L'ouverture, selon Traille

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L'ouverture, selon Traille
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A 31 ans, Damien Traille se sait à un tournant de sa carrière internationale en cet automne, où un coup du sort, puis le staff du XV de France l'ont désigné ouvreur n°1 des Bleus. Une prise de risque assumée par le Tricolore le plus capé du groupe France (74 sélections), qui réaffirme cette volonté de se mettre en danger, conscient de ce que cette reconversion peut lui apporter. Attendu comme jamais, Traille livre sa vision du n°10.

A 31 ans, Damien Traille se sait à un tournant de sa carrière internationale en cet automne, où un coup du sort, puis le staff du XV de France l'ont désigné ouvreur n°1 des Bleus. Une prise de risque assumée par le Tricolore le plus capé du groupe France (74 sélections), qui réaffirme cette volonté de se mettre en danger, conscient de ce que cette reconversion peut lui apporter. Attendu comme jamais, Traille livre sa vision du n°10. La genèse d'une reconversion "En début de saison, le club cherchait un ouvreur, j'avais envie de changer de poste. C'était une manière de me mettre en danger, de me fixer un nouveau défi. C'était d'abord par rapport au club, par rapport à mes objectifs. Si ça peut aider pour l'équipe de France, tant mieux, mais en aucun cas mon choix n'a été dicté par rapport au XV de France. Aujourd'hui, François est n°1, mais on voit qu'à un an beaucoup de joueurs postulent, à l'image de David (Skrela), qui réalise un gros début de saison, ou Jonathan Wisniewski, blessé aujourd'hui, mais qui était appelé... On est plusieurs à pouvoir amener de la concurrence au sein de ce XV de France et que ce soit bénéfique pour tout le monde. Et pour moi essayer de jouer une carte de plus pour faire partie de ce groupe." Son expérience en n°10 "Il est vrai que je n'ai pas connu beaucoup de titularisations à ce poste (4 titularisations à l'ouverture chez les Bleus, ndlr), mais je crois qu'aujourd'hui, le poste de premier centre se rapproche beaucoup du poste de n°10 et il n'existe pas de très grandes différences, c'est aussi pour cela qu'il n'y a pas de grands chamboulements à passer d'un poste à l'autre. La victoire du Cap en 2006 (36-26), c'est un match dans lequel il ne pouvait rien nous arriver, vu la prestation de nos avants, qui étaient passés dessus le pack sud-africain. Derrière, quand on joue à la charnière et qu'on bénéficie de tels ballons, c'est beaucoup plus facile. A l'inverse, trois mois plus tard, on joue les Blacks à Lyon et on en prend 50 (défaite 47-3). J'ai vu le très bon et le très mauvais, mais ces deux matches m'ont permis d'apprendre par rapport au poste d'ouvreur." Ce qui l'attire à l'ouverture "C'est savoir prendre des responsabilités à tout instant d'un match, que ce soit dans le jeu sous pression, le jeu en avançant, alterner le jeu au pied ou à la main, au large, au près ; il est certain que ce poste de 10 est celui qui s'y prête le plus. Prendre plus de repères, faire davantage jouer les autres plutôt que de jouer soi-même les ballons. On dit que c'est un poste, où on a moins envie d'évoluer quand on est jeune. Oui et non... Disons que plus jeune, on a plus envie de jouer les ballons que de faire jouer les autres, mais quand on vieillit, on se rapproche beaucoup plus des "gros", c'est lié à l'âge et à l'expérience. Aujourd'hui, il y a de nouveaux joueurs, on va essayer de leur amener ce qu'on a su nous apporter lorsqu'on a commencé. C'est toujours réconfortant d'avoir le soutien de quelqu'un qui est là depuis longtemps... Fabrice (Estebanez), on va essayer de l'aider au mieux pour éviter qu'il se mette des pressions inutiles." Son jeu au pied "Depuis tout petit, que je suis avec un ballon dans la main, je le travaille parce que ce jeu au pied a toujours constitué une arme essentielle. Il a demandé beaucoup de travail, et encore aujourd'hui, pas mal de modifications, d'adaptations par rapport à mes débuts, où je tapais vrillé, alors qu'aujourd'hui je tape pratiquement à 95 % sur la pointe. Sans compter le travail sur la précision, tout ça du droit, le gauche étant un dernier recours." Toujours progresser "Mais un joueur n'est jamais au top de qu'il peut faire, il y a toujours à travailler techniquement. Aujourd'hui, j'ai surtout besoin à ce poste de 10 de nombreux repères offensifs, plutôt que défensifs, où ce n'est pas très compliqué, si ce n'est de rester en communication avec le troisième ligne, notamment sur mêlée, et avec le talonneur sur touche. Mais la zone du 10 est très attaquée par les équipes adverses, il faut donc savoir encaisser les chocs et garder la lucidité nécessaire afin d'animer au mieux le jeu. Ça, ça ne se dose pas, surtout face aux joueurs très puissants qu'on s'apprête à rencontrer." Un choix pas irréversible "J'ai eu la chance d'être polyvalent, d'être souvent titulaire, donc on va dire que ça a été un point positif. Ça m'a servi parce que dans un groupe avoir un joueur polyvalent c'est toujours intéressant. Ça m'a desservi parce qu'à un moment donné j'aurais pu me fixer à un poste, dire que je ne voulais jouer que là. Aujourd'hui, c'est un nouveau chapitre de ma carrière... il ne faudrait pas qu'il soit trop court (sourire). Mon objectif, c'est de jouer 10, mais sans fermer la porte à un éventuel retour au centre, voire un dépannage à l'arrière."