Lakafia: "Montrer qu'on existe"

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Lakafia: "Montrer qu'on existe"
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Incontestable révélation de la saison du BO, Raphaël Lakafia, à l'heure du derby basque, délocalisé samedi à Anoeta, mesure le chemin parcouru. A 22 ans, ce fils d'un couple d'athlètes de haut niveau (*), capable d'endosser le n°8 pour repousser Harinordoquy en position de flanker, garde pourtant la tête froide. Preuve néanmoins que les jeunes Espoirs français ont l'étoffe pour s'imposer dans l'élite.

Incontestable révélation de la saison du BO, Raphaël Lakafia, à l'heure du derby basque, délocalisé samedi à Anoeta, mesure le chemin parcouru. A 22 ans, ce fils d'un couple d'athlètes de haut niveau (*), capable d'endosser le n°8 pour repousser Harinordoquy en position de flanker, garde pourtant la tête froide. Preuve néanmoins que les jeunes Espoirs français ont l'étoffe pour s'imposer dans l'élite. Raphaël, il y a un an, votre président Serge Blanco vous emmenez à San Sebastian suivre la préparation de l'équipe première à son quart de finale de H Cup face aux Ospreys. Quelle progression depuis... Pas mal de choses ont évolué, c'est vrai, en l'espace d'une année. C'est une grande joie de voir qu'on fait régulièrement appel à moi aujourd'hui et de pouvoir être aligné de plus en plus souvent avec le BO. Anoeta, je n'y ai jamais joué, ce sera mon premier match à San Sebastian et j'aimerai que ça reste un grand souvenir. Si ça peut être un derby gagné, ce sera pour le coup un souvenir magnifique. Mathieu Rourre, votre Directeur au centre de formation du BO, évoque vos sacrifices depuis un an. Qu'est-ce qui a changé ? Quand je suis arrivé au BO en provenance de Grenoble, je n'étais sans doute pas encore prêt, que ce soit physiquement ou mentalement, à jouer en Top 14. Et je n'avais peut-être pas bien en tête les exigences que ça supposait. Il a bien fallu que ça rentre. A cette époque, j'enchaînais les blessures, je n'étais pas confiant. C'est passé par pas mal de préparation physique (ses mensurations : 1,85m, 95kg) et une bonne remise en question aussi. "Je me suis dit au profond de moi: « Voilà, c'est pour ça que tu t'entraînes »" Y a-t-il eu un déclic ? Le déclic, oui, je le situe en effet à Anoeta, lorsque Serge Blanco nous a permis avec Charles Gimenez d'assister à la préparation de ce quart de finale de H Cup. Là, ça a été un choc d'assister à cette journée au plus près du groupe de déjeuner avec eux, je me suis dit au profond de moi : « Voilà, c'est pour ça que tu t'entraînes et j'ai vraiment envie de participer à des matches de ce niveau. » Ça a été décisif pour me permettre de me « rebooster » dans le travail. L'option prise par le BO de s'appuyer sur les jeunes du centre de formation vous a offert cette opportunité de franchir un cap... Oui, mais même lorsque l'année dernière, ça n'allait pas bien, Serge Blanco était venu me voir pour me dire qu'il ne fallait pas que je m'inquiète, qu'il me faisait confiance et qu'il me laissait le temps de mûrir un peu si nécessaire. A partir du moment où on m'a donné ma chance, je m'attache à rendre cette confiance. Etes-vous conscient que dans ce Top 14, où les étrangers pourraient atteindre 60% des effectifs la saison prochaine, vous êtes la preuve que les jeunes Français ont leur mot à dire ? C'est certain. Après, il y a aussi, il faut le dire, une part de chance. Si mes premières apparitions n'avaient pas été à la hauteur, j'aurais pu aussi passer à côté. J'ai eu la chance d'être en forme au bon moment et surtout de sentir, c'est vrai, que j'avais la confiance des coaches, du staff. C'était vraiment un formidable encouragement. Maintenant, le seul message, en tant que jeune joueur français que je peux transmettre, c'est qu'il faut bosser deux fois plus, c'est tout. Montrer qu'on existe, sans complexe. On a parfois tendance à avoir un regard un peu trop admiratif, alors qu'au contraire, il faut se dire qu'on est un concurrent potentiel et certainement pas juste là pour dépanner. Votre capacité à franchir sur le terrain, on imagine qu'elle doit beaucoup à vos parents athlètes... Certainement, que ce soit dans le rugby comme dans d'autres sports, on retrouve souvent des fils d'athlètes, je pense à Yann David, mon frère (Pierre-Gilles Lakafia, ailier à Toulouse) et moi, mais aussi William Accambray au handball. On possède sans doute des prédispositions. A être puissant physiquement, même si ce n'est pas une finalité. D'autant que c'est une caractéristique de mon jeu qui s'est développée avec le temps, je n'étais pas naturellement du genre à traverser le terrain. C'était plutôt le registre de mon frère. Mon jeu s'est plutôt construit d'abord ballon en main, d'où cet aspect technique de mon jeu que j'ai su développer. En grandissant et en atteignant ma maturité physique, j'ajoute ça dans mon sac (sic), c'est intéressant. "Il faut en être conscient, tout peut s'arrêter sur une seule erreur" A voir un Wenceslas Lauret s'envoler avec les Bleus dans l'hémisphère sud à l'issue de la saison, on imagine une formidable émulation au sein des jeunes pousses du BO... Au sein de la structure du centre de formation, par l'intermédiaire de Mathieu Rourre, qui par exemple me connaît depuis que j'ai 14 ou 15 ans, c'est un très bon groupe de jeunes qui a été constitué. Lorsqu'on m'a dit à l'époque que j'allais intégrer le centre de formation du BO, j'étais rassuré par les présences de Wen Lauret, Ben Guyot, Laurent Tranier, Yvan Watremez, Jean-Baptiste Roidot, Charles Gimenez... Autant de joueurs que je connaissais. Il n'y a aucune concurrence malsaine, chacun se réjouit de voir l'autre retenu ou réaliser une bonne performance. On se tire vers le haut, pas l'inverse. C'est ce qui fait notre force maintenant. Ne pas « bader » les titulaires, sans doute, mais quand on a la chance de faire ses premières armes au côté d'Imanol Harinordoquy, on apprend plus vite, non ? Imanol, je sais très bien qu'il joue aujourd'hui au poste de troisième-ligne aile plus pour rendre service au club qu'autre chose, mais qu'il est plus performant que moi en troisième ligne. Il est toujours de bon conseil et de par sa position de capitaine, mais aussi en tant qu'homme, il cherche toujours à nous aider, nous les jeunes, à nous rassurer. Que ce soit en touche, ou dans les placements, dans toutes ses attitudes, il nous aide beaucoup. L'apprentissage d'un jeune joueur, c'est aussi faire face à la multiplication des sollicitations... D'avoir une exposition peut-être plus importante que certains joueurs qui ne déméritent pas, des fois, ça peut être un peu gênant. C'est aussi pour ça que je m'attache à faire le plus possible référence à mes coéquipiers, si j'arrive à briller sur le terrain, je suis bien conscient que c'est avant tout grâce à eux. Cette qualification à aller chercher pour les phases finales et ce quart de finale de H Cup à venir face à Toulouse, à nouveau à Anoeta : ça en fait des objectifs excitants à croquer. Vous en êtes conscient ? Ça peut faire plein de belles choses à croquer, oui, comme ça peut ne rien faire de tout aussi. Il faut en être conscient, tout peut s'arrêter sur une seule erreur ou un petit détail. Il faut qu'on reste appliqués. On a la chance d'avoir un groupe assez complet, qui nous permet de bien figurer sur les deux tableaux de la H Cup et du Top 14. Comme le disent les coaches : « On aura besoin de tout le monde. » Un derby basque, vous mesurer malgré votre jeune âge la dimension que ça représente pour le club et au-delà pour toute une région ? On mesure les enjeux, surtout dans le contexte actuel, qui veut que ce soit un peu la guerre à Bayonne. Déjà à l'aller, ça m'avait surpris, notamment à la sortie des vestiaires pour s'échauffer. Ça s'était bien terminé (victoire (22-19 à Jean-Dauger, ndlr). Mais aujourd'hui, le fait de recevoir, je ressens, c'est vrai, une pression supplémentaire. Il faudra tout donner parce que les Bayonnais enchaînent malgré tout gros match sur gros match et que la dernière fois qu'ils ont évolué à Anoeta, ils y ont défait Toulouse. Ce ne sera pas simple, il faudra qu'on soit vraiment remontés ! (*) Marié à Laurence, ancienne discobole de niveau national, Jean-Paul Lakafia fut recordman de France du javelot (86,60 mètres), deux fois champion de France et douzième aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984.