Laporte, loin des yeux...

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Laporte, loin des yeux...
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Successeur de Philippe Saint-André sur le banc du RC Toulon, Bernard Laporte sera devant sa télévision samedi pour suivre, en clôture de la cinquième journée du Top 14, ses nouveaux protégés face à une équipe du Stade Français qu'il a construite en grande partie... Bloqué à Paris par ses obligations de consultant, l'ancien sélectionneur du XV de France n'a eu que quatre jours pour préparer ce match. Mais son discours n'a pas changé.

Successeur de Philippe Saint-André sur le banc du RC Toulon, Bernard Laporte sera devant sa télévision samedi pour suivre, en clôture de la cinquième journée du Top 14, ses nouveaux protégés face à une équipe du Stade Français qu'il a construite en grande partie... Bloqué à Paris par ses obligations de consultant, l'ancien sélectionneur du XV de France n'a eu que quatre jours pour préparer ce match. Mais son discours n'a pas changé. Un ancien manager-futur sélectionneur au chômage technique. Et une équipe avec un manager à mi-temps, mi-entraîneur, mi-consultant. Bienvenue au coeur du vaudeville toulonnais ! Une semaine après avoir vécu son dernier match dans le costume de manager du RC Toulon, Philippe Saint-André, qui ne prendra le relais de Marc Lièvremont qu'à compter du 1er décembre, sera devant sa télévision samedi pour suivre la performance de son ancienne équipe. Son successeur aussi ! Engagé en hâte par un Mourad Boudjellal échaudé par l'exemple des Girondins de Bordeaux suite à la nomination de Laurent Blanc à la tête de l'équipe de France de football, Bernard Laporte reste aujourd'hui lié contractuellement à RMC et Canal+. Des obligations qui ramènent chaque fin de semaine à Paris l'ancien secrétaire d'Etat devenu consultant. "Le plus difficile, c'est de partir comme ça, avouait-il jeudi, au terme de sa première semaine d'entraînement à Toulon, rapporte Var Matin. Tu prépares la semaine et tu ne vas pas à ce qu'il y a de plus beau, le match. C'est comme ça... Et ça le sera jusqu'à la fin de la Coupe du monde." Les joueurs du RCT devront s'y faire, le nouveau boss est un homme occupé, contraint de déléguer, "une aubaine pour Pierre (Mignoni) et Olivier (Azam) de renforcer un peu leur présence auprès des joueurs", veut-il croire. "On aurait préféré qu'il soit là. Ce n'est pas le cas. Mais on est des professionnels, on est des grands garçons et on doit prendre nos responsabilités aussi, s'en accommode Fabien Cibray, la doublure de Sébastien Tillous-Borde à la mêlée. Ce n'est pas lui qui est sur le terrain. On a notre feuille de route, on a des consignes très précises." Un adjectif qui colle au style Laporte même si ce dernier s'est principalement reposé sur ses deux adjoints, deux joueurs qu'il a eu sous ses ordres quand il était encore sélectionneur du XV de France (1999-2007), lors de ses quatre premiers jours d'entraîneur du RCT. Cibray, qui souligne "la discipline" observée cette semaine, et ses coéquipiers n'ont donc eu qu'un rapide aperçu de « Bernie le Dingue » dont Sébastien Bruno, qui l'a côtoyé en équipe de France, dressait la semaine dernière dans Var Matin un portrait fidèle à la légende: "Il est assez exigeant et dur avec les joueurs, mais droit. (...) Au niveau du rugby, il sait ce qu'il veut. Il est très pointu et très expérimenté. (...) C'est aussi un meneur d'hommes, différent de Philippe qui demande plus l'avis de ses leaders sur le jeu." Engagement, défense... Du Laporte dans le texte Et ses colères ? "Lors des entraînements en équipe de France, ça ne mouftait pas trop... On ne s'amusait pas à déconner car on s'exposait à des réprimandes", avouait le talonneur international (26 sélections entre 2002 et 2008) avant de résumer le personnage à travers la crainte qu'il inspirait chez les joueurs, même du calibre de Fabien Pelous, Raphaël Ibanez ou Christophe Dominici: "Quand on perdait, on savait qu'on allait passer une sale semaine. Par contre, quand ça gagnait, il savait rigoler et bringuer avec nous. Il n'était pas le dernier à faire des plaisanteries. Quand cela ne se passait pas comme il voulait, il était dur, mais ce n'était pas un tyran." Ses joueurs attendront pour se faire une idée du personnage. Comme les supporteurs varois patienteront pour voir la patte Laporte sur le jeu de leur équipe fétiche. "Ça fait longtemps que je ne crois plus au Père Noël, rigole le nouveau patron du RCT. Si au bout de quatre entraînements, vous réussissez à mettre votre patte sur une équipe, ça veut dire que Philippe en deux ans et demi n'a rien fait. Il faut être sérieux." Et très sérieusement, l'ancien entraîneur du Stade Français (1995-1999) promet de travailler dans la continuité de son "ami Philippe". Que les fidèles de Mayol oublient leurs rêves d'un jeu flamboyant et se fassent une raison, la révolution n'est pas pour demain. Loin de là même à écouter le premier bilan de Laporte: "On s'est rendu compte par exemple que notre défense n'était pas assez agressive et qu'elle ne nous permettait pas de récupérer un certain nombre de ballons pour marquer. On a essayé de travailler ça. Mais si Philippe avait été là, je suis persuadé qu'il aurait fait la même chose. Il n'y a pas 50 façons de jouer au rugby." Pour le nouvel homme fort du RC Toulon, il n'y en aurait même qu'une qui transpire lorsqu'il évoque la réception du Stade Français: "A nous de mettre l'engagement nécessaire et de mettre l'intelligence nécessaire, c'est-à-dire de ne pas donner de points gratuitement parce que quand on regarde les matches de rugby ce n'est pas le nombre d'essais qui fait la différence. La force d'une équipe, c'est de ne pas donner de points. Si tu n'en donnes pas, tu peux exister. Si tu en donnes, à ce moment-là... L'exigence du haut niveau est d'abord là." Du Laporte dans le texte. A défaut d'avoir l'image samedi à Mayol.