Lièvremont en fait-il trop ?

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Lièvremont en fait-il trop ?
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Coupable pour certains d'avoir une nouvelle fois franchi la ligue jaune, qui veut qu'au rugby notamment on lave son linge salle en famille, Marc Lièvremont aurait déjà commis une erreur de management majeure en Coupe du monde en désignant nommément les coupables à ses yeux de la piètre entrée en matière des Bleus face au Japon. Le sélectionneur tricolore n'est-il pas dans son rôle en cherchant ainsi à « piquer » des joueurs, dont il attend plus ? La rédaction ouvre le débat...

Coupable pour certains d'avoir une nouvelle fois franchi la ligue jaune, qui veut qu'au rugby notamment on lave son linge salle en famille, Marc Lièvremont aurait déjà commis une erreur de management majeure en Coupe du monde en désignant nommément les coupables à ses yeux de la piètre entrée en matière des Bleus face au Japon. Le sélectionneur tricolore n'est-il pas dans son rôle en cherchant ainsi à « piquer » des joueurs, dont il attend plus ? La rédaction ouvre le débat... OUI - Laurent DUYCK, rédacteur rugby On ne peut pas se plaindre d'être abandonné par la grande famille du rugby, de la Fédération française, qui ne lui offre qu'un soutien de façade, aux clubs du Top 14 avec lesquels les relations sont au mieux tiédasses (cf le cas de Jean-Marc Doussain laissé à la disponibilité de Toulouse jusqu'à vendredi soir), et tirer sur son propre camp. Marc Lièvremont a trop souvent fustigé la faiblesse du championnat de France (à tort) et dénoncé le peu de cas fait au XV de France (à raison) pour passer aujourd'hui au travers des critiques du milieu. Le problème, c'est qu'il prend tellement à coeur son rôle de victime qu'il en vient à voir chez ses joueurs des adversaires potentiels. Six mois après Rome et ses jeux du cirque, voilà que le sélectionneur entonne le même refrain de la grande trahison. Et les coupables de se nommer cette fois-ci Yachvili, Harinordoquy ou encore Trinh-Duc. Que ces trois joueurs n'aient pas été à leur niveau contre le Japon, on abonde. Les exécuter sur la place publique, on s'interroge. Le propre d'un entraîneur n'est-il pas de réserver, sans parler de l'intimité du vestiaire qui ne veut aujourd'hui plus rien dire, ses colères à ses joueurs ? On se souvient de coups de gueule autrement plus savoureux de son prédécesseur, « Bernie le Dingue », qui avaient le mérite d'être directement adressés aux intéressés. A faire de l'honnêteté son bouclier blanc, le chevalier Lièvremont tire ses flèches sans viser. Mais à force de se faire piquer de la sorte, ses joueurs finiront un jour pas se lasser et siffler la fin du jeu. Et le sélectionneur aura beau dire « pouce », comme à Rome où il s'était laissé aller à un rétropédalage d'école, ou comme ici en Nouvelle-Zélande en alignant les trois mauvais élèves sur la feuille de match contre le Canada, il sera trop tard. Car, s'il a tendance à l'oublier, ses joueurs ne sont plus des gamins avec qui on pourrait jouer un double jeu. NON - Sylvain LABBE, envoyé spécial de Sports.fr, à Takapuna C'est bien parce que Marc Lièvremont a depuis quatre ans multiplié les bourdes de communication, liées le plus souvent à son inexpérience et à sa trop grande franchise, qu'on se gardera bien ici de rejoindre la meute et de hurler avec les loups pour dénoncer la méthode du sélectionneur national, coupable donc pour certains d'avoir jeter en pâture sur la place publique les noms de ceux qu'ils jugeaient les premiers coupables de la plus que poussive entrée en matière du XV de France en Coupe du monde face au Japon (47-21). Imanol Harinordoquy, Dimitri Yachvili et François Trinh-Duc en ont pris pour leur grade certes, et alors ? N'a-t-on pas par le passé suffisamment reproché à Lièvremont un certain angélisme, voire une certaine complaisance avec certains de ses joueurs pour aujourd'hui ruer dans les brancards parce qu'il prend ses responsabilités et place devant les leurs certains cadres qui se voyaient peut-être trop beaux et se croyaient un peu trop vite arrivés en ce début de Coupe du monde. Un de ces joueurs incriminés lui a réclamé plus de psychologie.... Mais Lièvremont n'a plus le temps d'allonger ses joueurs sur le divan. Dans le contexte où la FFR l'a si élégamment placé, qui fait de lui un sélectionneur en sursis, Lièvremont ne peut se permettre de ménager les susceptibilités et de caresser certains dans le sens du poil au prétexte qu'ils ont raté un match. La Coupe du monde a débuté, si certains ne s'en étaient pas rendu tout à fait compte et Lièvremont garde l'ambition d'une victoire finale, aussi illusoire soit-elle. Et si ses joueurs, incorrigibles, ont bien failli rejouer « Vacances romaines » à North Shore, lui s'est bien gardé cette fois de crucifier les intéressés, réaffirmant sa confiance dans le talent et le potentiel de son équipe. Et si le match du Canada ne manquera forcément pas de fournir une réponse à la question de confiance posée à ses joueurs, Lièvremont a lui eu sa façon bien à lui d'enterrer ses coupables. Dimanche, Trinh-Duc, Yachvili et Harinordoquy seront sur la feuille de match.