de joueurs était déjà présente dans notre esprit. Ça a été difficile pour moi cette relation, prévenir les joueurs par téléphone, d'autant qu'on a attendu le dernier moment ; tomber sur une messagerie, ce n'est pas la manière la plus élégante d'annoncer à un joueur qu'il ne participera à cette aventure. J'ai beaucoup d'affection pour tous. C'est la vie. Ce ne sont pas trente noms que vous dévoilez... Cette liste est faite de 32 noms, puisqu'on a choisi d'impliquer six premières lignes, dont deux blessés (Barcella et Domingo). Aurélien Rougerie l'est aussi, mais on a l'espoir de les voir reprendre l'entraînement et qu'ils soient compétitifs le 10 septembre. Pouvez-vous détailler ces choix, dont certains peuvent forcément surprendre ? On prend deux talonneurs uniquement, malgré les bonnes performances d'un Guilhem Guirado à Perpignan. En deuxième ligne, ça a été aussi compliqué entre le potentiel d'un Jérôme Thion et le potentiel espéré d'un Romain Millo-Chluski, qui à mon sens ne réalise pas une très bonne saison, mais qui a été excellent il y a deux ans. On est parti en troisième ligne sur le choix de quatre joueurs coureurs (Dusautoir, Ouedraogo, Bonnaire et Harinordoquy), quatre capitaines potentiels, dont le capitaine de l'équipe de France. On a fait le choix de deux joueurs plus puissants en n°8, certainement le poste, où le choix a été le plus difficile et où deux joueurs auraient été à la hauteur de ce groupe. Je pense à Alexandre Lapandry, qui a toujours été exemplaire avec nous. Et je pense bien sûr à Sébastien Chabal, que j'ai eu il y a quelques jours et auquel j'ai assuré qu'on ne tiendrait pas compte de la dernière polémique, qui l'a concerné, pour ne juger que la dimension sportive. "Il y a quelques mois, Sébastien faisait la Coupe du monde..." Comment en êtes-vous arrivé à cette issue de ne pas retenir le joueur le plus médiatique de cette équipe de France ? On a jugé ses trois ans, son parcours. Ses six mois résument quelque part la carrière de Sébastien, des actions, dont lui seul est capable, un essai de 80 mètres à Perpignan, cet essai aussi au Stade de France face au Stade Toulousain. Encore une fois, ce n'est pas simple parce que Sébastien a une aura importante au sein du groupe, au-delà de son image médiatique, qui pour moi importe peu. La façon, dont il a fait parler de lui il y a quelques semaines, m'a peut-être dérangé sur la forme, mais en tout cas, je l'ai assuré que ça n'était pas entré en ligne de compte. Pour moi, il y a quelques mois, Sébastien faisait la Coupe du monde. Peut-être que je ne lui ai pas rendu service en l'impliquant sur ce Tournoi... C'est surtout la montée en puissance de Raphaël Lakafia et Louis Picamoles ces derniers temps, qui le poussent en dehors des trente. Vous vous passez de Chabal pour intégrer un jeune joueur de 22 ans sans la moindre sélection, Raphaël Lakafia. Comment le justifier ? On possède beaucoup de leaders et il me paraissait intéressant de miser sur ces deux joueurs peut-être un peu plus jeunes, mais dont la progression est constante depuis quelques mois. Je vois depuis un an un jeune n°8, Raphaël Lakafia, extrêmement performant, qui a réussi l'exploit de pousser Imanol Harinordoquy sur le côté de la troisième ligne, qui est constant. Et Louis Picamoles qui confirme son potentiel, à l'image de sa demi-finale de Coupe d'Europe face au Leinster. Mais n'est-ce pas une certaine manière de vous renier que de sélectionner un Picamoles avec lequel vous semblez avoir perdu beaucoup de temps ? Mais parce que Louis n'était pas très performant sur le terrain non plus ces derniers temps, même s'il était confronté à la concurrence du Stade Toulousain et d'un Sowerby. Pour moi, sur son potentiel, il ne devait pas y avoir photo et il y a eu longtemps photo. Même sur ses derniers matches, j'attends encore plus de lui en termes de performance dans la constance. Ce que montre Lakafia va plutôt dans ce sens. Vos lignes arrières sont marquées par une autre absence spectaculaire avec la non-sélection de Yannick Jauzion ? Parce qu'on lui a tout simplement préféré Maxime Mermoz et Fabrice Estebanez, sachant qu'ils peuvent jouer également deuxièmes centres. Au poste de premier centre, on a d'autres solutions avec Damien Traille, François Trinh-Duc, on l'a vu, s'en sort également bien. Le poids de l'absence de Yannick, ou pas, par rapport à ce qu'il représente et à son palmarès, a été l'occasion de vives discussions. J'aime bien ce que fait Fabrice Estebanez, son profil de puncheur. Avez-vous craint de finalement redonner sa chance à un Mathieu Bastareaud ? Absolument pas. Ça aurait pu être un risque à courir dès le moment où Mathieu se serait montré bon sur le terrain. J'en ai parlé avec lui il y a quelques mois. C'est une déception parce que nous lui avons tendu la main. Même si on peut considérer qu'il en avait les moyens après deux mois de préparation, en le poussant, en le stimulant, à mon sens, il n'a pas fait le pas nécessaire pour qu'on puisse miser sur lui. On a tenu compte uniquement de l'aspect sportif, comme tous les joueurs du reste. Un mot concernant Clément Poitrenaud, autre sacrifié de cette liste ? Là aussi, au poste de deuxième centre, où il évolue régulièrement, avec succès avec le Stade Toulousain, on lui a préféré David Marty et Aurélien Rougerie que l'on juge plus performants que Clément. A l'arrière, on a quatre arrières potentiels, notamment Damien Traille, qui malgré sa polyvalence, semble plus intéressant à ce poste. J'avais parlé de Cédric Heymans, Maxime Médard, Alexis Palisson, Clément arrive derrière. Est-ce que Poitrenaud, comme Chabal ou Jauzion, paye le dernier Tournoi, et notamment la défaite en Italie ? Pas du tout. J'ai dit que je regrettais certains de mes propos à chaud. C'est un ensemble de choses, le fruit d'une réflexion. A aucun moment, on ne peut condamner des joueurs de qualité sur un match. Qu'est-ce qui a fait la différence à la charnière, au poste d'ouvreur, en faveur d'un David Skrela ? La maturité, l'expérience, même si j'aime beaucoup la façon dont se construit Jonathan Wisniewski avec une année très particulière pour lui, des performances de très, très haut niveau, d'autres moins abouties. Et là aussi, on parle de constance dans la performance. Et David Skrela offre plus de garanties de ce point de vue-là, il avait un temps d'avance sur Jonathan, voire sur un Lionel Beauxis, voire sur un Jean-Marc Doussain, dont la polyvalence nous intéresse. "La chance de vivre une aventure humaine exceptionnelle" A la lecture de cette liste, restez-vous persuadé que les évidences n'existent pas, ou en tout cas sont très rares ? Même si j'ai encore aujourd'hui la sensation de pouvoir me tromper et de choisir différemment, à un moment, il faut choisir. Mais comment peut-on avoir une certitude ? Qu'est-ce que pourrait valider le choix de tel ou tel joueur ? Un titre de champion du monde, des performances individuelles, c'est toujours le cas pour n'importe quelle liste. Celle-ci est d'autant plus importante qu'il s'agit d'une Coupe du monde. Vous aviez déclaré après la défaite en Italie que tous les compteurs étaient remis à zéro. Les joueurs rentrants (Lakafia, Picamoles, Heymans...) ont-ils une chance de bosculer la hiérarchie ? Ils ont toutes leurs chances, ils font partie du groupe. S'il y a une hiérarchie sur certains postes, je ne vous la donnerai pas, il va y avoir deux mois de préparation pour éventuellement la voir être bousculée. Mais, oui, c'est tout à fait possible, compte tenu de ce que montre Cédric (Heymans) sur les terrains ou des performances de Rafael Lakafia... Est-ce qu'on peut dire que les dernières semaines, les dernières heures ont été parmi les plus difficiles à vivre de votre expérience de sélectionneur ? Au niveau de la pression et des choix, oui, cette journée est difficile. Après, chaque fois que j'ai eu à donner un groupe, compte tenu des enjeux, il y a une forme de délivrance. Maintenant, on a fait les choix, ce n'est plus la peine de revenir dessus, je défends ces choix. Il faut avancer, on y travaille d'arrache pied, on essaye de soigner tous les détails. Je peux vous dire qu'en tant que joueur, j'aurais aimé participer à cette aventure. J'ai envie de miser énormément en termes de cohésion et de niveau sur ces deux mois. J'ai le sentiment que les joueurs qui vont arriver le 28 juin, à Marcoussis, et qui partiront, ce groupe ne sera plus le même. Je parle d'un missionnement (sic) intérieur, collectif. Ces 32 ont la chance de vivre une aventure humaine exceptionnelle. Ce sera dur, à tous les niveaux, mais je me sens prêt, avec mon staff bien sûr. Après deux mois de réflexion, avez-vous le sentiment d'avoir trouvé de vraies réponses pour mener cette équipe de France vers le titre de Champion du monde ? Des vraies réponses, des vraies certitudes qu'on sera champions du monde ? Ce n'est pas possible. Sur un match, tout est possible. Qu'on aura un groupe compétitif, j'en suis certain. C'est la première fois en quatre ans qu'on aura un groupe de trente joueurs reposés avec lesquels on va pouvoir bosser. Donc on sera compétitifs.