Lièvremont: "On a le potentiel"

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Lièvremont: "On a le potentiel"
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Loin de l'homme blessé et même trahi, qui s'était présenté il y a deux ans face à la presse après la déroute (34-10) de son équipe, c'est samedi, à Twickenham, un Marc Lièvremont, surtout déçu pour ses joueurs, qui a analysé le court revers (17-9) concédé dans le "crunch". Sans manquer de relever leur fébrilité récurrente, qui les prive d'un succès potentiel...

Loin de l'homme blessé et même trahi, qui s'était présenté il y a deux ans face à la presse après la déroute (34-10) de son équipe, c'est samedi, à Twickenham, un Marc Lièvremont, surtout déçu pour ses joueurs, qui a analysé le court revers (17-9) concédé dans le "crunch". Sans manquer de relever leur fébrilité récurrente, qui les prive d'un succès potentiel... Marc, quel sentiment domine après un tel match : la déception, les regrets, la frustration ? Oui, j'ai de la déception pour les joueurs. On se doutait à la mi-temps que le match se jouerait à peu. Et c'est vrai que notre mauvaise entame de seconde période a fait que les Anglais ont pris le score. Ça s'est joué certainement à ce niveau-là. On est dans le match, mais manifestement on est encore fragile. Et je le disais avant le match et je le redis après: les Anglais aujourd'hui nous sont certainement supérieurs. Et on est encore trop fragiles dans la gestion du match pour se permettre ces quelques approximations. On a perdu en lucidité dans la gestion du match. Je ne vais pas dire que c'est la faute à pas de chance, mais j'ai trouvé que l'on avait manqué de réussite. Estimez-vous que désormais plus rien ne s'oppose au 13e Grand Chelem de l'histoire de cette équiper d'Angleterre ? Oui, je le pense et je souhaite à l'Angleterre parce-que je l'ai dit: c'est certainement la meilleur nation de l'hémisphère nord à l'heure actuelle et en nous battant aujourd'hui, la route du Grand Chelem lui est grande ouverte. Vos craintes, exprimées en cours de semaine, sur les données physiques de ce match étaient-elles finalement fondées, comme vous pouviez le craindre ? En partie, encore une fois, on a tenu le match quatre-vingt minutes. Mais pour ce qui est du rythme du match, en termes d'intensité et de réactivité, on sent alors les Anglais, et c'est pour ça que cette entame de seconde période nous est fatale, en pleine confiance, avec cette solidité qui fait qu'il devient difficile de les basculer. On a perdu en cohérence et dans la gestion du jeu en seconde période avec un score pourtant favorable parce qu'il nous fallait marquer deux fois pour recoller au score. C'était compliqué, voire même trop compliqué pour nous. Où situez-vous les faiblesses de cette équipe anglaise ? (agacé) Par rapport à leur organisation et à leu fraîcheur, gagner (17-9) contre la France, ce n'est quand même une énorme performance. C'est une très bonne équipe certes, mais elle a encore des progrès à faire. "Du mal à parler d'une défaite encourageante..." Pour revenir à votre équipe, quelles sont les motifs de satisfaction concernant votre équipe ? Elles sont essentiellement dans le contenu de la première période, où l'on a fait jeu égal. Et encore une fois, compte tenu de nos conditions de préparation, je les situe aussi dans la marge de progression de cette équipe, donc j'ai eu du mal à parler d'une défaite encourageante parce qu'il n'y en a pas. Je continue à penser que la marge de progression de ce groupe est conséquente. J'ai bien aimé cet état d'esprit, même en étant un petit peu incohérent, même en jouant sur un rugby à une passe à grands coups d'épaule en deuxième mi-temps, les joueurs ont été courageux, se sont arc-boutés et il y a cet état d'esprit d'une manière générale sui est encourageant. Et même dans l'animation offensive, il y a également des choses qui se passent, des choses que je vois dans la semaine, même si tout n'est pas super abouti. De manière inhabituelle, votre mêlée fermée a été moins dominatrice qu'à l'accoutumée. Comment l'expliquer ? (ferme) Ça, il faudra le demander à George Clancy (l'arbitre irlandais de la rencontre) parce que j'avoue que moi, je n'ai rien compris, ni sur la mêlée, ni sur le jeu au sol. Je ne vais surtout pas dire que c'est la faute à l'arbitre, mais je n'ai absolument rien compris. De la même manière, je commence à en avoir un petit peu assez. C'est vrai qu'on ne ce crée pas beaucoup d'occasions d'essais, mais il faut reconnaître qu'il est quand même difficile de rentrer dans les trente mètre adverses, ça a été le cas en Irlande, ça a encore été le cas à mon sens aujourd'hui... Pouvez-vous préciser votre pensée ? Vous l'avez très bien comprise ma pensée... Je me demande qu'elle aurait été la réaction de l'arbitre en première période avec une faute intentionnelle sur un ruck, à cinq mètres, sous les poteaux, si ça avait été un joueur français. Ça m'agace un peu. Il y a des choses qui me restent en travers. Je l'ai un petit peu mauvaise quand même. Vous avez le sentiment d'être passé à côté d'un gros coup ? J'avais dit aux joueurs qu'on pouvait perdre ce match et qu'on s'attacherait à juger des contenus. J'avais dit aussi que si on gagnait, ce serait magnifique pour la suite, pour le gain du Tournoi et pour plus loin... Donc je suis avant tout déçu parce que je sais depuis un petit moment qu'on a le potentiel pour le faire, pour gagner ici. On va continuer à travailler. J'allais citer mon nouvel ami Winston (Churchill, dont Lièvremont avait avoué avant le match lire une biographie, ndlr) et dire que le succès consiste à aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme. Je vais me faire engueuler par ma femme, ça l'agace que je sorte des citations à chaque fois (rires). Votre équipe reste toujours aussi fébrile dans sa gestion du match... Mais dès le moment où les Anglais ont pris le score, on a été dans l'incohérence. On s'est fixé trop nombreux dans les rucks, on est tombé dans un hourra rugby à une passe, on n'a absolument pas joué dans l'espace et pratiqué un rugby stérile. On n'a pas été bon dans l'alternance jeu à la main, jeu au pied, trop approximatifs dans la gestion du jeu parce qu'on a voulu beaucoup oser, beaucoup jouer dans nos trente mètres. A mon sens, on a brûlé nos avants physiquement. On a perdu, encore une fois, pas mal de lucidité dès le moment où on a été menés. Cela montre à quel point on est encore fragile. Sans penser à l'Australie, il faut qu'on soit capables dès le moment où on perd le score de rester cohérents et de ne pas déjouer.