La Route du Rhum pour les nuls

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La Route du Rhum pour les nuls
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C'est le dimanche 31 octobre à 13h02 que sera donné le départ de la neuvième édition de la Route du Rhum. Créée en 1978 par Michel Etevenon, la course en solitaire reliant Saint-Malo à Pointe-à-Pitre est très vite devenue la transat préférée des Français, sacrant des figures marquantes comme Florence Arthaud, Marc Pajot, Philippe Poupon, Laurent Bourgnon, Michel Desjoyeaux ou Ellen MacArthur. Cette année, ils seront 85 au départ, voici quelques éléments-clés pour mieux appréhender cette édition-record.

C'est le dimanche 31 octobre à 13h02 que sera donné le départ de la neuvième édition de la Route du Rhum. Créée en 1978 par Michel Etevenon, la course en solitaire reliant Saint-Malo à Pointe-à-Pitre est très vite devenue la transat préférée des Français, sacrant des figures marquantes comme Florence Arthaud, Marc Pajot, Philippe Poupon, Laurent Bourgnon, Michel Desjoyeaux ou Ellen MacArthur. Cette année, ils seront 85 au départ, voici quelques éléments-clés pour mieux appréhender cette édition-record. Un concept à succès L'océan Atlantique à traverser en solitaire entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre sur un parcours de 3510 milles (5650 kilomètres) totalement libre, difficile de faire plus simple comme concept. Créée par le publicitaire Michel Etevenon, en réaction aux limitations de taille imposées par les organisateurs de la Transat anglaise, la Route du Rhum a cependant évolué avec le temps, puisqu'à l'issue de l'édition 1986, la même limitation de taille, à 60 pieds (18,28 mètres), est adoptée dans le but d'éviter les surenchères technologiques et financières mais également de permettre une plus grande homogénéité de la flotte. En 1994, deux classements séparés sont institués entre monocoques et multicoques, les deux séries étant ensuite elles-mêmes divisées en deux ou trois classes selon la taille des bateaux. Devenue la course préférée des Français avec le Vendée Globe, la Route du Rhum doit ce succès à plusieurs facteurs: sa simplicité, le fait qu'elle n'ait jamais changé de nom (même si un partenaire-titre s'y accole parfois, comme cette année, l'appellation officielle étant Route du Rhum-La Banque Postale) ni de parcours, mais aussi une histoire très riche qui a permis à la France de s'enticher du multicoque suite à la victoire lors de la première édition du petit trimaran Olympus de Mike Birch sur le grand monocoque Kriter V de Michel Malinovsky, mais aussi de révéler de vraies «gueules», de Philippe Poupon à Lionel Lemonchois en passant par Florence Arthaud, Ellen MacArthur, Laurent Bourgnon, Roland Jourdain ou Michel Desjoyeaux, tous vainqueurs à Pointe-à-Pitre. Voir l'historique de la course: Le Rhum, un mythe qui perdure 2010, une édition record 85 bateaux au départ de Saint-Malo le 31 octobre, une fois de plus, la ligne de départ mouillée devant la Pointe du Grouin et divisée en deux (d'un côté les monocoques de l'autre les multicoques), ressemblera à un bain bouillonnant avec, autour des solitaires, une multitude d'embarcations, des bateaux à passagers transportant spectateurs et invités des partenaires, aux semi-rigides des équipes techniques en passant par les vedettes de presse et de l'organisation... C'est l'ancien skipper d'Elf-Aquitaine Jean Maurel qui officie en qualité de directeur de course. Après le départ, les marins doivent franchir une bouée située devant le Cap Fréhel, le parcours est ensuite libre jusqu'à la Guadeloupe à laisser sur bâbord par le nord, les solitaires ayant la bouée de Basse-Terre à passer avant de pénétrer dans le canal des Saintes et faire route vers Pointe-à-Pitre (Gosier exactement pour la ligne d'arrivée). A noter que le routage (assistance extérieure) n'est pas autorisé pour les classes Imoca et Class 40, il est en revanche en vigueur sur les trois autres classes, dont la classe Ultime. Cinq classes, cinq vainqueurs, quels favoris ? Cinq classes sont représentées cette année, donnant toutes lieu à un classement spécifique: 1) La classe Ultime (9 bateaux) La nouvelle classe Ultime tiendra la vedette, puisque les organisateurs ont décidé de revenir aux sources du Rhum en abolissant la limitation de taille des bateaux. La raison ? La disparition de la classe Orma (multicoques de 60 pieds) au lendemain de la dernière édition qui a laissé un grand vide au niveau des grands multicoques. Du coup, constatant qu'il existait une potentielle flotte de bateaux dépassant 60 pieds jusqu'ici dédiés aux records océaniques, l'organisateur Pen Duick a franchi le pas en les autorisant à s'inscrire sur ce Rhum. D'où la création de la classe Ultime qui réunira sur la ligne neuf bateaux, trois très proches de plus ou moins 30 mètres (Sodebo, IDEC, Oman Air Majan), un ancien 60 pieds, le tenant du titre, rallongé à 77 pieds (Gitana 11), un trimaran d'équipage reconfiguré pour le solitaire (Groupama 3), un vieux 60 pieds (Défi Cancale), l'ex-Castorama avec lequel Ellen MacArthur a fait le tour du monde en 2004-05, repris par Philippe Monnet, deux anciens bateaux de légende, l'ex Crédit Agricole III de Philippe Jeantot (Saint-Malo 2015) et l'ex Paul-Ricard d'Eric Tabarly (Côte d'Or II). Les favoris ? Les cinq premiers bateaux cités, tout dépendant ensuite des conditions et de la capacité du skipper à ne pas se faire dépasser par sa machine: dans le petit temps, Yann Guichard (Gitana 11) a indéniablement un avantage, dans le gros temps, c'est Groupama 3 (Franck Cammas) qui est potentiellement le plus rapide, mais le trimaran détenteur du Trophée Jules-Verne risque de souffrir si les conditions sont changeantes car plus difficile à manoeuvrer. Les plus polyvalents sont Sodebo (Thomas Coville), IDEC (Francis Joyon) et Oman Air Majan (Sidney Gavignet) avec avantage aux deux premiers, équipés de foils. 2) La classe Imoca (9 bateaux) Réservée aux monocoques de 60 pieds, ceux qui font le Vendée Globe, cette classe a évolué puisque de nouvelles règles de jauge destinées à limiter le coût et la puissance du bateau (mât ne pouvant dépasser 29 mètres donc monocoques moins larges) ont été instituées après le dernier Vendée Globe. S'ils ne sont que neuf cette année au départ (contre 12 en 2006, 17 en 2002), le plateau est exceptionnellement homogène puisque le bateau le plus «vieux», Akena Vérandas (l'ex-PRB de Vincent Riou) a été mis à l'eau en septembre 2006. Autant dire qu'il y a quasiment autant de favoris que de concurrents, avec peut-être la prime aux bateaux les plus fiabilisés, comme les deux plans VPLP-Verdier qui ont inspiré depuis toute la concurrence, Safran, vainqueur de la dernière Transat Jacques-Vabre (Marc Guillemot) et Groupe Bel (Kito de Pavant), qu'il sera intéressant de comparer avec les trois unités sorties en 2010, toutes dessinées par les mêmes architectes, Virbac-Paprec 3 (Jean-Pierre Dick), PRB (Vincent Riou) et Foncia (Michel Desjoyeaux), ce dernier n'ayant qu'un gros mois de navigation dans les pattes ! Le tenant Roland Jourdain sur Veolia et le deuxième du dernier Vendée Globe, Armel Le Cléac'h (Brit Air), qui a tout gagné cette année en Figaro, sont aussi des vainqueurs potentiels. 3) Multi 50 (12 bateaux) C'est la petite soeur de l'ancienne Orma, soit des multicoques de 50 pieds, essentiellement des trimarans, moins évolués, les foils et les mâts basculants étant proscrits, d'où des projets nettement moins coûteux. Les différences entre les douze bateaux en lice sont plus nettes, puisqu'on trouve un peu de tout sur la ligne de départ. La victoire se jouera sur le papier entre les trois derniers 50 pieds mis à l'eau: Crêpes Whaou !, avec le double tenant du titre, Franck-Yves Escoffier, qui a enfin une vraie et forte concurrence face à lui, avec le vainqueur de la dernière édition en 60 pieds et détenteur du record absolu de l'épreuve, Lionel Lemonchois, sur un Prince de Bretagne qui a moins navigué que ses rivaux, et Yves Le Blévec, lauréat au printemps dernier de la Vendée-Saint-Pétersbourg sur Actual. 4) La Class 40 (46 bateaux) Avec 46 bateaux sur la ligne de départ, la Class 40 (monocoques de 12 mètres) est de loin la plus représentée sur ce Rhum 2010, comme il y a quatre ans d'ailleurs (25 engagés). Le coût bien moindre qu'en 60 pieds permet à des amateurs éclairés de côtoyer sur la plus prestigieuse des transats en solitaire des marins chevronnés, parmi lesquels la bataille navale devrait faire rage entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre. Vainqueur cette année de quasiment toutes les courses auxquelles il a participé, le lauréat de la dernière Transat 650, Thomas Ruyant, 29 ans, a la faveur de nos pronostics sur Destination Dunkerque, un plan Verdier particulièrement performant, mais il n'aura pas la partie facile face aux marins d'expérience que sont Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), qui dispute le Rhum en attendant la mise à l'eau de son prochain 60 pieds pour le Vendée Globe 2012, ou Nicolas Troussel (Crédit Mutuel de Bretagne), double lauréat de la Solitaire du Figaro. Il faudra également suivre Tanguy de Lamotte (Initiatives/Novedia), vainqueur il y a un an de la Solidaire du Chocolat, l'Allemand Jorg Riechers, qui a beaucoup gagné ces derniers temps dans la Classe Mini, l'architecte Samuel Manuard (Vecteur Plus), voire les habitués de la classe comme Yvan Noblet (Appart City), Christophe Coatnan (Partouche), Damien Grimont (Monbana), Jean-Edouard Criquioche (Groupe Picoty) ou Marc Lepesqueux (Marie Toit-Caen la Mer)... 5) La classe Rhum (11 bateaux) Les organisateurs ont inclus dans cette classe Rhum tous les bateaux qui ne figurent pas dans les précédentes, on y trouve donc des monocoques et multicoques de différentes tailles (de 39 à 59 pieds), menés par des marins qui, pour certains, ont une solide expérience du large et de la Route du Rhum, comme Luc Coquelin (Pour le Rire Médecin), Pierre-Yves Chatelin (Destination Calais), Yves Ecarlat (Vale-Nouvelle-Calédonie), Pierre-Yves Guennec (Jeunes Dirigeants-Lorans) et Charlie Capelle (Acapella) à la barre d'un petit trimaran de 12 mètres, sistership d'Olympus, premier vainqueur du Rhum en 1978 avec Mike Birch, qu'il a plusieurs fois sauvé des eaux...