Lièvremont: "Il n'y a pas trahison"

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Lièvremont: "Il n'y a pas trahison"
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La composition du quinze de départ tricolore pour la dernière levée du Tournoi face au Pays de Galles rendue presque accessoire, Marc Lièvremont a dû justifier ce mardi face à la presse autant ses choix que ses paroles. Une violence dans ses propos que le sélectionneur ne regrette qu'à moitié, estimant que la relation avec son groupe n'est pas rompue. Une posture qui peine à convaincre...

La composition du quinze de départ tricolore pour la dernière levée du Tournoi face au Pays de Galles rendue presque accessoire, Marc Lièvremont a dû justifier ce mardi face à la presse autant ses choix que ses paroles. Une violence dans ses propos que le sélectionneur ne regrette qu'à moitié, estimant que la relation avec son groupe n'est pas rompue. Une posture qui peine à convaincre... Marc, quels ont été vos critères pour écarter dimanche les six joueurs évincés suite à cette première défaite en Italie ? Six joueurs sont partis, il y en a vingt-trois cette semaine pour préparer le match du Pays de Galles, donc ça fait vingt-neuf et quelques-uns encore possibles, mais je ne vais pas sortir trente joueurs complètement inconnus d'ici à la Coupe du monde. J'ai donc essayé d'être le plus cohérent possible, notamment par rapport à la liste des trente, donnée avant le Tournoi, à l'exception de deux joueurs, qui n'en faisaient pas partie (Jérôme Schuster et Fabrice Estebanez) (*). Je tiens aussi compte du fait que dans une semaine très courte pour rebondir et essayer d'assurer l'essentiel, à savoir battre le Pays de Galles, et même si on aurait pu être tenté de sanctionner plus massivement, il nous faut quand même encore travailler sur des repères collectifs. C'est pour ça que tous les joueurs arrivés sont remplaçants, à l'exception de David Marty et d'Alexis Palisson, qui connaît peut-être un peu mieux le groupe et qui avait pris part au match en Angleterre. Trois jours après ce désastre romain, est-ce que le groupe a retrouvé de la sérénité ? On y travaille, on y travaille... Ça a été assez violent dimanche, vous vous en doutez, en termes d'explications, en termes de déception et en termes de honte. Lundi, il a fallu revenir sur ce match à Rome, il a fallu basculer sur le Pays de Galles. Donc on y travaille, retrouver de la confiance, de l'engagement, à la fois placer les joueurs devant leurs responsabilités, continuer à expliquer, continuer à montrer ce qui n'a pas été rugbystiquement, au-delà de l'engagement qu'il faut mettre en place sur un terrain de rugby, essayer de stigmatiser les joueurs sur la colère et la revanche, en même temps que la confiance. On en est là, il nous reste quatre jours. "Si ça devait mal se passer samedi..." Beaucoup d'anciens ont quitté le groupe. Ressentiez-vous le besoin d'insuffler de la jeunesse et de la fraîcheur après un tel revers ? Peut-être... Amener un peu de fraîcheur, un peu d'enthousiasme, même si ça n'a pas été la raison fondamentale de se dire : « Je sors les plus expérimentés et je fais rentrer des jeunes ». J'avais déjà un groupe très expérimenté, donc si je voulais me servir de la liste initiale des trente, c'était forcément les plus jeunes qui allaient être intégrés. Même si des garçons comme David Marty ou Pascal Papé ne sont pas de jeunes joueurs, mais au contraire des éléments expérimentés. Ne craignez-vous pas d'avoir perdu la confiance de vos joueurs après vos propos assez violents tenus dimanche matin ? La question mérite aussi d'être retournée compte tenu de leur prestation sur le terrain samedi. Il y a un moment, il faut que les choses sortent. On subit cette défaite, même si je ne veux surtout pas revenir sur la performance des Italiens, et quelque part, je suis content pour eux, même si ça fait très mal, ce sont des moments assez violents à vivre entre déception, incompréhension, colère et honte. Plus la nécessité de faire des choix très vite, dans un laps de temps assez court, mais aussi de rebondir, puisque c'est ce dont il s'agit essentiellement. Vis-à-vis de vos joueurs, regrettez-vous néanmoins vos propos ? Non, pour moi, il n'y a pas trahison à partir du moment où je l'ai d'abord dit aux joueurs, ma colère était légitime. Evidemment, six joueurs sont sortis, d'où un sentiment d'injustice, et alors que j'ai parlé de faillite collective. J'ai été très longtemps partagé dimanche entre mon envie de reconduire le groupe dans son intégralité, puis de trancher d'ici le 11 mai (date de l'annonce des trente pour la Coupe du monde, ndlr) et ce choix de sortir six joueurs, qui je le reconnais ne sont pas plus responsables que ceux qui sont restés. Mais on m'a suffisamment reproché de trop couver mes joueurs. Je ne crois pas avoir jeté la diatribe sur l'un plutôt que sur l'autre. Et j'en veux d'une certaine manière à ceux qui sont restés aussi. Maintenant, et c'est ce que j'ai dit ce matin aux joueurs, il faut dépasser la rancoeur et la frustration pour se tourner en quatre jours sur la détermination et la volonté de se refaire. "" La relation de confiance avec votre groupe est-elle renouée Oui, il l'a été dès dimanche soir, avec une explication agitée on va dire, mais constructive. J'ai dû annoncer le nouveau groupe. Comme souvent dans ces moments-là, les langues se délient, les joueurs s'impliquent. Moi, j'étais encore énervé, encore habité par un sentiment de colère, même si ça a été beaucoup plus apaisé, mais je considère qu'il faut savoir se dire les choses. C'est toujours comme ça que je conçois les relations d'homme à homme. Pensez-vous que votre avenir est lié à une victoire contre le Pays de Galles ? Non, je ne le pense pas, je ne me suis jamais inscrit dans ma démarche, même dans les moments les plus difficiles, et c'en est un, dans ce stress-là, de penser à mon avenir personnel. Je ne suis pas là et je ne tiens pas à rester à ma place pour des raisons financières, même si j'estime avoir un bon salaire, ni pour des questions de gloire. Peut-être que la roue tournera un jour, que les titres deviendront beaucoup plus flatteurs et que ce jour-là, je ne serai pas à la une, mais mes joueurs. 48 heures après le match, j'étais déjà lundi dans la détermination et l'envie d'avancer et de repositiver. Je ne suis pas dans un combat négatif de me dire: « Si ça devait mal se passer samedi, je risquerai ma tête... »