L'épée qui cache la forêt

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L'épée qui cache la forêt
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Cinq médailles, c'est mieux qu'à Antalya l'an passé et qu'à Pékin il y a deux ans mais le bilan français de ces Championnats du monde 2010 n'est pas fameux pour autant. Patrice Menon, directeur des équipes, le concède, quand Eric Srecki, le directeur technique national, choisit de positiver. La concurrence, toujours plus imposante, explique ce rendement en demi-teinte, comme l'inexorable vieillissement des troupes tricolores.

Cinq médailles, c'est mieux qu'à Antalya l'an passé et qu'à Pékin il y a deux ans mais le bilan français de ces Championnats du monde 2010 n'est pas fameux pour autant. Patrice Menon, directeur des équipes, le concède, quand Eric Srecki, le directeur technique national, choisit de positiver. La concurrence, toujours plus imposante, explique ce rendement en demi-teinte, comme l'inexorable vieillissement des troupes tricolores. Certes la France n'a pas à rougir de son bilan comptable. Avec cinq récompenses mondiales obtenues ces huit derniers jours à Paris, l'escrime tricolore a respecté son carnet de route, glanant même une médaille de plus qu'aux derniers Mondiaux d'Antalya et qu'aux Jeux de Pékin. Cinq breloques, c'est également une de plus qu'aux décevants Championnats d'Europe organisés cet été à Leipzig. "L'objectif était de quatre à six médailles, rappelle Eric Srecki, directeur technique national. On finit deuxième nation de ces championnats, entre l'Italie et la Russie, on remonte donc sur le podium ce qui était notre ambition." Directeur des équipes de France, Patrice Menon est lui moins enthousiaste: "Nous sommes dans la fourchette basse de notre objectif. Une réflexion rapide et sans concession va donc s'imposer. Au 1er avril 2011, quand la course olympique démarrera, il faudra lâcher les bêtes sans se rater, tant les classements internationaux comptent et traumatisent nos athlètes." Avec la Russie qui truste les distinctions au sabre et une Italie guère partageuse au fleuret, les Bleus s'en sont remis à leur arme de prédilection, l'épée, pour réunir leur trésor de guerre. Chercheurs et cueilleurs d'or avec les épéistes masculins, Gauthier Grumier et Jean-Michel Lucenay se sont également distingués en individuel, comme Maureen Nisima, sacrée championne du monde de la spécialité chez les dames. L'honneur des deux autres familles n'ayant été sauvé qu'à travers le bronze des sabreuses. Pour Eric Srecki, l'ancien épéiste, cette domination de l'épée est la résultante d'un vieil héritage savamment transmis, même s'il n'écarte pas la notion de cycle concernant les deux autres armes. "Les médailles sont de plus en plus chères. Elles ne sont plus réservées à l'Europe, précise-t-il par ailleurs. Les pays asiatiques ne cessent de percer. Et puis il y a les Etats-Unis, on l'a bien vu. Mais ce n'est pas un hasard. Beaucoup d'entraîneurs asiatiques ont été formés en France, par exemple, et l'on sait que les Américains ont accueilli énormément de techniciens de l'Est après l'éclatement du bloc soviétique." La relève se fait désirer Pas question en revanche de trouver un prétexte dans le cadre majestueux et forcément impressionnant de ces Championnats du monde 2010: le Grand Palais. "L'effervescence liée au Grand Palais peut jouer dans la performance mais dans le bon sens je pense. C'est ce fameux effet 12e homme dont on parle en football. A contrario, je ne pense pas qu'on puisse imputer à ce contexte nos contreperformances. On a connu deux premiers jours de compétition laborieux, ça n'aide pas", note Eric Srecki. Et le DTN de croire néanmoins en de meilleurs lendemains: "On peut encore aller au-delà de cinq médailles si ça rigole. Regardez l'Italie, elle en a obtenu sept dans ces Championnats du monde." En 2001 à Nîmes, la France avait raflé pas moins de dix médailles, une époque bénie mais "révolue", dixit Patrice Menon. "De 1997 à 2007, l'escrime française a fait un tabac. Aujourd'hui, nous sommes à la merci d'être éliminés dans chaque arme dès les 64e de finale", souffle-t-il. Ancien de la maison bleue, Philippe Boisse confirme, et s'inquiète du vieillissement des effectifs: "La relève prend un retard dingue qu'on va payer cher d'ici peu." Jérôme Jeannet, Jean-Michel Lucenay, Maureen Nisima, Julien Pillet, Corinne Maitrejean, Victor Sintes, Solenne Mary, Boris Sanson et Nicolas Lopez, tous accusent déjà la trentaine ou presque au compteur, sans parler des doyennes Laura Flessel et Hajnalka Kiraly, bientôt quarantenaires. Et après Londres, quels que soient les résultats, la situation sera plus critique encore...