La bataille navale a commencé

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La bataille navale a commencé
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Plus de 24 heures de course sur la Route du Rhum 2010 et les bateaux de tête n'ont pas traîné, avec notamment Franck Cammas qui a décidé de plonger plein sud, là où Thomas Coville et surtout Sidney Gavignet misent sur une option plus au large. Cette bataille d'options dans la classe Ultime devrait livrer son verdict en fin de semaine. Chez les monocoques Imoca, le peloton reste compact, seul Arnaud Boissières, victime de soucis de safrans, étant légèrement décroché.

Plus de 24 heures de course sur la Route du Rhum 2010 et les bateaux de tête n'ont pas traîné, avec notamment Franck Cammas qui a décidé de plonger plein sud, là où Thomas Coville et surtout Sidney Gavignet misent sur une option plus au large. Cette bataille d'options dans la classe Ultime devrait livrer son verdict en fin de semaine. Chez les monocoques Imoca, le peloton reste compact, seul Arnaud Boissières, victime de soucis de safrans, étant légèrement décroché. Saint-Malo et son effervescence ne sont plus que de lointains souvenirs pour les 85 solitaires engagés dans la Route du Rhum 2010, puisque si les conditions ont été plutôt légères en Manche, le vent a commencé à forcir au niveau d'Ouessant que tous, à l'exception du Bulgare Dimitar Topalov, arrêté à Roscoff, avaient passé 24 heures après le départ. Certains étaient même beaucoup plus loin, notamment les premiers trimarans de la classe Ultime, déjà au niveau du Cap Finisterre, mais disséminés sur le plan d'eau. Car la bataille d'options n'a pas tardé à débuter: dès la sortie de Manche, Thomas Coville (Sodebo) et Sidney Gavignet (Oman Air Majan) ont choisi d'arrondir la pointe de la Bretagne en restant sur une trajectoire très ouest, alors que Franck Cammas (Groupama 3), bientôt suivi par Yann Guichard (Gitana 11) et Francis Joyon (IDEC), empannait pour faire un cap plein sud vers le Cap Finisterre. Le but du jeu ? "Ils essaient de passer sous une dorsale anticyclonique qui est une excroissance d'un anticyclone, sachant qu'un anticyclone n'est jamais complètement rond, cette dernière ayant tendance à se coucher et donc à barrer la route des bateaux, ce qui est le cas en ce moment entre la Bretagne et l'Espagne", explique Yann Eliès, notre chroniqueur, plutôt partisan de cette option sud (il route Francis Joyon avec le spécialiste météo Jean-Yves Bernot), moins «casse-bateau» à ses yeux, puisque la houle est plus forte et plus de face au large. Une option que Franck Cammas, brièvement joint lors de la vacation de midi lundi, a défendue ainsi: "J'essaie de gagner dans le sud encore un moment pour que la dorsale s'arrête derrière nous, ensuite on ira vers l'ouest pour passer au sud de l'anticyclone des Açores. IDEC et Gitana ont adopté la même stratégie, les autres, ce n'est plus possible de passer par là." Gavignet: "Groupama, Gitana et IDEC ont surtout envie de soleil..." Qu'en pensent les autres en question ? Pas forcément du bien, à l'instar du directeur de course, Jean Maurel, particulièrement sceptique sur cette route sud: "Cammas va être contraint de faire un petit peu d'ouest, l'alizé n'est pas établi, rallonger la route pour aller chercher quelque chose qui n'existe pas, ça me paraît un peu audacieux." Même scepticisme chez Thomas Coville qui, lundi à 12h30, confiait son intention de passer au nord de l'anticyclone comme Sidney Gavignet (ce qui ne s'était pas concrétisé dans les faits dans l'après-midi, preuve de ses hésitations): "Quand on regarde ce qui se trame dans le sud à l'horizon de quelques jours, on n'arrive pas à croire à la solution sud, je suis donc assez content de ma position. On ne va pas longer les côtes du Portugal et s'engager dans une zone où l'alizé est complètement perturbé et plombé très vite. Au début, c'était tentant, mais à un moment donné, il n'y a vraiment plus beaucoup de vent." Quant à Sidney Gavignet, qui, dans l'après-midi de lundi, avait poussé la radicalité en virant de bord cap au nord-ouest, il ne se posait pas trop de questions sur le bien-fondé de son choix, confié aux bons soins de son routeur à terre, l'expérimenté Marcel Van Triest: "Je me repose beaucoup sur lui, je me contente de faire le pilote d'avion... Pour lui, les choses sont claires, donc on y va. Et avec mon déficit de vitesse (dû au fait qu'Oman Air Majan ne possède pas de foils, contrairement à ses concurrents, ndlr), ça ne me déplaît pas d'avoir fait une option tranchée. Groupama, Gitana et IDEC ont surtout envie de soleil, ils n'avaient pas très envie de venir se faire brasser par ici, c'est moins fun." Le verdict de cette première bataille navale ? "Dans trois-quatre jours, estime Gavignet. Nous, on trouvera une sortie et eux, on verra s'ils auront du vent, les dés sont jetés." En catégorie Multi 50 (multicoques de 50 pieds), la même bataille d'options a opposé Lionel Lemonchois à l'ouest, Franck-Yves Escoffier et Yves Le Blévec au sud, Lemonchois semblant «capituler» dans l'après-midi de lundi en remettant du sud dans sa route. Le Cléac'h lance les hostilités, Boissières perd du terrain Du côté des monocoques Imoca, les options sont aujourd'hui moins tranchées: la fameuse dorsale qui étend son pouvoir de nuisance les empêchant de faire une route sud, les neuf monocoques Imoca sont sensiblement sur la même trajectoire, les huit premiers se tenant en moins de 15 milles à la mi-journée. En début d'après-midi, Armel Le Cléac'h (Brit Air) avait cependant lancé les hostilités en virant de bord, semblant miser sur une route au large. Seul l'infortuné Arnaud Boissières, victime de problèmes de safran lors de la première nuit, s'est fait légèrement décrocher, à plus de 30 milles de celui qui menait la flotte lundi matin, Kito de Pavant (Groupe Bel). "J'ai cassé deux fusibles de safran. Le premier parce que j'ai touché quelque chose et le deuxième parce qu'il était trop faible. Le safran s'est donc relevé, j'ai fait une figure de style en partant à l'abattée. Tout ça m'a fait perdre du terrain car j'ai mis du temps à tout remettre en place." La météo compliquée qui s'annonce pour les prochains jours pourrait cependant permettre au skipper d'Akena Vérandas de combler son retard, les neuf solitaires n'ayant "pas fini d'optionner", pour reprendre les mots de Kito de Pavant. Au point d'envisager une arrivée groupée à Pointe-à-Pitre ? Roland Jourdain (Veolia Environnement) craint ce scénario, lui qui n'oublie pas qu'il y a quatre ans, les caprices du vent autour de la Guadeloupe avaient failli lui coûter une victoire qui lui tendait les bras depuis plusieurs jours. D'où sa mauvaise humeur à l'idée d'affronter une fois de plus le point de passage obligatoire de Basse-Terre: "C'est le pire que je puisse nous souhaiter (une arrivée groupée, ndlr), je suis contre cette bouée de Basse-Terre depuis le début, ce n'est vraiment pas du sport de nous faire arriver à un endroit où il n'y a pas de vent." On n'en est pas encore là, mon cher Bilou...