L'ennemi est intérieur

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L'ennemi est intérieur
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Pour la sixième fois de son histoire, l'équipe de France est de retour en demi-finale d'une Coupe du monde. Un record ! Mais pour ne pas connaître la désillusion d'une troisième élimination de rang à ce stade de la compétition, les Bleus, déjà concentrés sur le Pays de Galles, leur adversaire dans ce dernier carré, se gardent bien de toute euphorie et sont conscients qu'ils vont devoir combattre un mal bien français, qui empêche les Tricolores de confirmer leurs plus beaux sursauts d'orgueils.

Pour la sixième fois de son histoire, l'équipe de France est de retour en demi-finale d'une Coupe du monde. Un record ! Mais pour ne pas connaître la désillusion d'une troisième élimination de rang à ce stade de la compétition, les Bleus, déjà concentrés sur le Pays de Galles, leur adversaire dans ce dernier carré, se gardent bien de toute euphorie et sont conscients qu'ils vont devoir combattre un mal bien français, qui empêche les Tricolores de confirmer leurs plus beaux sursauts d'orgueils. Pas une seconde à perdre. Steve Walsh, l'arbitre néo-zélandais, vient d'un coup de sifflet strident de sceller la victoire (19-12) de l'équipe de France sur l'Angleterre que Thierry Dusautoir, sur des charbons ardents après une performance de haute volée, à l'image de toute la troisième ligne tricolore sur cette pelouse de l'Eden Park, réunit tous ses coéquipiers pour une mise en garde essentielle. Une initiative qui en dit long sur l'état d'esprit du capitaine des Bleus pour qui ce succès sur le rival anglais, s'il efface l'infamie de Wellintgon et du match face aux Tonga, ne signifie rien d'autre qu'une qualification pour les demi-finales de la Coupe du monde. Ce carré final, l'euphorie d'un exploit en quarts sur les Blacks à Cardiff, suivi d'une douche froide au Stade de France face aux Anglais, Titi connaît, il y est déjà passé il y a quatre ans, il l'a déjà payé, cher, très cher, alors raison de plus pour rameuter les troupes et mettre les choses au point: "On en a parlé dès le coup de sifflet parce qu'on est nombreux dans le groupe à avoir vécu 2007, parce qu'on sait très bien ce qui peut arriver après une euphorie excessive. C'est sûr qu'on est très heureux et c'est normal après la pression qu'on s'était mis cette semaine sur les épaules pour passer cette étape, mais il va falloir se remettre au travail et se reconcentrer assez rapidement pour la nouvelle échéance qui arrive face au Pays de Galles." C'est dit, avertissement sans frais à l'intention de ceux qui se croiraient déjà arrivés. Rien n'est fait. Lièvremont: "Le risque, c'est de se croire d'un coup devenir des super bons joueurs de rugby" Au côté de son compère de la troisième ligne, l'impeccable Julien Bonnaire, lui aussi durement éprouvé par l'expérience de 2007, Dusautoir prêche forcément un convaincu. Le Clermontois, rompu à ce genre de bascule, ne sera pas dupe du changement de paysage et d'environnement attendu dans les prochaines heures autour des Bleus, dont la cote forcément remonter en flèche. Un contexte repeint en rose bonbon propice à l'excès d'euphorie évoqué plus haut: "On passe de moins que rien à champions. On s'est très bien d'où on vient et ce qu'on a pu transpirer pour en arriver là. Maintenant, il ne faut pas s'arrêter à ça, le plus dur et le plus beau arrive." Un parfait résumé de cette situation si sensible à gérer... Se griser, voilà ce qui guette les Bleus, même si les premières déclarations et les premiers comportements dans la foulée de la qualification tendent à démontrer qu'on sait garder la tête froide (voir: Sages comme les Bleus). "Quand on gagne contre les Anglais, on peut dire qu'on s'est éclaté", convient Pascal Papé, avant d'immédiatement prévenir: "Après, on a rien gagné, on n'est pas champions du monde. D'autant qu'on a vu la première mi-temps du Pays de Galles, je crois qu'a priori, il n'y a pas eu photo contre l'Irlande. On avait vu le match contre l'Afrique du Sud (défaite 16-17). Actuellement, je crois que c'est une des meilleures équipes de cette Coupe du monde, c'est vraiment du lourd qui arrive. Ce soir (samedi), on savoure, mais on n'a pas envie de s'arrêter en demi-finales. Il y a assez d'expériences malheureuses dans le passé de l'équipe de France. On est à quatre-vingt minutes d'accéder à une finale, ça, il ne faudra pas le galvauder. On a envie de conjurer le sort. [...] On a une occasion énorme, ça va être contre une autre énorme équipe, le Pays de Galles. On n'est pas euphoriques, on n'a pas gagné la Coupe du monde, on n'est qu'en demi-finales." Et si le message n'était pas bien passé, Marc Lièvremont, qui fut du camouflet grandiose (43-31) infligé aux All Blacks, avant de perdre la finale de la Coupe du monde 1999 face à l'Australie (35-12), se charge de dresser la liste des pièges les plus tentants à éviter. Avec en règle d'or: "Rester sur la satisfaction d'avoir gagné un match, souligne le coach des Bleus. Le risque, c'est de ne pas digérer le match, le risque, c'est de passer la semaine à recevoir et se satisfaire des félicitations de ses proches. Le risque, c'est de vouloir satisfaire les médias, qui vont peut-être avoir des comportements différents, les agents, qui vont promettre monts et merveilles. Le risque, c'est de se croire d'un coup devenir des super bons joueurs de rugby, sauf qu'on a été samedi les mêmes joueurs qu'à Wellington, sauf qu'on va dire qu'on avait une grosse paire en plus (sic) et que ça a fait la différence." En avoir ou pas, une question décidément récurrente ces temps-ci chez les Bleus...