Les trois douloureuses

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Les trois douloureuses
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Loin de leurs hauts faits d'armes face aux All Blacks, les confrontations avec l'Angleterre dans le cadre de la Coupe du monde ont, à une seule exception, toujours laissé un profond goût d'amertume aux Français. Mis à part le succès d'estime d'un match pour la 3e place en 1995, les trois autres chocs du Nord ont toujours tourné en faveur de la Rose. Retour avant la quatrième opposition samedi, à l'Eden Park, en quarts de finale, avec trois grands témoins sur ces trois plaies du rugby français.

Loin de leurs hauts faits d'armes face aux All Blacks, les confrontations avec l'Angleterre dans le cadre de la Coupe du monde ont, à une seule exception, toujours laissé un profond goût d'amertume aux Français. Mis à part le succès d'estime d'un match pour la 3e place en 1995, les trois autres chocs du Nord ont toujours tourné en faveur de la Rose. Retour avant la quatrième opposition samedi, à l'Eden Park, en quarts de finale, avec trois grands témoins sur ces trois plaies du rugby français. 1991: Ils ont tué Blanco ! Quart de finale, le 19 octobre 1991, au Parc des Princes (Paris), Angleterre bat France 19-10 C'est la première fois que les Français et les Anglais transposent leur rivalité dans le cadre de la Coupe du monde et ce jour-là, le XV de la Rose a décidé de faire les choses à sa façon et de pousser le cliché à l'extrême entre cynisme, violence, voire même une part de préméditation dans l'approche d'un match, où d'emblée s'impose une évidence: ils ont ciblé Blanco ! Sous la première chandelle de Rob Andrew, l'arrière magnifique des Bleus est la victime d'un premier attentat, celui d'une longue série qui pétrifie cette équipe de France. Les Anglais ont choisi leurs armes, les Tricolores n'ont pas la réponse et s'inclinent dans le sang et les larmes. Auxquels Daniel Dubroca ajoute le déshonneur en agressant l'arbitre néo-zélandais du match, M. Bishop, dans le couloir qui mène aux vestiaires. Le témoin: Philippe SELLA (ancien trois-quarts centre, 111 sélections) "Ça a été un défi plus que sportif en entame de rencontre qui nous a peut-être fait perdre le fil du match. C'est une rencontre à oublier quant au contenu, à l'atmosphère. C'est le pire que j'ai pu jouer de mes 111 en équipe de France. C'est le match qui ne correspond pas à l'idée qu'on peut se faire du sport. C'était pire qu'une rivalité. On n'a pas su sortir de ce piège sophistiqué tendu par les Anglais." 2003: Sous la pluie de Sydney Demi-finale, le 16 novembre 2003, au Telstra Stadium (Sydney), Angleterre bat France 24-7 "S'il pleut, on est mort." La prédiction de Bernard Laporte, formulée à la veille du match, se réalise. Alors qu'ils prennent la direction du Telstra Stadium pour cette demi-finale face à l'Angleterre, les Bleus sont assommés par l'orage qui éclate et la pluie qui se déchaîne dans la nuit de Sydney. Ils avaient tout prévu, sauf les caprices de la météo. Fatal pour cette équipe de France bâtie sur la mobilité et qui n'a pas cru bon de s'armer d'un plan B. Au cas où... Un contexte dans lequel l'Angleterre s'épanouit totalement dans le sillage d'un Jonny Wilkinson étincelant, qui signe les 24 points de son équipe, et efface Frédéric Michalak, noyé autant sous le déluge que sous le stress. L'équipe de France sombre, réduite à quatorze par deux fois (Betsen et Dominici), et finit dominée dans tous les secteurs. La déception est telle qu'un Fabien Galthié, pourtant capitaine, s'envole le soir même pour la France, sans jouer le match pour la 3e place. L'Angleterre, au sommet de son art, elle triomphe, première nation du Nord consacrée. Le témoin: David ELLIS (chargé de la défense du XV de France) "Dans le bus je me rappelle que plus la pluie tombait, plus les joueurs devenaient silencieux. A la fin dans le car, il n'y avait plus un bruit. On n'entendait plus que la pluie. On avait déjà perdu le match." 2007: Wilko, le bourreau Demi-finale, le 13 novembre 2007, au Stade de France (Saint-Denis), Angleterre bat France 14-9 Quatre ans, quasiment jour pour jour, les deux rivaux se retrouvent au même stade de la compétition. Devant leur public, les Bleus, malgré leur début de compétition calamiteux, marqué par cette défaite en ouverture face aux Pumas, partent favoris. Un statut mis à mal d'entrée par l'énorme boulette d'un Damien Traille qui après seulement 79 secondes de jeu offre le seul essai de la rencontre à Josh Lewsey. Le combat d'avants fait rage et le match bascule sur d'infimes détails, comme cette cuillère de Joe Worsley sur Vincent Clerc, qui filait à l'essai (69e). Le match dans le match entre le jeu au pied du jeune Lionel Beauxis et le maître du genre, Jonny Wilkinson, tourne une fois encore à l'avantage du n°10 anglais, qui d'un drop parfait envoie le XV de la Rose vers sa deuxième finale de rang. Le témoin: Vincent CLERC (trois-quarts aile de l'équipe de France, 54 sélections) "Il y a une petite revanche à prendre par rapport à 2007. Les Anglais nous avaient coupé dans notre élan, avaient brisé le rêve. Je ne repense pas spécialement à cette cuillère, mais surtout au match, qu'on le tenait. On avait été tétanisé par un drop de Jonny Wilkinson. Cela nous avait un peu bloqué, il ne faudra pas retomber dans le même stress si on est devant au score et que nous sentons les Anglais revenir."