Le noir, ça se mérite !

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Le noir, ça se mérite !
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L'arrogance anglaise, symbolisée par la fameuse livrée noire empruntée à la Nouvelle-Zélande, n'a pas trouvé de prolongements dans le jeu samedi, à Twickenham, où les vice-champions du monde ont éprouvé toutes les peines à dominer des Gallois accrocheurs (23-19). Wilkinson sauve l'essentiel, mais ne sont pas les All Blacks qui veut...

L'arrogance anglaise, symbolisée par la fameuse livrée noire empruntée à la Nouvelle-Zélande, n'a pas trouvé de prolongements dans le jeu samedi, à Twickenham, où les vice-champions du monde ont éprouvé toutes les peines à dominer des Gallois accrocheurs (23-19). Wilkinson sauve l'essentiel, mais ne sont pas les All Blacks qui veut... On allait voir ce qu'on allait voir... A l'instar d'un Mike Tindall, promettant un jeu libéré et enlevé, loin de la recette sans génie, mais tellement efficace à l'oeuvre lors des campagnes mondiales de 2003 et 2007, l'Albion serait donc en mutation à l'approche de la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande (9 sept.-23 oct.). On ne demandait qu'à le croire, déjà renseigné par un dernier Tournoi emballant et emballé par la nouvelle vague anglaise. Mais cinq mois après avoir dominé l'Europe, l'Angleterre de Martin John son est apparue bien en deçà de sa nouvelle réputation samedi, à Twikenham, à l'heure de son premier galop de préparation à l'échéance mondiale face aux Gallois, dominés dans la douleur (23-19). Bien sûr, les Ashton, Foden, Youngs et autre Flood manquaient à l'appel, mais à afficher jusque sur ce maillot noir son désir de conquête au Sud, ce XV de la Rose a suscité une attente que sa prestation ne comble certainement pas. Bien sûr, Johnson tient en Manu Tuilagi un phénomène comme il en existe peu dans le rugby actuel. Mais son succès du jour se sera construit surtout sur les registres bien connus d'un impact physique, endurci par plusieurs semaines de travail foncier, d'une défense hermétique -les Gallois ne tenteront pas la moindre pénalité- et d'un buteur d'exception. Pas de quoi non plus calmer la frange des supporters anglais, aux motivations parfois discutables, qui se désole de voir leur équipe nationale se construire avec des joueurs du Sud, à l'image de Tuilagi (Samoa) ou de Flutey (Nelle-Zélande). Des Gallois touchés dans leur chair Ça commence par un crève-coeur. A l'heure d'établir un nouveau record de sélections devant le centurion Gareth Thomas, l'ancien Clermontois Stephen Jones, a priori victime d'une élongation au mollet lors de l'échauffement, doit renoncer à sa 101e cape avec le XV du Poireau et laisser le n°10 à Rhys Priestland, lui-même supplée à l'arrière par son coéquipier des Scarlets, Morgan Stoddart. Un contre-temps qui n'empêche pas les joueurs de Warren Gatland de se lancer sans complexe à l'assaut de cette Rose noire. Si Jonny Wilkinson, relancé à l'ouverture en l'absence de Toby Flood, laissé au repos, ouvre le score sur pénalité (3-0, 6e), Galles trouve déjà la faille dans le jeu. Une séquence de 14 phases de jeu met en branle la ligne d'attaque galloise, où Jamie Roberts fait des merveilles, suivi de près par Priestland, dont la passe sautée trouve en bout de ligne le jeune ailier George North, auteur à 19 ans de son 4e essai personnel (3-7, 17e). Sous les swing-low, swing-charriots, déjà entonnés par le public anglais, preuve de la légère inquiétude née dans les travées de Twickenham, un numéro de Delon Armitage, très en jambes pour débouler au coeur de la défense galloise, ramène le jeu dans les 22 mètres adverses. La mêlée qui s'en suit tourne à l'avantage des Anglais et d'un James Haskell actuellement sans club, mais pas sans patrie, qui en position de n°8 vient aplatir l'essai que transforme Wilkinson (10-7, 25e). De Mayol à Twickenham, le buteur reste égal à lui-même et passe un drop pour conforter la réaction de son équipe et répondre à Dan Carter auquel il conteste le titre de meilleur buteur du rugby international (13-7, 37e). Cette Angleterre à l'ambition surdimensionnée, mais nantie de ce faible avantage à la pause, peine à convaincre. La reprise lui donne l'occasion de mettre ses promesses en accord avec ses actes. Wilkinson, encore lui, ne tarit pas d'éloges sur la valeur du jeune Manu Tuilagi, le sixième et petit dernier de la fratrie bien connue, qui débute ce samedi à l'aile ; le Toulonnais se fait un plaisir de mettre sur orbite ce phénomène de 20 ans, qu'il n'hésite pas à comparer à un Sonny Bill Williams, sur cette fixation de deux défenseurs plein axe sous les poteaux gallois. L'intervalle est libre que le Samoan d'origine dévore de toute sa puissance pour inscrire son premier essai international (20-7, 44e). Le sourire de Martin Johnson en tribunes, comme les félicitations de chacun de ses partenaires, trop conscients de tenir là un nouveau joyau, parlent d'eux-mêmes. Pourtant, le Pays de Galles reste au contact grâce au 54e essai de l'inusable Shane Williams (20-12, 54e). Une éclaircie qui ne survit pas à la grave blessure de l'arrière Stoddart, gravement touché à la jambe gauche, évacué sur une civière et probablement forfait pour le Mondial. Les Anglais, qui perdent à leur tour, leur capitaine Lewis Moody sur blessure, apparaissent émoussés en cette fin de match que seul Wilkinson d'un nouveau drop semble capable d'éclairer (23-12, 61e). Là où Galles, formidable de volonté, vient mourir sur les talons de son adversaire grâce à ce nouvel essai d'ailier, North s'offrant le doublé au terme d'un mouvement collectif superbe (23-19, 75e). La seconde manche à Cardiff, dans une semaine, promet déjà beaucoup.