Les pronostics du «Professeur»

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Les pronostics du «Professeur»
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Vainqueur de la Transat Jacques-Vabre en 2007, Michel Desjoyeaux, pris sur son programme de MOD70, ne participe pas à la dixième édition, mais il en sera un observateur attentif, d'autant qu'il accompagne le projet de François Gabart, skipper de Macif. Pour nous, le «Professeur» a accepté de se plier au jeu des pronostics dans la classe Imoca, nous présentant les treize tandems au départ.

Vainqueur de la Transat Jacques-Vabre en 2007, Michel Desjoyeaux, pris sur son programme de MOD70, ne participe pas à la dixième édition, mais il en sera un observateur attentif, d'autant qu'il accompagne le projet de François Gabart, skipper de Macif. Pour nous, le «Professeur» a accepté de se plier au jeu des pronostics dans la classe Imoca, nous présentant les treize tandems au départ. LES FAVORIS "Mon quinté plus, dans le désordre, c'est Macif-Banque Pop-Virbac-PRB-Safran, avec Groupe Bel en outsider", attaque Michel Desjoyeaux, avant d'entrer dans le détail: PRB (Vincent Riou-Hugues Destremeau): "Des durs au mal" "Ils ont montré depuis quelque temps une bonne aisance en compétition et à l'entraînement, ils ont fait un quasi sans-faute cette année, je n'ai pas de souci à les mettre dans le Top 3. PRB est un bateau assez différent des autres plans VPLP-Verdier, ses formes de coques sont différentes, là où Banque Populaire, Virbac et Macif ont des coques proches sur la partie basse, PRB se rapproche de Safran dans les moules duquel il a été fait, la coque est beaucoup plus étroite. Ils l'ont bien fiabilisé après leurs petits soucis de l'an dernier, ils ont beaucoup navigué et tant Vincent, que je connais bien, que Hugues, que je connais très bien puisqu'il a navigué avec moi sur le trimaran Géant, sont de très bons marins, des durs au mal. Quand on voit les conditions météo difficiles sur les premiers jours de course, ça ne devrait pas leur déplaire." Banque Populaire (Armel Le Cléac'h-Christopher Pratt): "Un tandem redoutable et redouté" "Ils ont montré beaucoup d'aisance sur les stages, ils font partie de mon Top 5, sinon de mon Top 3. Leur avarie de l'été dernier ? Tout a été remis dans l'ordre, on a clairement identifié la cause, ce qui était, pour moi fabriquant du bateau (Banque Populaire est l'ancien Foncia 2, mis à l'eau en septembre 2010, ndlr), une bonne nouvelle, je n'ai pas encore compris pourquoi ce n'est pas arrivé avant, mais bon, c'est anecdotique. C'est un tandem qui peut être redoutable, je pense même qu'il est redouté par ses concurrents directs. Christopher, on l'a vu évoluer sur la Route du Rhum 2010 avec un bateau qui n'est pas un avion de chasse, il s'est bien battu mais a fini avec des soucis techniques qui l'ont fortement pénalisé sur a fin. On l'a aussi vu sur le circuit Figaro, c'est un bon petit gars qui n'a pas toujours eu ce qu'il lui fallait dans les pattes, mais si Armel a été le chercher, c'est qu'il se sent suffisamment à l'aise avec lui." Macif (François Gabart-Sébastien Col): "Si l'occasion se présente, je ne suis pas inquiet" "On a eu un peu plus de temps pour construire le bateau (Michel Desjoyeaux et sa société Mer Agitée sont maîtres d'oeuvre du projet Vendée Globe de Macif, ndlr), ça nous a permis de faire quelques petites modifications anecdotiques par rapport à ce qui ne nous avait pas plu sur Foncia 2, aujourd'hui Banque Populaire. Mais c'est de l'ordre du détail, d'ailleurs l'autre jour, on a joué au jeu des sept différences avec quelques uns de vos confrères, ils ont mis du temps à tout trouver et on les a beaucoup aidés ! Ces différences ? Les profils des dérives parce qu'on a eu le temps de faire des dérives neuves, la forme du pont devant le mât parce qu'on voulait plus de place dans la soute à voile, la position de la barre d'écoute, des winches plus petits dans le cockpit... Ce sont deux bateaux très très proches. François dit qu'il est un outsider ? C'est de la stratégie d'influence, on connaît ça par coeur ! François aurait sans doute préféré que Seb ait plus de dispo pour venir naviguer plus souvent avec lui, mais Seb a continué à naviguer à haut niveau, c'est quand même très utile, ça permet de garder les réflexes liés à la marche du bateau et pas forcément dans la gestion du projet, qui est une des missions de François dans son rôle de skipper, même si on essaie de l'aider au maximum pour le remettre dans une position de marin quand il le faut, plutôt que dans son rôle de leader du projet. Son objectif, il n'est pas là tout de suite, mais si l'occasion se présente, je ne suis pas inquiet pour lui." Safran (Marc Guillemot-Yann Eliès): "Tout ce qu'il faut pour bien faire avancer le bateau" "On a vu que c'était un bon bateau depuis le début, un bon équipage aussi. Les modifs de jauge favorisent Safran dans le petit temps par rapport à un PRB qui a la même forme de coque mais un mât plus court (la nouvelle jauge limite la taille des mâts sur les nouveaux bateaux, ndlr). Sur les premiers jours de course au près dans le gros temps, ça ne lui rendra pas forcément service, ça peut en revanche l'aider sur la fin de course au portant avec un bateau plus toilé que les bateaux de nouvelles génération qui ont des mâts plus petits. Les marins, je les connais bien, parce que ça fait vingt ans qu'on se croise, il y a beaucoup de pratique, beaucoup d'expérience et de bons résultats, tout ce qu'il faut pour bien faire avancer le bateau." Virbac-Paprec 3 (Jean-Pierre Dick-Jérémie Beyou): "un couple équilibré" "C'est un des favoris, le bateau est maintenant bien fiabilisé, le couple est assez étonnant, je pense que Jérémie, que je connais bien, doit apporter sa touche, c'est un couple en tout cas beaucoup plus équilibré que le couple Thomson-Altadill (voir ci-dessous). Le parcours atypique de Jean-Pierre Dick ? Je ne suis pas d'accord, il a beaucoup régaté pendant des années, nous on était peut-être sur d'autres programmes plus médiatisés, mais lui était sur l'eau, sur le Tour de France, en Melges 24, en One-Ton, le parcours atypique, ça me fait rire." LES OUTSIDERS Groupe Bel (Kito De Pavant-Yann Régniau): "Je leur souhaite d'inverser la tendance" "Kito, on le connaît presque par coeur, il fait partie des vainqueurs de Figaro, ce qui, pour moi, est une référence. Yann a beaucoup navigué sur le bateau depuis le début, le bateau n'a pas été pour l'instant à la hauteur de la fiabilité qu'ils souhaitaient, je leur souhaite d'inverser la tendance." Cheminées Poujoulat (Bernard Stamm-Jean-François Cuzon): "Ça ne peut pas être un mauvais bateau" "J'espère déjà pour Jean-François qu'il ira un peu plus loin que la dernière fois, ce serait mieux pour tout le monde (il avait chaviré avec Sébastien Jose sur BT). On les a vus évoluer lors d'un stage dans le petit temps, ils n'ont pas été très convaincants, mais il faut toujours se méfier de ces confrontations et des conditions dans lesquelles elles se disputent. Tu peux avoir un bateau époustouflant juste parce qu'il a pile poil le plan de voilure qui va bien le jour où ça navigue et tu as l'impression que c'est un avion de chasse, alors que ce n'est pas forcément un très bon bateau. Là, ce n'était plutôt pas très enthousiasmant dans des conditions assez particulières et assez peu représentatives de conditions de large. Mon avis sur le bateau ? Je l'ai très peu vu donc ce ne sera pas très pertinent, mais je ne suis pas enthousiasmé par la disposition du cockpit qui est très arrière, ce qui me paraît une aberration sur ces bateaux-là qui sont très inconfortables à la mer. Or, plus tu es au milieu du bateau, moins c'est «peu confortable». Il n'a pas beaucoup de protection et de protection facilement installable. Maintenant, en termes de performances, je ne sais pas ce que ça va donner. Juan (Kouyoumdjian, l'architecte, ndlr) n'est pas un lapereau de six semaines, ça ne peut pas être un mauvais bateau." Gamesa (Mike Golding-Bruno Dubois): "Mike a fait ce que lui avait demandé Jean Le Cam" "Mike Golding a apparemment tiré quelques leçons de ce que lui avait demandé Jean Le Cam qui lui avait loué le bateau pour la Barcelona. C'est-à-dire protéger le cockpit. Jean s'était fait envoyer promener, il n'avait pas pu faire ce qu'il voulait. Mais Mike a dû finalement passer la «job-list» de Jean à son équipe en disant: "Maintenant, faites comme il dit parce que c'est pour moi !" Le marin ? C'est un gars qui a beaucoup d'expérience, à qui il manque peut-être un côté régatier dans les situations de contact. Son co-skipper Bruno Dubois, est un chef d'entreprise qui a une voilerie, il a fait la Whitbread en même temps que moi, en 1985, il a continué à naviguer, il a déjà fait une Jacques-Vabre avec Mike, il a eu un gros accident en Extreme 40 il y a deux-trois ans, il s'était fait scalper dans le chavirage du bateau. Le bateau a du potentiel qui n'a pas toujours été bien exploité, ils ont encore changé de système de gréement, je ne sais pas ce que ça va donner ce coup-là, mais le bateau va pas mal." Akena Vérandas (Arnaud Boissières-Gérald Véniard): "Arnaud a bien progressé" "On a vu Arnaud bien progresser l'année dernière, ça va beaucoup mieux que précédemment. Il est accompagné d'un petit gars qui va bien, même s'il n'a pas énormément d'expérience, ils ont beaucoup navigué ensemble ces temps-ci. Maintenant, ce n'est pas un bateau de dernière génération, ils vont avoir du mal, il y a une différence qui commence à causer à ce stade de la compétition, même s'ils peuvent tirer leur épingle du jeu dans certaines circonstances." Hugo Boss (Alex Thomson-Guillermo Altadill): "Deux têtes brûlées" "Voilà un drôle de tandem, à la Alex Thomson. Ce sont deux têtes brûlées, il n'y a pas de modérateur dans l'équipage. Le bateau (plan Farr, l'ancien BT et Veolia Environnement), il nous a mis d'accord à la Route du Rhum, ça veut tout dire. Il est très proche du Foncia 2007, il va bien, est agréable à la mer, ils l'ont renforcé depuis ses problèmes au Vendée et à la dernière Jacques-Vabre, les problèmes sont réglés. Maintenant, on va voir comment les skippers vont le mener. Parce que ce n'est pas tout de foncer, mais de temps en temps, il faut savoir lever le pied pour passer au travers sans lever le pied." LES AUTRES Bureau Louis Vallée (Louis et Nestor Burton): "Plus Pierre de Coubertin qu'autre chose" "J'ai découvert Louis au printemps sur la Seychelles Regatta puisqu'il naviguait avec moi. C'est un bon petit gars, jeune, plein de dynamisme et plein de bon sens, il a du potentiel, il se retrouve sur un montage un peu complexe en flux tendu, mais ça fait aussi partie de ses capacités de monter ce genre de projet. C'est un entrepreneur dans le bon sens du terme, enthousiaste et engagé, maintenant, ils y vont plus pour participer, c'est plus du Pierre de Coubertin qu'autre chose. D'autant qu'ils n'ont remis le bateau (l'ancien Delta Dore) à l'eau que fin août." DCNS (Marc Thiercelin-Luc Alphand): "Ils vont souffrir" "C'est très bien pour Luc, que j'ai eu l'occasion de croiser, de venir s'éclater dans ce milieu magnifique avec des très beaux bateaux et des belles navigations. De là à le mettre dans les favoris, ma réponse est non. Et vu les conditions du début de course, ils vont tous souffrir, lui le premier. D'autant qu'il ne navigue pas sur le meilleur bateau. Il y avait sans doute moyen de faire un bon bateau avec cette coque, mais certaines choses n'ont pas été très bien appréhendées sur cette série (Finot-Conq), on n'a jamais eu des bateaux très rapides. Le pourquoi du comment, je n'ai pas toutes les données, mais que ce soit Hugo Boss, Brit Air, Generali ou DCNS, il n'y en a pas un seul qui a montré une vraie polyvalence. Marc Thiercelin ? Un moment, il aurait pu choisir entre le sport et la médiatisation, il a choisi la deuxième solution. Il ne navigue plus assez pour être dans le coup." Temenos (Dominique Wavre-Michèle Paret): "Beaucoup de milles parcourus" "Beaucoup de milles parcourus sur un bateau qui a à peu près la même coque que celui de Mike Golding. Les marins connaissent bien le bateau, ils ont aussi eu des déboires sur la Barcelona, à eux d'y aller."