Le rugby proche du K.-O.

  • A
  • A
Le rugby proche du K.-O.
@ Reuters
Partagez sur :

RUGBY - Un neurologue souligne les dangers de la multiplication des chocs à la tête.

Samedi, le XV de France va affronter les îles Fidji. Tests d'automne, Coupe d'Europe, Top 14,... Les meilleurs joueurs de notre championnat sont soumis à une cadence infernale de matches et... de coups. Depuis le milieu des années 1990 et l'explosion de Jonah Lomu, le physique des joueurs a évolué et les costauds ne se retrouvent plus seulement en première ligne. Sur le bord de touche comme sur les regroupements, les chocs font de plus en plus en mal, et notamment à la tête.

Plusieurs joueurs de premier plan, dont le Français Raphaël Ibanez et le Néo-Zélandais Leon McDonald, ont dû mettre prématurément un terme à leur carrière en raison de commotions cérébrales à répétition. Aujourd'hui, le neurologue Jean-François Chermann attire l'attention sur ce phénomène dans un livre : K.-O., le dossier qui dérange*, un témoignage à charge contre les le manque de prévention des chocs. "Il y a vraiment une pression de plus en plus importante de la part du joueur, de l'entraîneur et du staff sur le médecin pour que le joueur reprenne, et les risques à long terme sont exactement les mêmes que ceux qu'on peut voir dans le football américain : troubles de l'équilibre, syndrôme parkinsonien, troubles de la mémoire."

"Je ne veux pas qu'on dise qu'on ne savait pas"

Même s'ils sont conscients de subir des chocs parfois violents, les principaux intéressés ne perçoivent pas forcément la gravité de ces "blessures invisibles". "J’ai fait des K.-O. à répétition, mais on ne se pose pas ce genre de questions", explique Imanol Harinordoquy, qui sera capitaine des Bleus face aux Fidji, samedi. Pour les médecins des clubs et le syndicat des joueurs, les règles de protection sont assurées.

Le Dr Chermann, lui-même rugbyman amateur, craint pourtant que le rugby n'atteigne bientôt les dérives du football américain, où les "concussions", les commotions cérébrales, sont très fréquentes, en particulier pour les quarterbacks, objets de plaquages au casque parfois violents. Pour les protéger, la NFL a décidé de durcir les sanctions, à la fois sur le terrain et en dehors. L'IRB pourrait-il aller dans le même sens ? Pour le Dr Chermann, il y a urgence. "Je tire une sonnette d'alarme parce que je ne veux pas qu'on dise, comme dans le football américain, qu'on ne savait pas et qu'on l'a dit vingt ans trop tard."

*K.-O., le dossier qui dérange, de Jean-François Chermann, Stock, 18,50 euros.