Les "gros" en première ligne

  • A
  • A
Les "gros" en première ligne
Partagez sur :

Le quotidien de l'équipe de France, qu'elle le veuille, ou non, sera conditionné jusqu'au 22 août prochain, date butoir pour l'officialisation de la liste des 30 pour la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.) par l'évolution de l'état de ses blessés. Concernées au premier chef, les premières lignes, animées d'un esprit de corps et d'une solidarité non feints, savent pourtant qu'à l'heure des choix, ils seront forcément exposés.

Le quotidien de l'équipe de France, qu'elle le veuille, ou non, sera conditionné jusqu'au 22 août prochain, date butoir pour l'officialisation de la liste des 30 pour la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.) par l'évolution de l'état de ses blessés. Concernées au premier chef, les premières lignes, animées d'un esprit de corps et d'une solidarité non feints, savent pourtant qu'à l'heure des choix, ils seront forcément exposés. Lundi matin, à l'arrivée des Bleus à l'aéroport de Perpignan, Sylvain Marconnet, pourtant réputé comme l'un des « ambianceurs » privilégiés du XV de France, affichait une certaine gravité. Comme si avec le coup d'envoi de ce second stage dans les Pyrénées orientales, qui ouvrira sur les deux test-matches face à l'Irlande (France - Irlande à Bordeaux le 13 août, Irlande - France à Dublin le 20 août, ndlr)), les Bleus étaient entrés dans une phase plus sensible de leur préparation à la Coupe du monde. "On sait qu'à l'issue de ce cycle on va basculer sur les matches de préparation et que ce sera la dernière ligne droite. La pression monte tout doucement et à Falgos elle va encore monter", lâchait ainsi le pilier biarrot. A 35 ans et déjà une Coupe du monde à son actif, en 2003, Marconnet en a pourtant vu d'autres. Justement, l'ex-Parisien sait la valeur d'une participation au Mondial, lui qui mal remis d'une fracture du tibia dut renoncer à l'édition 2007 en France, en pleine préparation et céder sa place à un certain Nicolas Mas. Par-delà ce cas personnel affleure comme un sentiment de vulnérabilité chez les habituels hommes forts du groupe. La concurrence, celle que Marc Lièvremont feint de ne pas vouloir instaurer pour le moment, soucieux en tout cas de la repousser le plus loin possible, pourquoi pas même jusqu'au quart de finale... Vulnérables car dans ce groupe, les "gros" sont exposés du fait des convalescences de trois des leurs, les deux piliers gauchers Thomas Domingo et Fabien Barcella, et le talonneur William Servat. Barcella: "Tous très soudés dans ce qu'on fait" Avec Domingo et Barcella encore au ralenti, ils sont quatre autres piliers retenus (Marconnet, Poux, Mas, Ducalcon) pour seulement deux places au final. De retour à la course depuis lundi, Servat est donné partant au talonnage au côté de son habituelle doublure, Dimitri Szarzewski, tandis que le Catalan Guilhem Guirado, dernier appelé, est a priori fixé sur son sort. Il n'empêche: les premières lignes ont toutes les raisons de redouter la date du 22 août, date butoir fixée par l'IRB aux vingt sélectionneurs, présents à cette Coupe du monde, pour officialiser leur liste définitive des trente. Et chacun réagit comme il peut. Il y a donc Servat qui début juillet affichait toute sa confiance et lâchait: "J'ai plus que de l'espoir, je suis sûr de participer à la Coupe du monde." Lundi matin, Thomas Domingo donnait le change lui aussi: "J'attends une bonne évolution dans la guérison de mon genou qui est très bien partie, confiait-il à L'Indépendant. On va continuer à courir et à travailler les appuis. J'ai toujours beaucoup de détermination surtout que la guérison se passe très bien. On va continuer dans cette dynamique pour faire évoluer les choses dans la meilleure direction." Tous vivent pourtant avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, susceptible de les rattraper malgré tous les efforts déployés pour en arriver jusque-là. Dans ce contexte, cette caste des premières lignes, réputée pour sa solidarité, fait front. Pourtant, tous savent que vont bientôt venir les fameuses oppositions en mêlée fermée, exercice sans concession, qui ne souffre pas la moindre défaillance. "On n'en parle pas du tout", souligne pudiquement Fabien Barcella forcément sur la sellette. C'est quelque chose qui ne déteint pas du tout sur la vie de groupe parce qu'il n'y a pas de compétition entre nous, personne qui cherche à démontrer individuellement qu'il est meilleur que les autres. Pour l'instant, on est tous très soudés dans ce qu'on fait. (...) Le fait qu'on parte à trente et que trois restent sur le carreau, ça ne nous traverse pas trop l'esprit et c'est tant mieux. Je crois que le groupe vit très bien, on sait qu'au final trois ne partiront pas, on connaît les règles du jeu. On est sur la corde raide, surtout nous les blessés. Personnellement, ça ne me met pas plus que ça la tête au fond du seau. Si je devais parti fin août, ce sera sans regrets." Le discours d'un Nicolas Mas parle de lui-même: "Il est certain qu'il y aura un choix à faire, qui n'est pas de notre ressort. Je dirai même que ça renforce plutôt notre cohésion. En première ligne, on n'est pas du genre à se tirer dans les pattes, il y a une véritable émulation entre nous." Mais si l'état d'esprit est là, pour mieux encaisser ce stress, les limites d'un Servat, pour ne citer que lui, tant il est l'une des poutres maîtresses du XV de France, ne sont pas sans conséquence au quotidien: "Nous ne sommes pas entrés dans le dur en mêlée, mais c'est vrai que son absence se fera sentir car il a une grosse importance, avoue toutefois le Catalan. J'espère qu'il récupèrera à 100%. Il y a Dimitri (Szarzewski) et Guilhem (Guirado), qui ont leur place et une carte à jouer. Plus on travaillera ensemble avec eux, plus on s'améliorera. Les absences de William (Servat) et Domingue (Domingo) vont nous handicaper car on a nos repères ensemble, mais les autres ont leur place (...) Il ne faut pas que William et Thomas grillent les étapes, ils doivent penser à eux. L'envie de disputer la Coupe du Monde ne doit pas leur faire faire «n'importe quoi». L'erreur serait de les considérer comme des blessés. Ils en chient comme nous à leur façon, ils sortent défoncés de la musculation. Il ne faut pas qu'il y ait un sentiment de frustration, d'exclusion." Fragilisés, les "gros" font bloc. Jusqu'au choix fatidique.