Le Rhum est magique

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Le Rhum est magique
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C'est dimanche que s'élance de Saint-Malo la neuvième Route du Rhum, une édition record avec 85 solitaires répartis dans cinq classes et une foule impressionnante qui a envahi ce week-end la cité corsaire. Sportivement, cette édition marque un retour aux sources avec une classe Ultime réservée aux multicoques sans limitation de taille, tandis que dans la classe Imoca, la lutte pour la victoire s'annonce acharnée.

C'est dimanche que s'élance de Saint-Malo la neuvième Route du Rhum, une édition record avec 85 solitaires répartis dans cinq classes et une foule impressionnante qui a envahi ce week-end la cité corsaire. Sportivement, cette édition marque un retour aux sources avec une classe Ultime réservée aux multicoques sans limitation de taille, tandis que dans la classe Imoca, la lutte pour la victoire s'annonce acharnée. Du monde partout... Intra-muros où les restaurants et autres échoppes sont pris d'assaut, autour de l'écluse qui, depuis samedi à 15h22, délivre des bassins Vauban et Duguay-Trouin les 85 bateaux qui, dimanche à 13h02, prendront le départ de la neuvième Route du Rhum, sur l'eau où un nombre impressionnant d'embarcations attendait les solitaires à leur sortie du sas et fera route dimanche vers la ligne de départ, sur les remparts et les quais de la cité corsaire, parsemés d'une foule de plus en plus compacte (500.000 personnes estimées samedi !) qui, de près ou de loin, suit ce spectacle fascinant sous une belle lumière d'automne, et même au-delà jusqu'à la plage de Dinard, devant laquelle les bateaux sortis samedi vont passer leur dernière nuit avant le coup de canon... Saint-Malo s'est muée l'espace d'un week-end en capitale mondiale de la voile, accueillant son flot de personnalités (politiques, sportifs, «people»...), ses anciens vainqueurs (Florence Arthaud, Marc Pajot, Mike Birch...), une foultitude de journalistes (plus de 600 accrédités), toute la communauté de la course au large, mais surtout tout ce que la France compte de passionnés de cette course pas comme les autres qui, au regard de cet engouement populaire sans précédent, peut légitimement s'autoproclamer course préférée des Français. Jamais de mémoire de suiveur, on n'avait vu autant de monde dans la cité corsaire, un véritable succès pour les organisateurs qui, après une édition 2006 de toute beauté, marquée par la traversée express de Lionel Lemonchois (7 jours 7 heures 19 minutes 6 secondes), ont eu la bonne idée de revenir aux sources de la Route du Rhum en la rouvrant aux multicoques sans limitation de taille. "Une course à portfolio""J'ai voulu que tout soit tenté pour créer la véritable course de la liberté", expliquait en 1978 son créateur, Michel Etevenon. S'il n'est plus là aujourd'hui, nul doute que l'ancien publicitaire, décédé en 2001, serait plus que fier de son bébé, un bébé bien portant qui, cette année, bat les records de popularité et d'inscriptions. Son succès, la Route du Rhum le doit à sa simplicité, une traversée de l'Atlantique en solitaire sur un parcours libre entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre, à la possibilité encore offerte à des amateurs de côtoyer les meilleurs professionnels de la discipline, aux «gueules» qu'elle a révélées qui, pour reprendre l'expression de Thomas Coville, en font une "course à portfolio", aux histoires qu'elle a racontées, parfois tragiques (disparitions d'Alain Colas ou de Loïc Caradec...), plus souvent magiques, aux histoires qu'elle raconte encore - la renaissance de Côte d'Or II, l'ancien Paul-Ricard d'Eric Tabarly, sauvé d'une triste fin au fond d'un champ par l'acharnement d'un passionné, Bertrand Quentin -, mais aussi à son Histoire avec un grand «H», débutée par un coup de théâtre, la victoire d'un petit trimaran sur un grand monocoque qui a permis à la France de s'enticher de ces curieuses araignées de mer que sont les multicoques. "La raison pour laquelle il y autant de multicoques, c'est que la Route du Rhum existe", note ainsi Franck Cammas, le seul, en raison de la largeur trop importante de son Groupama 3, à ne pas avoir eu le droit à la sortie d'écluse, émouvante pour les uns - la locale Servane Escoffier avait du mal à retenir ses larmes -, festive pour les autres - la fille de Philippe Monnet dansant sur le trampoline de La Boîte à Pizza au son d'une cornemuse et d'un djembé. Dimanche sur le coup de 13h02, lorsque du Pluvier, patrouilleur de la Marine nationale, sera donné devant la Pointe du Grouin (la ligne, séparée entre multicoques au nord, monocoques au sud, fait plus de deux kilomètres !) le départ officiel de cette neuvième édition, tous ces moments aussi forts qu'usants psychologiquement devront être rangés dans la boîte à souvenirs pour laisser la place à une régate qui s'annonce passionnante. Une course passionnante à tous les étages... Passionnante dans la nouvelle classe Ultime, créée sur les cendres de l'ancienne classe Orma pour perpétuer la tradition des grands multicoques sur le Rhum (pour cela, la limitation de taille à 60 pieds, en vigueur depuis 1990, a été abolie), avec une première confrontation très attendue entre des trimarans disparates: du Gitana 11 de Yann Guichard, "extrêmement pointu et réactif, mais aussi très volage", selon les mots de notre chroniqueur Yann Eliès, au grand Groupama 3 (31,5 mètres), absolument pas conçu à la base pour le solitaire mais sur lequel Franck Cammas s'offre un ultime défi, en passant par les bêtes à records que sont IDEC (Francis Joyon), Sodebo (Thomas Coville), ou l'ancien Castorama d'Ellen MacArthur auquel Philippe Monnet offre une deuxième jeunesse. Passionnante dans la classe Imoca (monocoques de 60 pieds) avec un plateau certes limité quantitativement, mais qui n'a jamais aussi homogène avec quasiment autant de vainqueurs potentiels que d'inscrits (Michel Desjoyeaux, Marc Guillemot, Vincent Riou, Armel Le Cléac'h, Kito de Pavant, Jean-Pierre Dick, Roland Jourdain, Christopher Pratt, Arnaud Boissières), une confrontation entre nouveaux bateaux (Foncia, Virvac-Paprec 3, PRB) et machines désormais parfaitement fiabilisées, et, cerise sur le gâteau, une situation météo particulièrement complexe qui va rendre le jeu encore plus ouvert. Passionnante dans la prolifique Class 40 (44 des 85 inscrits) avec là encore une vraie régate entre marins de grand talent (Bernard Stamm, Nicolas Troussel, Thomas Ruyant, Tanguy de Lamotte, Samuel Manuard...). Passionnante même dans la classe Multi 50 (trimarans de 50 pieds) jusqu'ici monopolisée par le Malouin Franck-Yves Escoffier (oncle de Servane) et qui aura face à lui une redoutable concurrence avec le recordman de la course, Lionel Lemonchois, et Yves Le Blévec. Le dernier briefing météo qui s'est tenu samedi en présence des 85 skippers dans le grand amphithéâtre du Palais du Grand Large, qui domine la plage du Sillon, l'a confirmé: cette Route du Rhum sera d'un point de vue stratégique celle de toutes les incertitudes, tous les ingrédients sont donc réunis pour offrir dimanche le spectacle toujours aussi magique de ces 85 bateaux de toutes tailles (entre 12 et 32 mètres), sur une, deux ou trois coques, filant sous spi entre la Pointe du Grouin et le Cap Fréhel. Que la fête recommence !