Le Cléac'h: "Du travail bien fait"

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Le Cléac'h: "Du travail bien fait"
@ © Marmara/Courcoux/Le Figaro
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VOILE - Armel Le Cleac'h, vainqueur de la Solitaire du Figaro, savoure son succès.

VOILE - Armel Le Cleac'h, vainqueur de la Solitaire du Figaro, savoure son succès. Quelle saveur a cette victoire par rapport à la précédente, acquise pour 13 petites secondes devant Alain Gautier ? Le scénario est assez différent de 2003, car j'ai mené la course de A à Z. Après la victoire sur la première étape, j'ai pu conserver la place de leader jusqu'au bout, ce qui n'était pas facile, car il y avait beaucoup de très bon concurrents derrière moi qui ont essayé de jouer leur va-tout. Le fait d'avoir gagné trois étapes, d'avoir fait une sixième place à Kinsale, d'avoir été très souvent en tête aux pointages, il y a eu un effet boule de neige: plus ça allait, plus je prenais confiance en moi, et c'est vrai que la saveur est particulière à l'arrivée parce que c'est du travail bien fait jusqu'au bout. Sur l'eau, je me suis vraiment senti très bien, j'ai pris beaucoup de plaisir à naviguer, je franchis la ligne d'arrivée en étant vainqueur de l'étape et du général, ça change de 2003 où il a fallu attendre de longues minutes avant de savoir que j'avais gagné. On a eu l'impression d'un véritable état de grâce, aviez-vous déjà ressenti une telle plénitude ? Non, c'est sûr que ça n'arrive pas souvent ! C'est un peu l'accumulation de plein de petites choses, l'expérience du solitaire, le fait d'avoir déjà gagné cette course... Le fait d'avoir regagné (la Transat AG2R) en début de saison avec Fabien (Delahaye) m'a aussi libéré, je me suis dit que je pouvais regagner de gros événements et être en tête de course. Là, je me suis retrouvé souvent aux avant-postes, en cohérence avec ce que je voulais faire, sans changer mon scénario, sans craquer... Je pense qu'il y a eu un déclic cette année et sur cette course, ça a été du début à la fin quelque chose d'extraordinaire. Gagner trois étapes, je n'en reviens pas. J'ai mis le temps à en gagner une en 2003, puis une deuxième en 2004, depuis, c'étaient un peu les vaches maigres. Là, trois étapes plus la Solitaire avec une heure et demie d'avance sur le deuxième, il va falloir digérer tout ça ! "Je préfère gagner la dernière que la troisième" Comment avez-vous abordé cette dernière étape ? Le but était-il de marquer vos poursuivants au général ? J'étais dans l'objectif d'être encore aux avant-postes, en me disant que si j'étais devant au Fastnet, ça allait me libérer et me permettre de relâcher la pression. Je surveillais bien sûr où ils étaient sur l'eau, mais sans non plus les marquer à la culotte, car ça aurait pu me faire faire des bêtises. Là, j'ai essayé de bien faire ma stratégie, la première nuit a été importante, au moment où le vent est rentré sous spi après le Fastnet, il fallait décider de prendre l'empannage pour aller vers la Bretagne, je l'ai fait en fonction de ma propre stratégie. Et au petit matin, j'ai vu au classement que j'étais en tête avec pas très loin François (Gabart, deuxième au général, ndlr), je savais alors que le scénario était parfait car j'étais comme je voulais devant. Après, il y a eu une échappée de quatre bateaux, j'ai eu envie d'aller jusqu'au bout. Une victoire d'étape, on ne crache pas dessus, ça n'arrive pas forcément tous les ans, du coup je me suis donné jusqu'au bout, il y a eu une belle bagarre avec Corentin (Douguet, deuxième de l'étape, troisième du général, ndlr). Finalement, vous passez très près du Grand chelem puisque la victoire sur la troisième étape vous échappe de peu ? On peut toujours dire ça, mais quitte à choisir, je préfère gagner la dernière que la troisième car la dernière a quand même fait beaucoup de dégâts au niveau du classement. J'ai d'ailleurs une pensée pour ceux qui ont perdu beaucoup d'espoir sur cette dernière étape, je sais ce que c'est puisque j'ai vécu ça l'an dernier. Mais non, la troisième, j'ai fait ma course, j'ai fait des choix un moment, pas les bons, mais Adrien (Hardy) a amplement mérité sa victoire et j'étais très content de terminer sixième à Kinsale. Mais au final, faire trois places de un, une de six, c'est quasiment du 20 sur 20. Quel est le secret du «Chacal» pour aller un poil plus vite que les autres ? Je ne sais pas. Je pense que cette année, il y a eu un super travail effectué avec Fabien (Delahaye) en début de saison, il y a aussi eu une remise en question après la Solitaire de l'an dernier, j'ai retravaillé à Port-la-Forêt avec Fabien, chacun a apporté sa contribution pour bien préparer les deux objectifs de la saison en Figaro. Et quand on commence à mener, au bout d'un moment, les autres ont l'impression qu'on va plus vite, ça ne peut qu'aller en augmentant, on prend de plus en plus confiance et derrière, au bout d'un moment, on commence à subir. "A coeur d'aller chercher la victoire sur le Rhum" Cette nouvelle victoire fait forcément de vous l'un des favoris de la prochaine Route du Rhum, qu'en pensez-vous ? L'exercice est un peu différent parce qu'on n'est pas en monotypie et la course est différente. Mais dans la tête, je vais arriver avec une grosse confiance en moi, on fait quasiment le Grand chelem avec Brit Air depuis le début de la saison, ce Rhum sera la dernière grande course de l'année, je n'aurai rien à perdre. On a un bon bateau, une revanche à prendre sur la Transat Jacques-Vabre qui s'est terminée très tôt l'an dernier, je vais bien me préparer, j'aurai à coeur d'aller chercher la victoire, même s'il y aura de sacrés clients avec de nouveaux bateaux, ce sera intéressant de voir ce que ça va donner, un bon test pour le bateau par rapport aux derniers nés et une concurrence redoutable. On ne sera pas forcément la classe la plus nombreuse, mais il n'y a quasiment que les meilleurs. A plus long terme, ce succès sur le Figaro est forcément un atout en plus pour convaincre Brit Air de vous accompagner jusqu'au Vendée Globe 2012, non ? C'est sûr que les résultats sont excellents et que c'est toujours positif pour Brit Air et moi. Les décisions seront prises en fin d'année, mais le fait d'avoir gagné cette Solitaire montre le potentiel, montre que Brit Air a fait les bons choix jusque-là en me choisissant, donc j'espère que l'aventure continuera en vue du prochain Vendée Globe. Le programme d'ici le Rhum ? Un peu de vacances, car la Solitaire, c'est long, physiquement et mentalement assez intense, on va se reposer avec ma fille et ma femme. Ensuite, on fait le Trophée Clairefontaine en septembre avec Fabien, puis on prépare la Route du Rhum avec trois stages à Port-la-Forêt.