L'heure des sacrifiés

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L'heure des sacrifiés
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C'est dimanche, à 9 heures, au lendemain d'un second test-match face à l'Irlande, à Dublin, qui prendra du même coup forcément une dimension dramatique supplémentaire, que Marc Lièvremont livrera sa liste des 30 Tricolores sélectionnés pour la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.) et privera deux de ses joueurs de cet aboutissement. C'est a priori parmi les piliers que devrait tomber sans surprise le couperet.

C'est dimanche, à 9 heures, au lendemain d'un second test-match face à l'Irlande, à Dublin, qui prendra du même coup forcément une dimension dramatique supplémentaire, que Marc Lièvremont livrera sa liste des 30 Tricolores sélectionnés pour la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.) et privera deux de ses joueurs de cet aboutissement. C'est a priori parmi les piliers que devrait tomber sans surprise le couperet. L'heure est venue et Marc Lièvremont, qui depuis sa prise de fonctions il y a quatre ans n'a jamais vraiment su, ni voulu, dissimulé ses émotions, vit, on l'imagine, une semaine bien difficile au coeur de la retraite des Bleus, en pleine campagne irlandaise. Si le cadre se veut apaisant, on imagine un sélectionneur tricolore déchiré intérieurement à l'idée de devoir dimanche, au lendemain de ce second test-match face à l'Irlande, retirer deux de ses joueurs de la liste des sélectionnés pour la Coupe du monde (9 sept.-23 oct.). Un crève-coeur, mais une nécessité qui va priver deux valeureux de ce rêve ultime. Invité à Bordeaux, dimanche dernier, au lendemain de la victoire (19-12) sur le XV du Trèfle, à s'exprimer sur l'évolution de sa réflexion quant au secteur des premières lignes, directement exposé à l'approche de ce verdict -le lundi 22 août est la date à laquelle devront être officialisées l'ensemble des sélections auprès de l'IRB-, Lièvremont s'était immédiatement fermé en conférence de presse, évoquant "un sujet sensible et douloureux. Tout ce que j'ai pu constater, c'est que les cinq qui ont joué en première ligne s'y sont filés et ont fait leur match sur les fondamentaux et sur le reste. Mais à l'image de la préparation qu'ils ont vécu, alors qu'on aurait pu penser qu'ils allaient être dans l'économie, se gérer ou se regarder, il y a eu une belle entraide entre eux." Marconnet, Szarzewski, Ducalcon, puis Guirado et Poux ont en effet, à l'image du comportement exemplaire des "gros" depuis le coup d'envoi de la préparation, et malgré l'épée de Damoclès qui pèsent sur cette caste si particulière, ont, il est, vrai rendu une copie exemplaire. Avec trois talonneurs en Nouvelle-Zélande, les piliers vont donc trinquer... A la veille de ce premier match, Lièvremont avait pourtant glissé une petite phrase forcément pas passée inaperçue dans ce contexte de plus en plus sensible: ""J'ai déjà en partie fait mon choix, soulignait-il. Pourtant, à Bordeaux, les enseignements furent nombreux concernant cette fameuse première ligne au coeur de toutes les préoccupations en raison des blessures des deux piliers gauches, Thomas Domingo et Fabien Barcella, et du talonneur William Servat. De la rentrée pleine d'allant d'un Guilhem Guirado, exemplaire depuis son intégration... en tant que 33e homme, à celle d'un Jean-Baptiste Poux, auteur d'une seconde période de très haute volée, tous s'appliquent à rendre la tâche la plus compliquée aux sélectionneurs. Dans un respect des uns et des autres jamais démenti. "Certains sont sûrs d'y être, pour nous, c'est un peu particulier, lâche de sa voix de basse Jean-Baptiste Poux, dont les actions seraient à la hausse depuis Bordeaux. "Brad" sera d'ailleurs titulaire samedi, à Dublin, là on attendait la présence au coup d'envoi d'un Fabien Barcella, toujours sans le moindre match dans les jambes depuis bientôt un an. L'entrée du Biarrot est attendue en cours de jeu. " On ne peut pas penser qu'à ça, sinon, on devient fou. Dès le départ, on s'est mis une ligne directrice parce qu'on connaissait un peu les cartes...", souligne encore Poux, seulement 30 capes au compteur, mais pour lui une réputation de joker de luxe, déjà appelé en 2003 et 2007. "Le mieux, c'était de rester droit et de ne pas faire trop de calculs." A écouter Fulgence Ouedraogo, un tel cas de figure au sein des lignes arrières, et tous se seraient entre-déchirer... Pas le genre des gros, où l'humilité n'est pas la dernière des qualités. "En tant que piliers, on n'a toujours besoin de son coéquipier, c'est vraiment une phase de jeu très collective avec des liaisons. Derrière, c'est différent, plus comme un attaquant au foot..." Dès lors, pas question de se tirer dans les pattes. "Ce sont des décisions qui ne nous appartiennent pas, c'est le staff qui fera ses choix. Il est certain que les matches donnent une part de vérité. Le principal est d'essayer de donner le maximum pour après leur rendre le choix plus difficile." Un choix qui serait donc déjà fait. Le pilier toulousain avait d'ailleurs sa petite idée sur le sujet depuis longtemps: "Je savais pertinemment qu'ils prendraient trois talonneurs." Servat, Szarzewski et Guirado seraient donc dans le bon wagon. Les piliers vont donc trinquer... Ils sont six encore en lice (Marconnet, Poux, Ducalcon, Mas, Domingo et Barcella). Dimanche, ils ne seront plus que quatre. Thomas Domingo, toujours aussi discret cette semaine à l'entraînement, et Barcella, même si ce dernier devrait tenter le tout pour le tout samedi à son entrée en jeu, font figure de victimes idéales. En ballottage favorable, Poux, lui, aborde l'échéance en parfait compétiteur, conscient de l'enjeu pour lui -"Au niveau du palmarès, ce serait beau !"- et se prépare à livrer un gros combat: "Un match peut tout changer, avance-t-il. On est tout le temps sous tension, ça va durer encore quelques jours et puis dimanche, on saura..." Une dramatique qu'il se charge pourtant de dédramatiser à sa façon au coeur de ce jeu d'élimination: "On n'est pas à la télé-réalité, non plus."