Le Tour au Qatar, est-ce possible ?

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Le Tour au Qatar, est-ce possible ?
@ REUTERS
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DECRYPTAGE - Europe1.fr analyse la possibilité d’un départ de la Grande Boucle au Moyen-Orient.

Le Qatar organisera la Coupe du monde de handball en 2015 et celle de foot en 2022. Le Qatar a investi dans le foot en achetant les clubs de Malaga et du PSG et en collant son nom sur le maillot du Barça. Le Qatar s’est aussi offert la Ligue 1 en rachetant les droits de retransmission, via sa chaîne Al-Jazira. What else ? Le pays pense de plus en plus au cyclisme et même au Tour de France, troisième événement sportif le plus médiatisé de la planète. Et si, un jour, le départ de la Grande Boucle était donné de Doha ?

"Techniquement, c’est réalisable"

La rumeur a vu le jour quelques mois avant le départ du Tour 2011. Une source proche de l’émir Cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani a même révélé en juin dernier que celui-ci tente de faire venir le Tour au Qatar. Les organisateurs de l’événement, Amaury Sport Organisation (ASO) et le roi du Qatar auraient même déjà entamé les discussions.

Première question évidente : est-ce que sur un point de vue logistique, cette entreprise est envisageable ? Depuis dix ans, ASO, l’organisateur officiel du Tour de France, a créé le Tour du Qatar. Chaque année au mois de février, les équipes professionnelles débutent leur saison dans le golfe Persique. Et pour rendre ce pari un peu moins fou, le pays a franchi un pas supplémentaire cette année en devenant la compagnie aérienne du Tour. Qatar Airways a passé un accord avec ASO pour assurer les vols de transition des coureurs. Le premier vol lors a eu lieu lors de la dernière édition pour convoyer le peloton de Grenoble à l'aéroport d'Orly, lors de la 21e et dernière étape. "Techniquement, c’est réalisable", affirme donc Vincent Chaudel. "Le transport coûterait cher mais l’argent n’est pas vraiment un problème pour le Qatar".

Qatar-Airways

Résoudre le problème de la chaleur

Si l’idée germe de plus en plus dans la tête des organisateurs, il reste encore des personnes à convaincre. Et en premier lieu les premiers intéressés, les coureurs quelque peu réticents à pédaler en plein mois de juillet sous des chaleurs caniculaires. Pour l’organisation de la Coupe du monde de foot en 2022, le problème météorologique a déjà été soulevé. Les Qataris pensent déjà à climatiser les stades de foot et même créer des nuages artificiels. Et des solutions sont déjà avancées pour organiser le prologue du Tour autour de Doha. La possibilité d’installer des climatiseurs sur la route a été citée. "Ils pourraient aussi l’organiser la nuit", imagine Vincent Chaudel.

Tour-du-Qatar
Reste encore le peloton à convaincre. "Tout n’est pas forcément figé", affirme Vincent Chaudel, économiste du sport. "Prenez l’exemple du football et de la pelouse synthétique. Avant, les joueurs y étaient fermement opposés. Aujourd’hui, les mentalités ont évolué et Nancy et Lorient l’ont déjà adopté. L’appréhension des sportifs peut disparaître". Et de poursuivre : "il est difficile d’envisager le prologue du Tour en 2012 ou en 2013. Mais plus tard…"

Dans le passé, le Tour de France a déjà pris le départ chez des voisins. La Grande Boucle a souvent débuté dans des pays limitrophes comme la Suisse, les Pays-Bas, l’Italie et la Belgique comme ça sera encore le cas en 2012. "Les coureurs se sont déjà élancés d’Irlande (en 1998, les trois premières étapes avaient été courues près de Dublin, ndlr). Ça a déjà été envisagé au Canada dans les années 90. Pourquoi l’idée du Qatar choque tant", s’interroge Vincent Chaudel qui rappelle qu’il y a seulement une heure de décalage horaire entre la France et le Qatar. Un inconvénient en moins pour les coureurs.

"Sortir de l'image du sport business"

La question a été posée cet été à Christian Prudhomme, le directeur de la course. Une réponse prudente mais sans équivoque : "il ne faut jamais dire jamais. Il faut être patient, laisser l'histoire se construire".

Un autre problème de taille demeure, l'image du Qatar. "Quand on pense au Qatar, on pense tout de suite à la dérive du sport business", explique Vincent Chaudel, expert sport du cabinet Kurt Salmon. "Il faut se défaire de cette idée et envisager le sujet de manière positive. Leur but est d’exister sur l’échiquier mondial en dehors du gaz et du pétrole". Et le sport est un parfait vecteur pour le pays. Après s’être lancé à la conquête du foot mondial, le Qatar se lance dans le vélo. Et Vincent Chaudel de conclure : "c’est l’un des pays d’Asie qui s’est le plus impliqué dans ce sport ces dernières années. Le pays a donc une réelle légitimité dans le cyclisme. ".