Lazio, une série Z façon Serie A

  • A
  • A
Lazio, une série Z façon Serie A
Partagez sur :

Créditée d'un dernier exercice calamiteux avec un sauvetage dans les ultimes journées, la Lazio est repartie de zéro tout en gardant la même ligne de conduite que la fin de saison précédente. Un paradoxe qui sourit aux Biancocelesti, leaders de Serie A au moment de recevoir Cagliari, dimanche, à l'occasion de la 8e levée du championnat italien. Et si le putsch faisait mouche ?

Créditée d'un dernier exercice calamiteux avec un sauvetage dans les ultimes journées, la Lazio est repartie de zéro tout en gardant la même ligne de conduite que la fin de saison précédente. Un paradoxe qui sourit aux Biancocelesti, leaders de Serie A au moment de recevoir Cagliari, dimanche, à l'occasion de la 8e levée du championnat italien. Et si le putsch faisait mouche ? Et dire que l'année dernière, les tifosi laziale avaient dû se contenter de la satisfaction de voir leur équipe barrer la route vers le sacre de leur ennemi juré, l'AS Roma. Il en faut peu pour être heureux, comme dirait l'autre. Si les Biancocelesti souhaitaient en effet offrir le titre sur un plateau à l'Inter Milan plutôt qu'à leur rival ancestral, ils auraient difficilement pu mieux faire. Et, parce que les mauvaises langues font bloc dès qu'on parle de manipulation douteuse en Italie, rappelons qu'aucun stratagème vicieux n'a été élaboré pour cette opération. Non, la Lazio a juste renouvelé ce qu'elle fait de mieux depuis plusieurs saisons : ne rien changer de sa triste rengaine hebdomadaire. Soit une valse à trois temps avec un revers dominical vite fait, bien fait face aux Lombards lors d'une 36e journée primordiale (0-2), une énième prestation indigente loin des standards passés, avec en bonus-track le petit parfum de scandale qui va bien. La routine pour un des ténors du football italien contraint de se battre avec l'Atalanta, Bologne et le Chievo Verone pour assurer sa place dans l'élite. La Dolce vita... Pourtant, sur le script remis aux observateurs, rien ne laissait présager un tel scénario. Vainqueur de la Supercoupe d'Italie aux dépens des Nerrazzuri en début d'année, la Lazio avait tous les ingrédients pour exploser au box-office : une histoire forte, un casting prometteur et des punchlines bien senties. Mais voilà, force est de constater que le tournage a rapidement pris une toute autre orientation, avec des acteurs qui n'en ont fait qu'à leur tête et un réalisateur, le président Claudi Lotito, véhément contesté par tout un plateau. Du blockbuster en puissance, on est très vite passé à un de ces "nanars" que le maître en la matière, Ed Wood, n'aurait sans doute pas renié. Alors, en juin dernier, au moment de tirer les leçons de ce flop monumental, Lotito a décidé de s'acheter une popularité sur laquelle il avait craché depuis son intronisation dans la società. Il n'a même pas eu besoin de sortir son chéquier pour ça. Ou si peu. En effet, quoi de mieux, pour une institution aussi conservatrice que la Lazio, que de renouer avec les valeurs passées et ses symboles les plus forts. Désormais, depuis septembre dernier et l'affiche contre l'AC Milan, un magnifique aigle, emblème des Ciel et Blanc, survole, un week-end sur deux, la pelouse du Stadio Olimpico di Roma au moment de l'hymne entonné par tout un peuple, le bien-nommé : "un aigle vole dans le ciel" pour la version française. Attribut d'appartenance à des couleurs, ce rapace représente pour les ultras cette fierté retrouvée et ce sentiment de puissance, né de la grandeur de l'empire. Même les plus réfractaires au système Lotito ne sont pas restés insensibles à cette scène empruntée de la célébration du centenaire de leur association en 2000. De là à y voir un parallèle avec l'envol au classement du premier club de la Ville éternelle, il ne faudrait peut-être pas pousser. Mais quand même... Actuellement leader du Calcio, deux longueurs devant les rivaux milanais, la Lazio plane au plus haut depuis un mois. Et si elle ne remportera sans doute pas le Scudetto, elle a le mérite de mettre du piquant à une Serie A plus vraiment caliente. Reja, c'est plus fort que toi ! Non, s'il ne fallait retenir que deux noms à l'origine de ce coup d'État, outre Olimpia, le nom de cet oiseau diurne porte-bonheur, Edy Reja et Hernanes seraient érigés en porte-étendard. Débarqué en février dernier, au lendemain d'une violente manifestation de tifosi au centre de Formello, le premier, âgé de 65 ans, a très vite mis le public dans sa poche en redonnant une identité de jeu au club romain et une certaine culture de la victoire. Un défi loin d'être gagné d'avance pour ce proche de Fabio Capello, révélé sur le tard après une carrière à rallonge pas forcément convaincante, mais qui démontre une nouvelle fois qu'en Italie, plus que partout ailleurs, ce sont dans les vieux pots que l'on fait les meilleures confitures. En tout cas, le président Lotito n'est pas peu fier de son choix, comme il s'en est expliqué dans les colonnes de la Gazzetta Dello Sport : "Reja ? C'est une personne magnifique, un personnage extraordinaire. C'est un grand leader dans les vestiaires qui sait évaluer les joueurs dans tous leurs aspects." Modestie, travail, sérieux et expérience, des valeurs que partagent également son nouveau maître à jouer, Hernanes. Ardemment courtisé par les formations tendances du moment, le génial brésilien de 25 ans a préféré se frotter aux rugueuses défenses transalpines en rejoignant la Lazio pour les cinq prochaines saisons. Une recrue pas tout à fait comme les autres pour une écurie dont la grâce et la notoriété s'étiolent au fil des années. Mais un choix de carrière pas si étrange que ça pour un fuoriclasse qui refuse de griller les étapes. La titularisation du meilleur joueur de son championnat en 2007 et 2008 dans l'entrejeu laziale est pourtant la seule innovation du système de l'entraîneur frioulan. Suffisante pour tout bouleverser tant le "prophète" justifie au fil des rencontres la dizaine de millions investis sur son délicieux pied droit, sublimant dans la pure tradition brésilienne le jeu des siens. Car pour le reste, Reja s'appuie sur le même groupe que celui de l'exercice précédent. Les mêmes joueurs que son prédécesseur, le conspué Davide Ballardini, avaient remisé au placard pour crimes de lèse-majesté. En demandant les pleins-pouvoirs sitôt son arrivée dans la capitale italienne, l'ancien technicien de Naples, considéré comme un semi-dieu en Campanie, a imprimé sa marque, ressuscité le dépositaire argentin déchu, Cristian Ledesma, remis du plomb dans la cervelle de son Mauro Zarate kid et appliqué la dure loi du turnover. Résultat, depuis l'ouverture du championnat, il a déjà utilisé 24 joueurs et une demi-douzaine de schémas tactiques. Pas une simple lubie mais le désir de faire jouer à plein régime la concurrence, au sein d'un effectif qui s'est trop longtemps reposé sur ses lauriers, zappant totalement le terme "collectif" de leur vocabulaire. Les chiffres lui donnent pour le moment raison. Et puis avec un "Prophète" dans ses cartons, la Lazio a tout les atouts pour en terminer avec les séries Z et enfin viser les Césars. A Rome, ça ferait plutôt bon genre.