Le rapport qui pique...

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Le rapport qui pique...
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Des joueurs plus motivés par l'argent que par leurs prestations sur le terrain, un entraîneur "loyal" mais manquant de fermeté, un staff dépassé... L'enquête diligentée par la Fédération anglaise de rugby (RFU) sur le parcours du XV de la Rose lors de la Coupe du monde est accablant. Ce rapport était censé être confidentiel, mais le Times s'en est procuré une copie mercredi. Au regret du capitaine Lewis Moody...

Des joueurs plus motivés par l'argent que par leurs prestations sur le terrain, un entraîneur "loyal" mais manquant de fermeté, un staff dépassé... L'enquête diligentée par la Fédération anglaise de rugby (RFU) sur le parcours du XV de la Rose lors de la Coupe du monde est accablant. Ce rapport était censé être confidentiel, mais le Times s'en est procuré une copie mercredi. Au regret du capitaine Lewis Moody... Ça ne devait pas sortir des bureaux de la Fédération anglaise de rugby (RFU). Du moins, c'est ce que la RFU, à l'origine de cette enquête diligentée avec l'aide des clubs de Premiership et l'association des joueurs (RPA), avait promis aux joueurs. Assurés de la confidentialité de ce rapport, ceux-ci se sont lâchés pour expliquer les défaillances du XV de la Rose lors de la Coupe du monde. Mais la presse britannique est toujours bien informée, et pas seulement les tabloïds, puisque c'est le très respectable quotidien anglais The Times qui offre mercredi au public les conclusions de cette enquête. Et celles-ci sont terribles pour l'image du rugby anglais, déjà pas épargné par les frasques de Mike Tindall et certains de ses coéquipiers en Nouvelle-Zélande, sans parler de l'élimination du XV de la Rose en quarts de finale. Qui sont les responsables de cet échec ? Les joueurs ou les membres du staff ? A la lecture des réponses offertes, les deux mon capitaine ! Martin Johnson d'abord, "mal entouré" et presque trop "loyal", au point de ne pas avoir eu les "couilles" d'agir d'un point de vue disciplinaire, notamment après l'affaire Tindall. Voilà pour la forme. Pour le fond, les joueurs interrogés regrettent le manque de continuité par rapport à la victoire obtenue dans le Tournoi 2011. "Pourquoi autant de changement dans l'équipe ?", s'interroge l'un, quand l'autre pointe les faveurs offertes aux anciens, notamment à Lewis Moody, jugé moins performant que Tom Wood: "Certains étaient frustrés parce que quelques joueurs étaient sélectionnés pour ce qu'ils avaient fait par le passé, pas pour ce qu'ils montraient sur le moment." Les adjoints de "Jonno" - à l'exception de Graham Rowntree, le coach de la mêlée, qualifié de "fantastique" et "en avance sur son temps" - ne sont pas épargnés: John Wells, l'entraîneur des avants, est ainsi qualifié "d'archaïque", "il doit y avoir 20 entraîneurs meilleurs que lui en Premiership", souligne l'un. Mais les charges les plus dures vont à l'encontre de Brian Smith, l'entraîneur des arrières anglais, qui a proposé un jeu "ennuyeux, sans imagination, terne et même scolaire". Au point que le demi de mêlée Ben Youngs a pris le relais sur certains entraînements, révèle un joueur, pendant qu'un entraîneur se satisfait presque de l'échec de l'Angleterre pour ne plus avoir à travailler avec l'intéressé à l'avenir. L'argent et l'alcool... Après une préparation jugée "pas dure, juste trop longue" et une stratégie obscure - "il y avait deux livres épais sur le jeu, que la plupart des joueurs n'ont pas ouvert parce qu'ils étaient trop approfondis" - pas de quoi être surpris par le résultat: "Je ne peux pas vraiment croire que nous avons été aussi loin dans le tournoi. Nous avons joué comme des merdes" ou encore: "On a atteint un point où à chaque fois que nous gagnions, on rigolait d'avoir sauvé une fois de plus la peau des entraîneurs." Mais les joueurs ne sont pas exempts de tout reproche. Rob Andrew, le directeur de l'élite, regrette que certains aient plus pensé à l'argent qu'au rugby. "Entendre un ancien dire après le quart de finale perdu que c'était 35 000 livres jetés aux toilettes, ça m'a rendu malade, livre l'un des joueurs. L'argent ne devrait pas être une préoccupation." Ce qui traduit une rupture entre les plus jeunes et les plus expérimentés, symbolisée par la conduite à tenir avec l'alcool. "C'est une manière de se relaxer", justifie l'un. "Si ce sont les anciens qui initient ces jeux ou boivent jusqu'à ne plus se souvenir de rien, quel est l'exemple pour les jeunes ?", s'interroge un autre. Ce débat, Lewis Moody, critiqué pour son capitanat, n'a pas su le trancher. "J'ai donné mon corps pour mes coéquipiers et l'équipe, à chaque fois que j'ai joué", se défend dans un communiqué l'intéressé, déçu que ce rapport ait fuité dans la presse. "Je sais que j'ai rempli mon rôle du mieux possible, mais si certains pensent que ce n'était pas assez, il va falloir que j'apprenne à vivre avec, conclut-il. J'ai toujours été mon plus sévère critique, et j'ai toujours été honnête pour dire que j'aurais aimé faire des choses différemment à la Coupe du monde. Mais j'ai appris de cette expérience, et j'espère que les autres pourront faire de même." Ce qui est certain, c'est qu'il faudra bien du courage au successeur de Martin Johnson - que ce soit Jim Mallinder ou Eddie O'Sullivan, les deux candidats déclarés - pour reconstruire sur ces cendres.