Le Cléac'h: "Une page qui se tourne"

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Le Cléac'h: "Une page qui se tourne"
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L'année 2011 a débuté par une mauvaise nouvelle pour Armel Le Cléac'h : le Finistérien, deuxième de la dernière Route du Rhum, a en effet appris que Brit Air, avait décidé de mettre fin à son partenariat "en raison du contexte économique général". Auteur d'une saison 2010 presque parfaite, avec deux victoires sur l'AG2R et la Solitaire du Figaro, le skipper en est quitte pour rechercher un sponsor en vue du prochain Vendée Globe.

L'année 2011 a débuté par une mauvaise nouvelle pour Armel Le Cléac'h : le Finistérien, deuxième de la dernière Route du Rhum, a en effet appris que Brit Air, avait décidé de mettre fin à son partenariat "en raison du contexte économique général". Auteur d'une saison 2010 presque parfaite, avec deux victoires sur l'AG2R et la Solitaire du Figaro, le skipper en est quitte pour rechercher un sponsor en vue du prochain Vendée Globe. Brit Air vient de mettre un terme à son sponsoring dans la voile, comment vivez-vous la fin de ce partenariat ? C'était un peu dans les cartons, malheureusement. On savait que la situation n'était pas facile pour eux depuis deux ans, c'était une possible issue au projet. Déjà il y a un an, ça avait été difficile de le reconduire parce la situation économique était déjà compliquée, ils ont quand même pris le risque de nous accompagner encore un an en espérant que ça se passe mieux. C'était finalement un très bon choix car la saison a été exceptionnelle, la meilleure qu'on ait faite en cinq ans. Mais le contexte économique ne s'est pas amélioré depuis, voire s'est compliqué, la fin d'année a été difficile pour eux, d'où cette décision mûrement réfléchie et pas facile à prendre, mais sans doute la meilleure pour l'entreprise. Les conflits sociaux qui ont notamment eu lieu au moment du départ de la dernière Route du Rhum ont-ils joué à votre avis ? Oui, je pense, ils ont tenu compte de plein de paramètres, notamment des mouvements sociaux qui ont eu lieu au départ de la Route du Rhum, ça fait partie des choses de la vie d'une entreprise. Maintenant, je pense que le facteur important était surtout l'économie générale. Cette décision intervient au sortir de votre année la plus aboutie, avec deux victoires en Figaro sur l'AG2R et la Solitaire, une deuxième place en Imoca sur la Route du Rhum, n'est-ce pas d'autant plus difficile à vivre ? C'est sûr qu'il y a toujours un peu de frustration, parce que quand on fait une saison comme ça, on souhaite que ça s'enchaîne derrière rapidement. Mais ça fait partie du métier, on a des sponsors avec lesquels on ne signe pas des CDI. Dans la voile, il n'y a malheureusement pas beaucoup de sponsors qui durent longtemps. Pourtant, on se rend compte que ceux qui sont là depuis longtemps sont souvent ceux qui fonctionnent le mieux, on le voit avec Groupama, Banque Populaire, Foncia, PRB, le temps valorise les projets. Mais ça fait partie de notre métier de chercher des sponsors, ça va être maintenant mon objectif en vue du prochain Vendée Globe, c'est dans moins de deux ans, ça va venir très vite, ce n'est pas facile de trouver, d'autres skippers sont sur le marché pour être au départ de cette belle course. Quel moment retiendrez-vous en priorité de ces cinq années passés avec Brit Air ? Le passage du cap Horn a été pour moi un moment avec beaucoup d'émotions, un moment fort de ma carrière. Il y a aussi eu des victoires importantes l'année dernière, mais le Cap Horn, le Vendée en lui-même, était un truc incroyable, le moment-phare de notre projet. Au final, on a quand même eu cinq super saisons ensemble, avec la construction d'un bateau, un Vendée Globe et de belles performances. C'est le partenaire le plus fidèle, le plus long, que j'ai eu en course au large, c'était quand même une belle aventure. "2011 commence avec les dossiers sous la main et le costume de représentation" Le bateau ne vous appartenait pas, gardez-vous votre Figaro ? Oui, le Figaro m'appartient depuis 2004, mais ce n'est pas forcément ce que je recherche actuellement. Mon objectif, c'est de trouver un sponsor pour être au départ du prochain Vendée Globe. Il y a d'autres circuits qui m'intéressent, comme le MOD70, mais la priorité dans les semaines qui viennent, c'est de rebondir sur un projet Imoca. Est-ce bien engagé ? Aviez-vous déjà initié des recherches ? J'ai commencé à chercher, mais il n'y a rien d'avancé, j'en suis au tout début parce que j'attendais la réponse définitive de Brit Air qui est arrivée il y a une dizaine de jours. Maintenant, les pistes sont lancées et j'espère que le fait que ce soit annoncé officiellement va sensibiliser les chefs d'entreprise, que ça va bouger dans les prochaines semaines. Si ça devait bouger, quel bateau vous intéresse en vue du prochain Vendée Globe ? Il y a plusieurs possibilité sur le marché: Brit Air va être à vendre ou à louer, comme d'autres, mais la priorité est de trouver le sponsor, on verra le bateau après. On insiste: préfèreriez-vous repartir sur un bateau que vous connaissez par coeur mais peut-être moins performant ou est-ce l'occasion de changer de monture avec un 60 pieds plus abouti ? Tout dépend du timing. Moi, j'avais proposé à Brit Air de faire des travaux importants pour le rendre compétitif pour le prochain Vendée, ce qu'avaient fait Jean (Le Cam) et Bilou (Roland Jourdain) lors de la précédente édition. Maintenant, il y a des bateaux sur la Barcelona qui seront peut-être disponibles, d'autres dans des hangars... Je suis attentivement la Barcelona, je regarde les performances, ça donne une bonne idée du potentiel des différents bateaux, pour d'éventuels choix à faire sur le prochain Vendée. Et quelle est votre analyse: les nouveaux bateaux ont-ils l'avantage ? Non, pas forcément. Ce qu'on voit sur la course, c'est que les deux premiers se sont bien échappés au départ, mais plus sur la météo, parce qu'ils ont bien navigué. Depuis, ils n'ont pas réussi à distancer les deux bateaux espagnols qui sont très bien menés, l'ancien Foncia (Mapfre) et l'ancien Paprec-Virbac (Estrella Damm), ça montre que les bateaux restent compétitifs dans le temps, que la jauge Imoca a bien évolué. Il faut maintenant attendre les mers du Sud, j'observe de près ce qui se passe à chaque allure et selon les conditions. Quand vous reverra-t-on sur l'eau ? J'espère le plus tôt possible ! Maintenant, c'est plus le travail d'un démarcheur de sponsor, qui fait partie des rôles qu'on a quand on est skipper de course au large. J'ai eu la chance de beaucoup naviguer et de faire une belle année sur l'eau en 2010, 2011 commence avec les dossiers sous la main et le costume de représentation, mais ça fait partie du jeu, d'autres le font aussi en ce moment. Et je suis déjà passé par là, je sais ce que c'est, j'espère rebondir rapidement. Cette sorte de retour à zéro n'est-elle pas trop difficile à vivre ? Ce n'est jamais facile à vivre, c'est une aventure qui se termine, une équipe qui se sépare, ce n'est pas très drôle, mais c'est une page qui se tourne. Il faut aller de l'avant, ça fait partie de notre vie de marin, on a la chance de faire un très beau métier et d'en vivre, mais on sait que la contrepartie ou la difficulté, c'est d'avoir un sponsor sur la durée.