Lièvremont: "On est dans les temps"

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Lièvremont: "On est dans les temps"
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Certainement pas dépaysé dans ces Pyrénées Orientales qu'il a arpentées gamin, Marc Lièvremont, qui joua aussi près de dix ans sous les couleurs de l'Usap, a entamé mardi, à Falgos, le second stage de préparation du XV de France à la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.). Heureux de retrouver ses joueurs, le sélectionneur ne fait pas mystère des incertitudes qui continuent de peser sur certains blessés, mais avoue aussi un certain optimisme. "On n'a pas la grosse tuile de se dire que c'est mort."

Certainement pas dépaysé dans ces Pyrénées Orientales qu'il a arpentées gamin, Marc Lièvremont, qui joua aussi près de dix ans sous les couleurs de l'Usap, a entamé mardi, à Falgos, le second stage de préparation du XV de France à la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.). Heureux de retrouver ses joueurs, le sélectionneur ne fait pas mystère des incertitudes qui continuent de peser sur certains blessés, mais avoue aussi un certain optimisme. "On n'a pas la grosse tuile de se dire que c'est mort." Marc, heureux de retrouver vos joueurs après cette coupure de cinq jours de repos ? La coupure était nécessaire, mais il fallait évidemment reprendre le travail. Je crois que tout le monde s'est retrouvé avec plaisir malgré tout, même si c'est un peu contraignant de prendre la voiture assez tôt le lundi matin et surtout de quitter ses enfants endormis. Mais l'ambiance est particulièrement bonne et conviviale et, globalement, tout le monde est content de se retrouver et de se remettre au travail. Il faut qu'il y ait de la convivialité, il faut que ça plaisante, que ça 'déconne'. Depuis trois semaines, ce qui est intéressant, c'est qu'ils font la part des choses entre une grosse intensité sur le travail et une grosse communication sur le terrain, et ça va être important sur ce deuxième cycle, où on va rentrer un peu plus dans le vif du sujet sur la partie rugby, bref, une grande qualité de travail. Et puis, à côté, une bande de mecs qui vivent bien, qui profitent et qui prennent du plaisir parce qu'on est quand même, moi y compris, des privilégiés de vivre cette aventure. Donc la moindre des choses, c'est qu'il y ait des plaisirs et des sourires. Sentez-vous que la pression monte petit à petit, notamment avec l'approche des matches de préparation ? On est encore loin de l'échéance, il faut savoir y aller progressivement. Mais ils sont très motivés pour continuer à progresser physiquement, pour être meilleurs, pour dans quelques semaines, un mois et demi maintenant, que ce soit d'autres hommes d'une certaine manière, morphologiquement, en termes d'état d'esprit et d'implication collective. Je crois aussi que la quantité de travail a été bien digérée sur les trois premières semaines, ils ont déjà pu tirer les bénéfices de cet investissement, ils commencent à se sentir bien, à se sentir secs, à se sentir forts, donc c'est intéressant, oui. "Je ne vais pas vous dire que c'est facile..." Voir des joueurs fondre de manière très marquée doit vous satisfaire ? Evidemment, il y a la balance, mais la balance ne dit pas tout parce qu'elle ne tient pas compte le pourcentage de masse maigre, de bon poids, mais on voit des joueurs affûtés, pour certains, qui étaient un peu rond, devenir un peu plus sec, donc c'est bien, on est sur la bonne voie. Le cas des blessés est-il aussi de nature à vous rendre optimiste ? Evidemment, je ne vais pas vous dire que c'est facile, la gestion de ces blessés, qui sont nombreux, ces aller-retour de l'infirmerie au terrain, selon les pathologies ; en même temps, ça crée aussi une dynamique et ça contribue à une émulation collective de se dire : « Voilà, on se soutient, on s'aide. » Progressivement, on voit des joueurs qui réintègrent le terrain, ils croisent d'autres qui, comme les charges de travail sont très lourdes, se sont faits de petits bobos. Par rapport à ces blessés, on est dans les temps. On n'a pas la grosse tuile de se dire que lui perd trois semaines, et qu'au regard des délais, qui sont ric-rac, c'est mort. Là aussi, la progression est intéressante. Prenons un exemple parmi d'autres : êtes-vous certain de pouvoir compter sur William Servat pour le premier match de préparation face à l'Irlande, à Bordeaux, le 13 août ? Non, absolument pas. Comment je le pourrais ? William a repris la course hier (lundi). Je suis bien placé pour en parler, le genou, je connais bien. Ce n'est pas un petit bout de ménisque qu'on lui a enlevé, c'est un morceau de cartilage sur le genou, il fait quand même 110 kilos. Il a recouru ce matin (mardi), le genou ne gonfle pas, donc tous les voyants sont au vert, mais de là à affirmer qu'il sera présent sur la pelouse, à Bordeaux, c'est hors de question. Je dirai plutôt le contraire, ce qui serait catastrophique, ce serait de vouloir griller les étapes et donc griller le joueur définitivement pour la Coupe du monde. A Falgos, l'équipe de France est seule au monde. Est-ce une bonne chose d'être ainsi dans cette bulle ? Oui, c'est vrai, c'est un confort de travail, un cadre exceptionnel aussi. J'ai aussi adoré le stage au Chambon-sur-Lignon, où l'on était immergé dans le village avec ces aller-retour à vélo. Là, c'est autre chose, les joueurs vont être vraiment focalisés sur leur boulot, on se retrouve un peu en vase clos, mais il ne faut pas que ça dure plus longtemps. On a aussi besoin de voir du monde. Pour bien comprendre l'enchaînement des cycles de votre préparation, vous attaquez là vraiment le travail autour de vos combinaisons et de votre jeu ? Plus d'intensité dès le moment où la trame des trois premières semaines était fixée sur l'amélioration des qualités de puissance, de force en musculation et sur le développement de la VMA (vitesse maximale aérobie) (*), donc il fallait éviter qu'il y ait trop de contacts, trop d'oppositions. On a axé surtout rugbystiquement sur un travail de réglages et de technique individuelle. Aujourd'hui, on a deux entraînements rugby par jour, donc on ne va pas non plus se rentrer dans la gueule (sic) deux fois par jour. Mais là aussi, en fonction des charges de travail en salle en musculation, il y aura plus d'intensité d'une part et plus de réglages, on l'a vu ce matin (mardi), avec les avants qui ont commencé à travailler la touche, les trois-quarts certains lancements de jeu qu'on leur a présentés en salle d'abord. Ces quinze prochains vont rugbystiquement être importants, même s'il ne faut pas que les joueurs pensent qu'il y a eu trois semaines de physique, quinze jours de rugby, certainement pas, le physique continue et les charges de travail sont encore très lourdes. "Tout le monde va jouer" Sur ces combinaisons et vos lancements de jeu, quelle est la part de nouveauté par rapport à ce que vous avez déjà pu travailler depuis quatre ans ? Il y a des choses nouvelles, on essaye aussi de s'inspirer de ce qui se fait, il y a l'exemple du Super 15, qui sera certainement le rugby qui sera pratiqué durant la Coupe du monde, les Tri Nations en parallèle. On essaye aussi d'innover, d'essayer de surprendre et d'offrir aux joueurs une gamme de lancements de jeu assez diverse, donc il y aura de la nouveauté et surtout ce qui va changer par rapport à notre quotidien, c'est le temps de les peaufiner, que les joueurs les valident sans être dans l'urgence d'un match. En temps normal, durant le Tournoi par exemple, on leur présente aujourd'hui et il faudrait qu'ils le valident et le mettent en application de manière parfaite samedi. C'est surtout ce temps-là qui va être important pour peaufiner tous ces réglages. Mais sur la trame générale, il n'y a pas un gros bouleversement. Ce qui va changer, c'est deux mois de préparation, que les joueurs se connaissent mieux, qu'ils soient physiquement plus prêts et qu'on ait eu le temps de peaufiner les choses. Avez-vous déjà une idée du groupe qui sera le vôtre à l'occasion de ce premier match de préparation face à l'Irlande ? Non. On va jouer deux matches de toute façon, donc tout le monde va jouer. Nous, on travaille en ce moment pour vraiment mobiliser l'essentiel des joueurs et arriver le 22 août (date de l'annonce de la liste définitive des 30, ndlr) avec 30 joueurs au niveau homogène. Avec l'enchaînement des matches qui nous attend, les deux tests face à l'Irlande, Japon, Canada, puis Nouvelle-Zélande, Tonga... C'est des séries de deux matches et on ne va pas partir dès le 13 août avec une équipe type, qui va enchaîner tous ses matches. On parle de pression par rapport au statut des uns et des autres, tout le monde va jouer. Pour l'instant, ça fonctionne bien comme ça et si on peut aller le plus loin possible, y compris jusqu'aux quarts de finale avec cette émulation et ce turn-over au sein du groupe, ce sera pour moi essentiel. Mais vous ne pouvez pas occulter la concurrence au sein du groupe, ne serait-ce qu'avec les premières lignes par exemple ? Mon souci d'ici un mois, ça va être de passer de 33 à 30 et tout se fait en fonction de l'évolution de l'état des blessés. Le comportement général, il est bon, tout le monde bosse, tout le monde progresse, tout le monde s'entraîne. Il y aura un choix médical, sportif et humain à faire. Et chaque choix est difficile, surtout à ce niveau-là, quand on connaît les enjeux. (*) La vitesse maximale aérobie, ou VMA, est la vitesse à partir de laquelle une personne consomme le maximum d'oxygène, c'est-à-dire atteint la VO2Max.