Les 48 heures où les Bleus ont sombré

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Les 48 heures où les Bleus ont sombré
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RECIT - Retour sur un week-end rocambolesque qui restera dans l'histoire de l'équipe de France.

RECIT - Retour sur un week-end rocambolesque qui restera dans l'histoire de l'équipe de France.Samedi. Petit matin. Le journal L'Equipe sort avec sa une barrée de la phrase "Va te faire enculer, sale fils de pute !" sur fond noir. Sous cette déclaration, une photo montage montrant un face-à-face entre Nicolas Anelka et Raymond Domenech. "Anelka aurait insulté Domenech à la mi-temps, selon L'Equipe", indique prudemment l'AFP à 9h31.13h00. "Je suis lecteur de L'Equipe depuis plus de 40 ans et je n'ai jamais vu ce quotidien échappé autant à la langue française usuelle et correcte", note Guy Roux, le consultant d'Europe 1. Il se dit "choqué" par "le langage d'Anelka à l'égard de son entraîneur à lequel il doit tout, notamment d'avoir joué des matches qu'il n'aurait pas dû jouer."13h11. Roselyne Bachelot, la ministre des Sports, appelle les joueurs à "la retenue et à la dignité."13h30. Christian Teinturier, le vice-président de la Fédération française de football, est le premier à se déclarer favorable à l'exclusion de Nicolas Anelka de l'équipe de France. Peu après, Just Fontaine, l'ancien international français, lui emboîte le pas et lance : "il faut virer Anelka".14h58. "Si ce qui se dit est vrai Anelka n'est pas digne de porter le maillot bleu. A défaut d'être bon, il faut avoir bon esprit. Qu'en pensez-vous ?", lance le secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez sur Twitter.15h16. "Anelka est quelqu'un de complexe. Il est souvent cohérent dans ses incohérences. Je pense qu'il assumera jusqu'au bout ses propos. Aujourd'hui, je dirai qu'il n'a absolument aucune chance de revenir en équipe de France", décrypte sur Europe 1 Arnaud Ramsay, rédacteur en chef à France-Soir et auteur d'Anelka par Anelka.15h53. Le vice-président de la Fédération française de football, Noël Le Graët, confirme à Europe 1 que l'éventuel renvoi de l'équipe de France de Nicolas Anelka est en cours.16h08. Nicolas Anelka est absent de l'entraînement. Un porte-parole des Bleus indique aux journalistes présents en Afrique du Sud qu'une conférence de presse va se tenir à 18h45 en présence du capitaine de l'équipe de France, Patrice Evra.16h46. Selon les informations recueillies par Europe 1, Jean-Pierre Escalettes, le président de la Fédération française de football, a signifié à Nicolas Anelka son renvoi du groupe France.17h01. La Fédération française de football confirme officiellement que Nicolas Anelka est renvoyé de l'équipe de France. Quelques minutes plus tard, une nouvelle dépêche précise que le joueur quittera l'Afrique du Sud dans la soirée.17h34. Nicolas Sarkozy, depuis la Russie où il est en voyage officiel, parle de propos "inacceptables".18h00. La chaîne de fast-food Quick annonce sa décision de retirer ses publicités avec Nicolas Anelka.18h26. Nicolas Anelka prend la parole pour se défendre. Il reconnaît "une discussion houleuse avec le sélectionneur", accepte son exclusion de l'équipe de France mais affirme que les propos rapportés par L'Equipe ne sont pas les siens, dans un entretien exclusif accordé à France-Soir.19h24. "Il faut éliminer le traître" dans le vestiaire, lance Patrice Evra, le capitaine des Bleus. Ouvrant une polémique dans la polémique.19h26. Jean-Pierre Escalettes regrette que les propos d'Anelka soient devenus "une affaire d'Etat". Il explique que ce ne sont pas les propos eux-mêmes qui ont conduit à l'éviction du joueur mais son refus de s'excuser publiquement.22h23. Roselyne Bachelot, la ministre des Sports, estime que la FFF a "pris la bonne décision" pour Nicolas. Elle annonce une réunion à venir, en France, avec les joueurs et les dirigeants pour "tirer les leçons".Dimanche. 8h03.Vincent Duluc, journaliste de L'Equipe, reconnaît : "Je ne dis pas qu'on n'a pas pensé du tout aux conséquences. On savait ce qu'il allait se passer (...) Il est probable que si on n'avait pas mis [cette affaire] à la une, l'équipe de France aurait fait en sorte de ne pas évincer Anelka".11h26. Raymond Domenech, invité de l'émission Téléfoot sur TF1, temporise : le sélectionneur refuse de parler d'"affrontement" avec Nicolas Anelka et évoque les aléas de la vie normale d'un groupe "sous pression".11h49. Franck Ribéry s'avance à son tour sur le plateau de Téléfoot. Une intervention qui n'était pas prévue. Visiblement très marqué, au bord des larmes, il demande "pardon", il reconnaît que le groupe de l'équipe de France "a explosé", mais il parle, comme Patrice Evra, d'un "traître" dans l'équipe de France.15h34. Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur, s'inquiète: "comment voulez-vous que des jeunes respectent leurs professeurs s'ils voient Anelka insulter l'entraîneur?".16h24. Les images commencent à tourner en boucle sur les chaînes de télévision en continu. On aperçoit d'abord une altercation entre le capitaine des Bleus, Patrice Evra, et le préparateur physique, Robert Duverne. Raymond Domenech s'interpose entre les deux hommes. Puis, les joueurs quittent l'entraînement et attendent dans leur bus.16h32. De drame en drame : le directeur de l'équipe de France, Jean-Louis Valentin, s'éloigne à grands pas du groupe. Les joueurs "ne veulent pas s'entraîner. Ce qui se passe cet après-midi, c'est un scandale", lance-t-il, excédé. En larmes, il annonce sa démission.16h57. Raymond Domenech s'avance à son tour vers les journalistes, une feuille blanche à la main. Il s'agit d'un communiqué des joueurs de l'équipe de France qu'il est chargé de lire. Ils expliquent avoir refusé de s'entraîner pour protester contre l'éviction de Nicolas Anelka. Raymond Domenech refuse de commenter ce putsch en direct. 18h41. Jean-Pierre Escalettes, le président de la FFF, dénonce un "comportement inadmissible des joueurs représentants notre pays".20h20. Roselyne Bachelot, invitée en direct du journal de 20 heures de TF1, se transforme en porte-parole : "l'indignation des Français est grande". La ministre annonce une réunion à venir pour rendre des comptes.20h50. Robert Duverne se défend : "Je ne suis pas la taupe". Quelques heures plus tôt, Patrice Evra avait déjà assuré qu'il ne le considérait pas comme le "traître".Dans la soirée. Nicolas Anelka quitte ses anciens coéquipiers avec le dîner. Capuche sur la tête, il se rend à l'aéroport.21h21. Daniel Cohn-Bendit, l'eurodéputé invité d'Europe 1, en colère mais ironique, lance : "C'est le grand rêve, les joueurs prennent le pouvoir ! C'est le rêve, enfin les joueurs sont unis".