L'Usap au courage

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L'Usap au courage
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Seulement huitième du Top 14, Perpignan a su réagir sur la scène européenne, samedi au Stade olympique de Barcelone, en se qualifiant pour les demi-finales de la H Cup aux dépens de Toulon (29-25). Si le RCT a inscrit trois essais, contre deux pour l'Usap, Porical a fait la différence pour les Catalans en inscrivant 17 points.

Seulement huitième du Top 14, Perpignan a su réagir sur la scène européenne, samedi au Stade olympique de Barcelone, en se qualifiant pour les demi-finales de la H Cup aux dépens de Toulon (29-25). Si le RCT a inscrit trois essais, contre deux pour l'Usap, Porical a fait la différence pour les Catalans en inscrivant 17 points. Dans ce stade olympique, chargé de symbole et d'histoire, baptisé Lluis-Companys en hommage aux victimes du régime franquiste, c'est à une autre résistance que se sont livrés les rugbymen perpignanais en ce jour historique pour le sport catalan. Car il fallait bien un évènement de cette ampleur et de cette portée, si écrasantes, pour dans le même match à la fois terrasser l'Usap et dans la foulée la sublimer. Plus que face à Toulon, l'équipe de Jacques Brunel aura dû se battre avant tout contre elle-même et contre ses démons, qui comme le craignait le manager sang et or avant la rencontre, pouvaient gâcher la fête et rendre ses hommes plus petits que ce match pour l'histoire. Tout le mérite des coéquipiers de Jérôme Porical, passé par tous les états ce samedi et véritable baromètre de sa formation avec au final 19 points à son actif, aura été de surmonter l'incroyable pression de ce match pas comme les autres. Pour se montrer digne de cette histoire en marche et se qualifier ainsi pour la troisième demi-finale européenne du club (après 1999 et 2003) et prendre rendez-vous début mai cette fois en Angleterre (Northampton) ou en Irlande (Ulster). Ce dernier carré que les Toulonnais ne connaîtront pas pour leur première campagne européenne, mais que Van Niekerk et son équipe ne pourront que regretter. Et s'interroger notamment sur la façon dont l'Usap a pu survivre à deux cartons jaunes dans un match d'un tel niveau... Usap, une mi-temps en enfer A toucher enfin ce rêve barcelonais, vieux de dix ans, les Perpignanais, que l'on aurait pu imaginer galvanisés comme jamais sur cette colline de Montjuich envahie de sang et d'or, font surtout preuve d'une fébrilité coupable. De celles qui vous tétanisent et vous rendent méconnaissables. D'approximations en mauvais choix, la pression semble comme écraser les hommes de Brunel, qui ratent leurs premiers pas dans l'écrin olympique. Une tension à laquelle Jonny Wilkinson, égal à lui-même, est imperméable pour ouvrir le score des 50 mètres en coin et récompenser le premier coup de force de ses avants en mêlée fermée (0-3, 4e). Les 32 000 supporters catalans ont beau hurler leur amour pour leurs protégés, Mas et ses coéquipiers sont hors sujet. Illustration par Guillaume Vilacéca, qui s'oublie d'un coup de casque sur ce vieux roublard de Pierre Mignoni et laisse ses partenaires à quatorze (10e). Le rêve tourne au cauchemar pour cette Usap empruntée comme jamais, sans que les Toulonnais ne profitent de cet état second de leurs adversaires, à l'image d'un Gabiriele Lovobalavu, le premier à déchirer le rideau défensif adverse, mais qui oublie ses partenaires (17e). Perpignan, malgré son indigence, traverse cette infériorité numérique sans prendre de points, ni en marquer non plus, Jérôme Porical n'échappant pas à l'épidémie du « trouillomètre à zéro » sur ce raté à 30 mètres face aux perches (21e) ! Pas un secteur n'est épargné et Guilhem Guirado, rattrapé par le lancer qui tremble..., de sombrer à son tour. Porical peut bien s'être quelque peu repris au but (31e, 39e), l'arrière perpignanais abandonne trois nouveaux points en route (34e) quand Wilkinson, la tête froide dans la fournaise, a mis encore dans le mille aux 50 mètres pour sanctionner le nouvel écart d'indiscipline de l'Usap, qui perd cette fois Robins Tchale-Watchou, coupable d'un plaquage haut (37e). On frôle le miracle d'une parité à la pause (6-6), mais l'Usap boit son calice jusqu'à la lie sur ce dégagement de Nicolas Laharrague contré dans ses 22 mètres par un George Smith, qui d'un premier essai éteint à lui tout seul Montjuich (6-11, 40e). A la pause, autant le dire tout de suite, la promotion espérée du rugby au pays du football roi tourne en quenouille... Perpignan ne peut tomber plus bas et dès le retour des vestiaires remonte la pente. Une pénalité de Porical des 47 mètres pour relancer la machine (9-11, 43e) et dans la foulée, c'est un premier mouvement d'envergure que Julien Candelon est à deux doigts de conclure (44e). L'Usap entre enfin dans son match et, comme par miracle, trouve la faille. Derrière ses avants enfin conquérants, Florian Cazenave fait sonner la charge de ses trois-quarts, qui en bout de ligne et en coin envoient Adrien Planté à dam pour l'essai de la révolte catalane, que transforme Porical... avec l'aide de la vidéo (16-11, 53e). Porical, le baromètre Aussi décevant fut le premier acte, cette seconde période s'enflamme avec du tac au tac la réponse toulonnaise sur ce cadrage-débordement du discret, mais précieux Dean Schofield sur Mas pour retrouver à l'intérieur son capitaine, Joe Van Niekerk, qui s'arrache et joue les Ashton sous les poteaux et permet à son buteur de redonner l'avantage au RCT (16-18, 55e). On guette de plus en plus le coup de dés sur lequel ne peut qu'immanquablement se jouer ce choc... Un scénario où la fiabilité douteuse d'un Porical, qui continue d'alterner échec (58e) et succès (19-18, 63e) dans son rôle de buteur pourrait coûter cher. A ceci près que l'Usap refait la course en tête... Et parvient même à creuser l'écart sur ce nouveau coup de pied gagnant de son buteur revigoré (22-18, 69e). Comme le symbole de cette équipe renaissante quand Toulon baisse de pied et abandonne de précieux points. Les Varois n'y sont plus, pris cette fois pour de bon à la gorge par cette bête sang et or qu'ils n'ont pas su ou voulu achever avant le repos et qui les crucifie en force sur l'essai du vétéran Perry Freshwater (29-18, 74e). Sans que le dernier baroud toulonnais, sous la forme d'un troisième essai, inscrit par Fabien Cibray (29-25, 80e+1), n'y change rien. Ce samedi soir, à Barcelone, la nuit, une fois n'est pas coutume, serait d'un blaugrana, teinté de sang et d'or.