Leveaux: "Ça m'avait manqué"

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Leveaux: "Ça m'avait manqué"
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Deux ans qu'il n'avait plus connu la joie d'un podium international. Médaillé d'argent sur 50 mètres papillon lors des championnats d'Europe en petit bassin en Pologne, Amaury Leveaux y voit le fruit du travail fourni avec Philippe Lucas depuis la rentrée. Et la preuve qu'il n'est pas « à la ramasse » en cette saison olympique même s'il reconnaît s'être éparpillé depuis son arrivée à Paris. Avant de partir à la Réunion en fin d'année pour un stage d'entraînement, Leveaux se confie.

Deux ans qu'il n'avait plus connu la joie d'un podium international. Médaillé d'argent sur 50 mètres papillon lors des championnats d'Europe en petit bassin en Pologne, Amaury Leveaux y voit le fruit du travail fourni avec Philippe Lucas depuis la rentrée. Et la preuve qu'il n'est pas « à la ramasse » en cette saison olympique même s'il reconnaît s'être éparpillé depuis son arrivée à Paris. Avant de partir à la Réunion en fin d'année pour un stage d'entraînement, Leveaux se confie. Quel goût a cette médaille d'argent européenne après une année 2010 un peu creuse ? Archi-creuse même (sourire). Je la savoure énormément. Ça faisait deux ans que je n'avais pas fait un podium, le dernier, c'était mon titre en petit bassin à Istanbul sur 100 mètres nage libre (lors des championnats d'Europe en petit bassin 2009, ndlr). C'est bizarre mais à la fois, ça me prouve que, quand je fais tout pour y arriver, ça marche. Même si on a beaucoup dit que ces championnats d'Europe n'étaient pas les plus relevés, en l'absence notamment des meilleurs nageurs français à Szczecin ? Ceux qui disent ça sont frustrés. Quand j'étais là-bas, beaucoup de gens sont venus me raconter ce que l'on disait dans la presse française, qu'il n'y avait personne... Mais ils sont malades ! Il suffit de regarder en combien ça se gagnait l'année dernière ou les années précédentes. C'est tout ce que j'ai à répondre. J'ai gagné une médaille, j'ai donné le meilleur de moi-même. Si un nageur a fini devant moi c'est la preuve qu'il y avait de la concurrence. Ça reste une médaille d'argent et je la prends ! Aujourd'hui, cette médaille peut-elle être un déclic pour vous en vue des échéances à venir ? Je n'avais pas besoin de faire une médaille pour avoir un déclic. Le déclic, je l'ai eu au mois de septembre. Quand je m'y suis remis à la rentrée, je me suis dit que c'était la saison des Jeux Olympiques et que je devais performer. Parce que je sais que si je ne fais pas les Jeux, ça va être compliqué de donner une suite à ma carrière. Ces championnats d'Europe ont été une bonne occasion de prouver à moi-même que j'étais encore capable de nager vite. Mais cette médaille n'est pas une récompense, c'est juste le fruit d'un travail accompli avec Philippe Lucas depuis septembre, voire depuis que je suis avec lui. Ça m'a fait du bien de me retrouver pendant 12 jours avec le reste de l'équipe de France dans un hôtel et de manger de la natation tous les jours. Ça m'avait manqué. "Je n'avais pas l'hygiène de vie d'un sportif de haut niveau" Vous avez regardé les Mondiaux de Shanghai à la télé. Avez-vous pris conscience à cette occasion qu'il était peut-être temps de réagir ? J'ai pris une énorme claque pendant ces championnats du monde devant ma télé. Pendant les trois premiers jours, je n'ai pas dormi du tout. C'était horrible. Quand on est dans le système, on sait que l'on est dans une bulle, mais on voit aussi l'avant et l'après des courses, on y est, on est protégé. Et quand on n'y est plus, ça fait bizarre. Là, je n'étais pas bien. Et je me suis dit que je n'avais pas le droit de ne pas être dans cette équipe, que tout le monde me disait que j'avais du talent mais que je devais le prouver. Cette absence, avec du recul, n'était-elle pas méritée pour vous ouvrir les yeux ? Non, j'aurais préféré être là-bas. Et je ne peux même pas dire que ça m'a servi de déclic. Ça m'a juste blessé. Ma fierté en a pris un coup. Je me suis dit que j'avais encore les moyens d'être dans cette équipe et que je n'étais pas au bout du rouleau. Comment avez-vous perdu votre place au sein de cette équipe de France ? Je ne me suis pas qualifié pour une seule raison : parce que je n'avais pas l'hygiène de vie d'un sportif de haut niveau. Et je l'ai payé lors des championnats de France où, en plus, je suis tombé un peu malade juste avant. Les autres étaient un cran au-dessus. Et moi en-dessous. Ce n'était pas une perte de motivation. Mais j'aime bien m'amuser, j'aime bien être avec mes amis, j'aime bien partager et je me suis un peu éparpillé. J'ai perdu la notion des priorités. Avant, en province je ne pensais que natation et quand je venais à Paris, c'était pour profiter. Mais l'année dernière, j'ai trop profité. Et je suis sorti des rails. Est-ce aussi lié à votre arrivée à Paris ? Ne regrettez-vous pas d'avoir quitté le cocon de Mulhouse ? Je ne regrette absolument pas. J'avais envie de changer. Je n'en pouvais plus de Mulhouse. J'étais dans un système trop contrôlé, tous les robinets étaient bouchés. Je n'avais pas mon mot à dire. Après 2008, j'ai reçu notamment plein de demandes mais rien n'a abouti. Quand je suis arrivé à Paris, j'ai eu la chance que peu de personnes je crois au sein du groupe Lagardère de rencontrer le boss (Arnaud Lagardère, ndlr). Ça s'est super bien passé. Il m'a accordé sa confiance et je lui ai promis des choses. Malheureusement, l'année dernière, j'ai un peu dérapé. Même énormément... Donc cette année, je veux lui renvoyer l'ascenseur. Je lui dois ça, c'est le minimum. (à propos de Philippe Lucas) "Je crois que je n'ai pas choisi le plus mauvais" Cette prise de conscience n'est-elle pas trop tardive ? Il n'est jamais trop tard. Et si tout le monde dit que j'ai du talent, ça va bien faire un truc. Moi, je ne doute pas de ce que je suis capable de faire. Quand on veut, on peut. Et je ne me trouve pas à la ramasse. J'ai amélioré mes temps, je suis proche du record de France qui avait été réalisé en Jaked. Je sais où j'en suis. Après, ce qui se dit autour... Quel rapport entretenez-vous avec Philippe Lucas, un entraîneur réputé très exigeant ? Il sait ce qu'il fait et ce qu'il veut ! Il essaie de protéger son athlète, il le prend sous son aile mais ça reste une relation entraîneur-entraîné. Et il est à fond dans le truc. Je n'avais jamais vu un entraîneur aussi passionné que lui, il a vraiment envie que son athlète réussisse. Il est à 200% et quand son athlète n'est pas là où il a envie qu'il soit, ça part souvent en clash... Mais ce sont des accrochages positifs. On s'entend bien, on a chacun un gros caractère, lui plus que moi quand même. Et il croit en moi comme je crois en moi. Et cette confiance me donne aussi confiance. Et puis, c'est l'un des meilleurs entraîneurs au monde, je crois que je n'ai pas choisi le plus mauvais... Sur quelles distances espérez-vous vous qualifier pour les Jeux Olympiques lors des championnats de France de Dunkerque ? En papillon déjà, une distance que je ne travaille pas à l'entraînement et sur laquelle on a vu ce que ça donnait en petit bain (rappelons que le 50 mètres papillon n'est pas une distance olympique ce qui veut dire qu'il s'alignera sur 100 mètres papillon, ndlr). Et après, le 50, 100 et 200 mètres nage libre. Ça fait quatre épreuves. Et après, il peut y avoir les relais, le 100 mètres 4 nages et les relais 4x100 et 4x200 mètres nage libre. Ça fait un programme chargé. Mais j'ai du répondant. Et la flamme est toujours là. Cette flamme vous ramène-t-elle à Pékin ? Non, c'est celle qui j'ai entretenue tout au long de mon parcours, sportif ou extra-sportif. Je viens d'un petit quartier et la natation m'a permis de m'en sortir. Et je n'ai pas envie de gâcher ça. Pékin, je n'y repense pas. Il y a eu ces médailles, exceptionnelles, mais c'est du passé. La bonne chose, c'est que je peux encore les défendre.