La tête à l'envers

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La tête à l'envers
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Le tennis tricolore a largement déçu lors de cet Open d'Australie 2011 puisqu'il n'y aura aucun de ses représentants en deuxième semaine à Melbourne. Une première en Grand Chelem depuis Wimbledon 2000. Si un tel bilan était prévisible chez les dames, c'est beaucoup plus surprenant chez les messieurs avec les déceptions Tsonga et Monfils. Entre autres.

Le tennis tricolore a largement déçu lors de cet Open d'Australie 2011 puisqu'il n'y aura aucun de ses représentants en deuxième semaine à Melbourne. Une première en Grand Chelem depuis Wimbledon 2000. Si un tel bilan était prévisible chez les dames, c'est beaucoup plus surprenant chez les messieurs avec les déceptions Tsonga et Monfils. Entre autres. 2011, édition à oublier pour le tennis français à l'Open d'Australie. Après l'élimination samedi de Jo-Wilfried Tsonga et Alizé Cornet, il n'y a plus de représentant tricolore dans les tableaux masculin et féminin au stade des huitièmes de finale. Il faut remonter près de vingt ans en arrière, en 1992, pour trouver trace d'un aussi maigre bilan à Melbourne. Et à l'échelle des quatre tournois du Grand Chelem, c'est la première fois depuis l'édition 2000 de Wimbledon qu'aucun français n'est présent en deuxième semaine. Ce trou d'air n'a sans doute rien d'alarmant, mais il est significatif du niveau de jeu actuel des Tricolores, trop juste pour viser une victoire dans un rendez-vous majeur. Messieurs: La thèse de l'accident ? "Pas à la hauteur". Avec ces quelques mots, Jo-Wilfried Tsonga a parfaitement résumé le sentiment général qui prédomine sur le parcours des Français dans le tableau masculin. Si l'on excepte Gilles Simon, sorti avec les honneurs par Roger Federer au deuxième tour, les autres ont sérieusement déçu. Pour Tsonga, c'est une véritable contreperformance. Au minimum quart de finaliste à Melbourne ces trois dernières années, "Jo" a chuté dès le troisième tour face à l'imprévisible ukrainien Dolgopolov, un adversaire pourtant largement à sa portée (3-6, 6-3, 3-6, 6-1, 6-1). Un "niveau de jeu insuffisant" et un "état de fatigue générale", voilà ses explications en conférence de presse. Et ce n'est que le début de saison... Gaël Monfils, lui, s'est sabordé contre son ami Stanislas Wawrinka. Saoulé de coups gagnants, le n°1 français s'est trompé de tactique en laissant son adversaire prendre le jeu à son compte avant de sombrer dans les deux derniers sets (7-6, 6-2, 6-2). "Tactiquement, je n'ai pas bien joué. Je n'arrivais pas à jouer plus vite et à essayer de prendre la balle tôt, a-t-il reconnu après la rencontre. Je me retrouvais loin et je ne voulais pas du tout faire ça au début. Je me suis usé tout seul." La thèse de l'accident, c'est encore ce que retenait Monfils. Argument recevable s'il n'était pas utilisé aussi souvent. Sur la lancée de sa bonne fin de saison 2010, le Parisien a fait des Grands Chelems et des Masters 1000 ses objectifs principaux. Son attitude doit changer s'il veut arriver à ses fins. Autre joueur français qui doit changer d'état d'esprit, c'est Richard Gasquet. Baladé par Tomas Berdych (6-2, 7-6, 6-2), le protégé d'Eric Deblicker s'est dit "crispé" parce qu'il "voulait bien faire". Un discours maintes fois entendu dans sa bouche. Plus étonnant (encore que), c'est le fatalisme qui l'anime alors qu'il a tutoyé les sommets il y a quelques mois: "Je n'ai jamais eu le niveau d'un n°1 mondial, d'un Nadal, d'un Federer ou d'un Djokovic. J'ai été 7e, mais j'ai beaucoup plus navigué au 12e rang." S'il estime que "ça va être passionnant d'essayer de remonter", ce n'est pas avec ses armes du moment qu'il y parviendra. Son talent doit lui permettre d'avancer dans le terrain, d'agresser son adversaire, mais Gasquet se contente de jouer dans les bâches. Pourtant, il se "régale sur le court". Tant mieux pour lui... Michaël Llodra pas encore remis de la défaite des Bleus en finale de la Coupe Davis, Jérémy Chardy en manque de confiance et Julien Benneteau bêtement blessé avant le tournoi, les motifs de satisfaction sont difficiles à trouver. Peut-être le vent de fraîcheur insufflé par Adrian Mannarino et Benoît Paire. Mais cela reste léger. Dames: Un désert sans fin ? Avec seulement trois joueuses dans le Top 100, les chances françaises étaient limitées. Elles reposaient quasi-exclusivement sur deux joueuses, Aravane Rezaï et Marion Bartoli, qui cherchent leur meilleur tennis depuis plusieurs semaines. Depuis plusieurs mois, même, en ce qui concerne Rezaï, 22e joueuse mondiale, et qui n'a plus gagné deux matches dans un même tournoi depuis juillet dernier. A Melbourne, elle a cédé d'entrée contre Strycova (6-0, 3-6, 7-5). Pour Bartoli, la donne est différente. L'Auvergnate a été stoppée par une blessure au 2e tour, contre Manasieva (3-6, 6-3, 6-0). "C'est vraiment dur à encaisser car je jouais très bien au début", expliqua celle qui n'avait laissé aucun jeu à Garbin au 1er tour (6-0, 6-0). Reste que sur ses 8 derniers Grand Chelem, Bartoli n'a dépassé qu'une seule fois le 3e tour. Ainsi, comme l'an passé (Bartoli), il n'y avait qu'une seule Française en seizièmes de finale: Alizé Cornet. Battu par Clijsters, la Niçoise, qui n'a guère que 21 ans, traîne toujours à la 83e place mondiale. Elle n'a plus disputé de finale sur le circuit depuis 2008... Et derrière ? Il y a bien Virginie Razzano, 100e mondiale, qui tente de revenir d'une série de blessures, et a cédé avec les honneurs contre Sharapova (7-6, 6-3). Pour le reste, il est difficile d'espérer beaucoup plus de Pauline Parmentier (24 ans, 105e) et Mathilde Johansson (25 ans, 103e), sortie par des têtes de série (Pironkova et Peer), et qui n'ont jamais dépassé le 2e tour d'un Grand Chelem. Et la relève, alors ? Elle est là, mais elle est limitée en nombre. Elle se résume quasiment à deux joueuses de 17 ans: Kristina Mladenovic et Caroline Garcia. La première, numéro un mondiale et victorieuse de Roland-Garros chez les Juniors en 2009, a vu sa progression stoppée par des blessures l'an passé. Aujourd'hui, elle en est à perdre contre Heather Watson (6-4, 6-2) au 1er tour des qualifications à l'Open d'Australie. Garcia, en revanche, a fait honneur à sa wild-card accordée par la FFT pour lui donner un coup de pouce. 275e joueuse mondiale, la Lyonnaise a franchi un tour, en battant Lepchenko (7-5, 4-6, 6-3) avant de perdre sans avoir à rougir contre Morita (6-4, 6-4). Prometteuse, Garcia est la seule française inscrite à Melbourne dans le tableau junior, avec le statut de tête de série n°8. C'est évidemment très peu.