Levet: "Le scénario parfait"

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Levet: "Le scénario parfait"
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Décidément un personnage... En célébrant dimanche sa victoire à l'Open de France, Thomas Levet s'est fracturé le péroné et devrait "probablement rater" le British Open, qui débute dans neuf jours. Pas de quoi doucher l'enthousiasme du Français, encore tout à sa joie d'avoir remporté le trophée au Golf national. Le Floridien d'adoption verrait même en sa blessure des signes positifs.

Décidément un personnage... En célébrant dimanche sa victoire à l'Open de France, Thomas Levet s'est fracturé le péroné et devrait "probablement rater" le British Open, qui débute dans neuf jours. Pas de quoi doucher l'enthousiasme du Français, encore tout à sa joie d'avoir remporté le trophée au Golf national. Le Floridien d'adoption verrait même en sa blessure des signes positifs. Thomas, avant tout, prenons des nouvelles fraîches de votre péroné (Levet s'est blessé en sautant dans le lac jouxtant le green du trou n°18 de l'Open de France, pour célébrer sa victoire)... Quand déciderez-vous de participer ou non au British Open ? J'ai passé un scanner mardi, il y a une fracture du péroné donc il faudra un certain temps pour que ça se soigne. On ne sait pas trop parce que ce n'est pas une grosse fracture, c'est un endroit un peu bizarre. Comme la fracture est oblique, ce n'est pas sur la largeur de l'os, mais sur le côté. Il faut que j'attende l'avis des spécialistes là-dessus, savoir combien de temps ça va mettre. Le gars qui m'a fait passer le scanner m'a dit qu'il n'avait jamais vu ça. J'ai pris une pierre en diagonale, ce qui n'arrive jamais, en fait. En fin de semaine, je dirai ce que je fais et j'annoncerai si je participe au British quand je saurai où je dois aller, parce que pour l'instant, je ne sais pas trop... Le docteur de la Fédération, Olivier Rouillon, va appeler les spécialistes pour me préconiser un traitement. Il peut y avoir un traitement rapide, qui me fait rejouer rapidement, et un autre plus efficace, mais sur le long terme. S'il y en a un rapide et très bon, je le prends. Mais sinon, je prendrai celui qui met plus de temps. Pouvez-vous nous raconter exactement ce qui s'est passé, avant de revenir sur votre victoire ? Vous n'avez pas tout de suite senti la douleur ? Non, parce que c'est un choc. Ce n'est pas gros non plus, là je ne sens pas de douleur par exemple. Tout ce que je sens, c'est que j'ai un plâtre autour de la jambe. Ça s'est passé en sautant dans le lac sur une pierre, tout simplement. Ce qui est très drôle, c'est que les Anglais, pour souhaiter bonne chance, disent "break a leg". Et comme je me suis cassé la jambe, c'est peut-être un bon signe (rires) ! On imagine que vous tirez toutefois un bilan positif de cet Open de France ? Oui, c'est vraiment super. Ce que j'espère, c'est que ça va réveiller les petits jeunes, qui pourraient se dire que si Thomas Levet y arrive, ils pourraient y arriver aussi. Ce serait bien que ça mette des jeunes au golf, et au golf professionnel, parce qu'on en a besoin. Dans ma future carrière, une fois que j'aurai fini de jouer, je pourrais les aider du mieux que je peux pour aller au plus haut niveau. Tout ça fait avancer le golf dans le bon sens, après la candidature victorieuse de la France pour la Ryder Cup 2018, qui va donner un essor fantastique au golf français. A quel moment avez-vous senti que vous étiez peut-être en train de réaliser quelque chose de grand ? Pendant la journée du samedi, quand tout le monde avait du mal, que le parcours était très dur et que moi, je me baladais, je ne loupais pas un coup. Je me disais que si je continuais comme ça pendant encore 18 trous, on aurait du mal à me battre. C'est ce qui s'est passé, j'ai fait très peu d'erreurs et je me suis retrouvé en tête parce que derrière moi, les gars explosaient les uns après les autres. J'ai eu la chance aussi d'avoir le scénario parfait, de jouer un peu devant les leaders, de passer les trous difficiles avant eux, les trous faciles aussi... C'est comme ça qu'on gagne. "On citera toujours mon nom" S'agit-il du plus grand moment de votre carrière ? C'est pas mal, oui (il réfléchit)... Je me souviendrai toujours de tout ce public derrière moi. Je suis quand même français, et j'aurai mon nom gravé toute ma vie sur la coupe. Quand un jeune Français gagnera à nouveau l'Open de France, car ça arrivera un jour, on citera toujours mon nom dans les articles comme le sont d'autres compatriotes qui ont gagné cette compétition, tels que Jean Garaialde, Arnaud Massy ou Jean-François Remésy, des grosses personnalités du golf français. Le public apprécie votre joie de vivre manifeste et votre tempérament toujours blagueur. Vous êtes Floridien d'adoption, mais on imagine que vous vous sentez complètement français dans ces moments-là ? C'est sûr que le public adore. Mais le golf, c'est un jeu au départ et je suis là pour jouer. Je ne veux pas m'embêter sur un parcours. Sinon, je me sens français même quand je suis aux Etats-Unis. Je n'ai pas perdu ma nationalité comme ça. Je suis là-bas pour des raisons pratiques, d'entraînement notamment. L'hiver, je peux m'entraîner n'importe quel jour. En France, ce serait un peu plus difficile. Depuis que j'ai fait ce choix, j'ai fait pas mal de progrès, peut-être parce que ma période d'entraînement est plus équilibrée qu'avant, où je m'entraînais quand il faisait beau et que j'allais à la salle de gym quand il ne faisait pas beau. Depuis que j'habite en Floride, j'ai trois victoires en cinq ans. En vue de la Ryder Cup 2018, pensez-vous que tout est déjà réuni pour que l'édition en France soit une réussite ? Ce week-end particulier, avec votre victoire, ça peut aider ? J'espère. On a tous les ingrédients pour faire une belle Ryder Cup à Paris, ça c'est sûr. Il y a la volonté de la Fédération, du circuit européen et des joueurs pour que ce soit le cas. Beaucoup d'entre nous savent que ce parcours se prête au spectacle. Quand on regarde les dix dernières éditions de l'Open de France, il y a toujours eu des drames, des choses très spéciales qui se passent. On a tout pour que ça se passe bien, et si la météo est au rendez-vous, ça va être une fête fantastique. Je crois que les gens qui sont venus au Golf national le week-end dernier vont raconter l'ambiance dans leurs clubs, et le bouche-à-oreille sera le meilleur allié. Ce que les spectateurs français ne réalisent pas, c'est que la Ryder Cup, c'est une ambiance comme celle qu'ils ont vécu à l'Open de France, mais multipliée par trois ou quatre. C'est un truc de fou. Quel bilan faites-vous de votre première partie de saison, et quels sont vos objectifs désormais d'ici la fin de l'année ? L'objectif, pour l'instant, c'est de soigner la jambe ! Derrière, c'est de regagner un tournoi très rapidement. Je vais probablement rater un British Open, mais en France, on a des dictons et il y en a un qui dit "un de perdu, dix de retrouvés". L'avantage, c'est que j'arrive dans une période où j'allais de toute façon jouer peu. Au lieu de me griller au niveau du jeu et moralement, ça me permettra de me reposer et d'arriver très frais en fin de saison, contrairement à des joueurs qui auront joué tout l'été. Ça peut être un avantage vers le mois d'octobre. Sur la première partie de saison, il y a eu des moments difficiles parce que j'ai été beaucoup blessé au début. Mais entre les blessures, j'ai très bien joué. Je crois que cette victoire à l'Open de France, elle vient parce qu'il y a eu de bonnes choses avant et que le jeu était en place à ce moment-là. On ne gagne pas un tournoi comme ça. Enfin, un mot sur la polémique qu'a déclenché Bubba Watson. On vous a vu le vendredi, au départ d'un trou, demander aux spectateurs de ne pas utiliser d'appareils photos, "surtout ceux avec des bip-bip"... Ceux qui font une vidéo, aucun problème, mais les appareils avec des "bip-bip", si ça tombe au mauvais moment sur un trou difficile... Il faut juste prévenir les gens, de temps en temps, que ce n'est pas très agréable et que ça dérange énormément. Mais c'est tout. Quand je ne joue pas bien, les "bip-bip" et les caméras, je les entends aussi à des kilomètres. Watson n'était pas dans le coup, je comprends qu'il exprime sa frustration parce qu'il voulait faire quelque chose de bien, il était annoncé comme la grande star du tournoi et il n'a pas passé le cut. Dès le lendemain, il s'est excusé. Quand on tape des balles au practice et qu'à côté de nous, un joueur discute avec son caddie ou son manager, on ne l'écoute même pas. Quand on est dans le coup, on ne sent rien, c'est quand on n'y est pas que c'est difficile à avaler. Les mots de Watson, c'était plus de la frustration qu'autre chose. C'est pardonnable.