Lièvremont: "Ne pas crier cocorico"

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Lièvremont: "Ne pas crier cocorico"
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Deux test-matches, deux victoires : le XV de France a fait le plein de confiance face à l'Irlande, encore battue (26-22) samedi, à Dublin. Les Bleus compliquent les choix de Marc Lièvremont à trois semaines de la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.), mais le sélectionneur tricolore refuse de s'en contenter et appelle ses troupes à une plus grande ambition encore.

Deux test-matches, deux victoires : le XV de France a fait le plein de confiance face à l'Irlande, encore battue (26-22) samedi, à Dublin. Les Bleus compliquent les choix de Marc Lièvremont à trois semaines de la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.), mais le sélectionneur tricolore refuse de s'en contenter et appelle ses troupes à une plus grande ambition encore. Marc, vous évoquiez le plein de confiance avant le départ en Nouvelle-Zélande : deux matches, deux victoires, êtes-vous exaucé ? Oui, c'est intéressant de gagner ces deux matches, c'est intéressant de gagner celui-là à l'extérieur face une bonne équipe irlandaise, complète en plus, donc bien sûr, ça c'est positif. Le problème, c'est que les deux scénarios de match sont totalement différents, c'est aussi le sport, c'est aussi le rugby, avec une entame et même une première mi-temps extrêmement poussive, on a été copieusement dominé ; et puis les joueurs ont eu le talent, l'énergie et les ressources de reprendre le score et de mener à mon sens assez heureusement 16-8 à la mi-temps. Et c'est vrai qu'en deuxième mi-temps, ce deuxième essai en contre de François nous permet de prendre le score. Et je me mets à la place des joueurs qui ont chargé pendant une mi-temps, qui sont à la charge de partir en Nouvelle-Zélande et qui n'ont surtout pas envie de se blesser, peut-être de se faire mal. Mais il faut qu'ils se mettent à ma place, qu'en tant que sélectionneur, j'attendais plus. Et c'est ce qu'on a demandé à la mi-temps. Voilà, on a laissé passer l'orage, on s'est remis dans l'axe et quelque part, je regrette presque ce deuxième essai en contre, qui nous a permis de prendre le large et de gérer. La deuxième satisfaction, c'est qu'il n'y a pas eu de blessés, quelque chose à laquelle je pensais et les joueurs aussi très certainement. Deux victoires obtenues avec deux groupes différents : vous réclamiez aussi de l'homogénéité... C'est difficile de parler d'homogénéité et de comparer une équipe et l'autre tant les scénarii de match ont été totalement différents. Après, moi, je sais qu'il y a de l'homogénéité parce que gagner deux fois l'Irlande avec deux groupes différents, c'est quand même plus qu'intéressant. "Il faut avoir cette volonté individuelle et collective de vouloir faire mieux Vous auriez signé tout de suite pour deux succès comme ceux-là en matches de préparation ? Oui, mais j'ai dit aussi que ça n'était que deux matches de préparation quelque soit les résultats, il fallait aussi voir les contenus et mesurer les progrès qu'il nous reste à accomplir pour se montrer compétitifs dans quelques semaines. Bien sûr, c'est intéressant pour la confiance parce que ce n'est pas simple de revenir ; je me souviens des Anglais, le contexte n'était pas le même, qui étaient venus pour la dernière levée du Tournoi, ils avaient pris la marée d'entrée et ils n'étaient jamais revenus. C'est bien, encore une fois, face à une bonne équipe irlandaise que les joueurs aient su trouver les ressources, aient eu le talent nécessaire pour revenir au score, même si j'espérais plus sur la deuxième mi-temps. Vous aviez insisté cette semaine sur la meilleure gestion des temps faibles. Est-ce que la réponse apportée vous satisfait ? Le contenu du match est complètement différent, on n'a pas été trop mal sur la gestion des temps faibles. A mon sens, même défensivement, on n'a pas été suffisamment en place, ou on l'était, mais sans aller chercher, on a vu notamment ces premières séquences, où on se retrouvait sur des surnombres sur les extérieurs, il n'y avait jamais la volonté de fermer et d'aller chercher, donc les Irlandais ont déroulé leur rugby sans trop de problèmes jusqu'à ce qu'ils nous punissent sur ce premier essai. J'aurais aimé qu'on propose aussi un autre rugby, on a géré, on a fait un nombre incalculable de mauls, sans vouloir trop prendre de risques. On a su en relancer brillamment en première mi-temps sur le premier essai Cédric... (il s'interrompt) On sait aussi pourquoi on va en Nouvelle-Zélande, il faut que les joueurs aient cette ambition, on ne va pas non plus crier cocorico après deux victoires sur l'Irlande. Même si c'est bien, même si bravo à eux, il faut avoir cette volonté individuelle et collective de vouloir faire mieux. Vous disiez vendredi avoir fait votre choix quant à la liste des 30 pour la Coupe du monde... (il coupe avec fermeté) J'en parlerai demain (dimanche) neuf heures. Ce soir, c'est fini. Je sais où vous voulez m'emmener. Vous m'avez déjà posé la question vendredi en conférence de presse pour préparer le match, je dis : on en reparle demain, à neuf heures, c'est : on en reparle demain, à neuf heures ! "Il y a du potentiel chez tous, assurément " Est-ce que ce match vous rend tout de même le choix difficile ? Ça veut dire quoi ? Est-ce que les joueurs de Dublin ont été meilleurs que les joueurs de Bordeaux ? Mais je l'ai déjà dit : le contexte était différent, la trame du match était différente, les scénarii étaient différents aussi. Globalement, oui, je suis content de pouvoir aligner deux équipes différentes et donc deux premiers matches pour chacun, et battre deux fois l'équipe d'Irlande, ça montre quand même un potentiel. On l'a montré à mon sens trop par à-coups, encore une fois en gérant bien notre affaire, et il faut féliciter les joueurs de ça, il n'en reste pas moins qu'il y a encore du boulot. Mais il y a du potentiel chez tous, assurément. Je regrette encore une fois de ne pas avoir vu assez David (Skrela) aujourd'hui, surtout en deuxième mi-temps, dans un contexte plus favorable. Pour le reste, on a vu Fabrice Estebanez faire de bonnes choses, on a vu Aurélien (Rougerie) jouer 70 minutes pour son grand retour, on a vu Fabien Barcella jouer 40 minutes et faire une rentrée convaincante après un an d'absence, donc, oui, tout cela est intéressant. De là à compliquer mes choix, écoutez, n'avoir à faire qu'à des choix compliqués le jour où j'aurai à faire mon équipe type, moi, ça m'ira. Cette Coupe du monde, on va la jouer à trente. On a vu que sur le match de Bordeaux, on a déjà cinq joueurs qui sont restés sur le carreau en comptant Raphaël Lakafia. Les choix vont peut-être s'imposer tout seul. On s'attend à une Coupe du monde extrêmement dense, extrêmement heurtée, et je pense qu'il y aura de la casse chez toutes les équipes. Nous, on a le bonheur de quitter cette préparation sans grave blessure, en ayant réintégré tous nos blessés de début de préparation, donc c'est aussi une grosse satisfaction. Vous vous attendiez à voir Aurélien Rougerie à un tel niveau physique ? Je l'espérais parce qu'il s'entraîne avec nous depuis trois semaines, Aurélien, c'est un athlète, il a ce profil, même avec cette blessure, il était déjà sec, il était déjà prêt, on sait qu'il a un mental exceptionnel et qu'il se connaît bien, donc je dirais que je ne suis pas surpris, oui, je suis content, c'est une très bonne nouvelle pour nous. Vous aviez ces derniers mois pu regretter les performances plus en dedans de Morgan Parra, est-ce que ce soir il a inversé la tendance ? Il n'a pas bénéficié d'une période comme a pu en profiter Dimitri (Yachvili) la semaine dernière parce que même quand on a voulu jouer par à-coups, on a vu des ballons extrêmement lents, il n'y a pas eu de mouvements d'envergue intéressants. Sinon, il a fait un sans faute dans les tirs au but, je me souviens qu'il y a deux ou trois ans, on galérait pour trouver un buteur, aujourd'hui, on a deux, plus David (Skrela), plus François (Trinh-Duc), qui s'entraîne régulièrement. On fait un 100 % sur les matches de préparation. Les deux demis de mêlée ont su s'adapter aux contextes différents, oui, globalement, il a fait un bon match.