La belle et la bête

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La belle et la bête
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Servane Escoffier sera l'une des trois femmes, avec Anne Caseneuve et Christine Monlouis, au départ de la Route du Rhum 2010. Pour sa deuxième participation à la célèbre transatlantique qui a bercé sa jeunesse, la Malouine prendra la barre de Saint-Malo 2015, un catamaran de 74 pieds qui n'est autre que l'ancien Club Explorer de Bruno Peyron ! Un sacré défi...

Servane Escoffier sera l'une des trois femmes, avec Anne Caseneuve et Christine Monlouis, au départ de la Route du Rhum 2010. Pour sa deuxième participation à la célèbre transatlantique qui a bercé sa jeunesse, la Malouine prendra la barre de Saint-Malo 2015, un catamaran de 74 pieds qui n'est autre que l'ancien Club Explorer de Bruno Peyron ! Un sacré défi... Moins de 55 kilos toute mouillée sur une petite dizaine de tonnes de carbone. C'est le rapport de force entre Servane Escoffier et Saint-Malo 2015, l'ancien Club Explorer de Bruno Peyron sur lequel la jeune femme prendra dimanche le départ de la Route du Rhum 2010. Un pari fou ? Voire insensé ? "Même s'ils ne le disent pas, je l'entends... Ça respire tellement fort que je le sens, souffle la Malouine. Et je comprends parce que le bateau est grand... Maintenant, c'est un projet murement réfléchi, je n'ai pas foncé tête baissée. Je ne fais pas ma maline, je vais rester très raisonnable." Quatre ans après une première expérience concluante à la barre d'un monocoque de 50 pieds, achevée à la deuxième place de sa catégorie après 19 jours de mer, soit moins d'une semaine après Roland Jourdain vainqueur en 60 pieds, la représentante féminine de la lignée Escoffier, fille de Bob, au départ de la célèbre transatlantique à trois reprises (1994, 1998, 2002), nièce de Franck-Yves, triple vainqueur de l'épreuve (1998, 2002, 2006) en Multi 50, reprend donc une gorgée de Rhum. Un univers dans lequel elle a baigné toute petite : "Mon premier vrai souvenir de Rhum date de 1990, j'avais 9 ans. Je me souviens des lumières des bassins le soir quand tous les feux des bateaux étaient allumés, il y avait une atmosphère particulière. J'avais suivi le départ en mer avec toute la famille et surtout c'est l'année de la victoire de Florence Arthaud. Mémorable pour une petite malouine !" Deux décennies plus tard, la jeune navigatrice de 29 ans, qui compte aussi un tour du monde en double (la Barcelona World Race 2006) à son compteur, ne prétend pas devenir l'héritière de la « Petite Fiancée de l'Atlantique ». "Mon objectif, c'est de traverser, d'aller de l'autre côté, de bien naviguer", déclare-t-elle, consciente de ne pas jouer dans la même catégorie que les Franck Cammas (Groupama 3), Francis Joyon (IDEC), Thomas Coville (Sodeb'O), Sidney Gavignet (Majan) ou encore Yann Guichard (Gitana 11), les favoris de la classe Ultime (multicoques sans limitation de tailles). Même si elle dispose d'un catamaran réputé, un plan Ollier mis à l'eau en 1984 pour Philippe Jeantot, l'ancien patron du Vendée Globe, sous le nom de Crédit Agricole III avant de connaître ses heures de gloires avec Bruno Peyron. "Je lui piquerais bien son vélo..." "Il a été très titré en équipage, sur des tours de l'Europe, avec les grands qu'on connaît, Bilou (Roland Jourdain, ndlr), Mich' (Michel Desjoyeaux, ndlr)", rappelle-t-elle. "Je n'ai pas la prétention de faire aussi bien qu'eux. Mais je suis contente qu'on ne mette pas ce genre de bateau à la poubelle et qu'on les remette au goût du jour, même si la plate-forme est vieille." Moins « âgée » de deux ans que sa skipper... "On est de la même génération, on devrait s'entendre", sourit Servane Escoffier avant de préciser : "C'est un bateau qui a beaucoup navigué donc qui est fiable et sain." Un bateau qui a été "adapté" au gabarit de la jeune femme, comme elle le souligne elle-même, avec notamment l'installation d'un mât plus léger et des winches plus imposants, "plus faciles pour moi à utiliser", mais pas de vélo comme celui installé par Franck Cammas sur son trimaran géant. "Je lui piquerais bien mais non...", s'amuse-t-elle, pas décidée à faire de son physique un handicap. "Je ne peux pas me reposer que sur la force. Mais c'est pareil pour les hommes. Ce ne sont pas des idiots. Ils n'avancent pas qu'avec leur bras, beaucoup avec leur tête", affirme-t-elle. Et dans la tête de Servane se bousculent encore ses souvenirs de Route du Rhum. La première de papa en 1994 : "J'étais fière de savoir que mon père allait prendre le départ... Nous étions dans le vif du sujet. (...) Je ne me rendais pas vraiment compte de la performance sportive à l'époque mais j'étais vraiment impressionnée par le fait de faire partie de cette grosse machine qu'est La Route du Rhum." Le doublé de Laurent Bourgnon en 1998 : "Juste avant le départ, Laurent Bourgnon m'a dédicacé une montre que j'avais eue à mon anniversaire. Douze jours plus tard, il réalise le doublé à Pointe à Pitre ! A ce moment là, inconsciemment, je pense que ça commençait à me titiller..." L'hécatombe de 2002 : "Je me souviens de longues heures de stress. Je ne décrochais plus de mon ordinateur lorsqu'on a appris que Bob se déroutait pour aller secourir Karine Fauconnier. C'était éprouvant..." Pas assez pour la dissuader de se lancer dans l'aventure en 2006. "A part la veille du départ où je n'ai pas du tout réussi à dormir, j'étais assez sereine. Je connaissais bien le bateau, je savais ce que je faisais et où j'allais ! C'était mon rêve, mon projet et je suis allée au bout", se remémore-t-elle. "Le meilleur souvenir, c'est l'arrivée. Tu passes par toutes sortes d'émotions. Je me souviens du premier ti-punch avant même d'avoir posé pied à terre, j'étais complètement euphorique..." Un état qu'elle compte bien retrouver dans quelques jours à Pointe-à-Pitre, même plus fatiguée que jamais...