L'argent fait parfois le bonheur

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L'argent fait parfois le bonheur
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Elle a la même couleur mais pas la même saveur. Si le relais 4x200 m nage libre a réussi la même performance que le relais 4x100 m nage libre en ouverture des Mondiaux, à savoir ramener une médaille d'argent de Shanghai, la joie était beaucoup plus forte vendredi dans les rangs tricolores. Parce que la course a été belle. Parce que ce relais est tout frais. Mais aussi parce que la pression n'est pas la même...

Elle a la même couleur mais pas la même saveur. Si le relais 4x200 m nage libre a réussi la même performance que le relais 4x100 m nage libre en ouverture des Mondiaux, à savoir ramener une médaille d'argent de Shanghai, la joie était beaucoup plus forte vendredi dans les rangs tricolores. Parce que la course a été belle. Parce que ce relais est tout frais. Mais aussi parce que la pression n'est pas la même... "Pour moi, c'est le meilleur moment des Mondiaux." On pourrait croire entendre parler Yannick Agnel, passé à côté des podiums en individuel, aussi bien sur 200 que 400 m nage libre. Ou Grégory Mallet, dont ce rendez-vous était son unique sortie de la semaine. Cette joie est celle de Jérémy Stravius, qui n'a pourtant pas eu à se plaindre depuis son arrivée à Shanghai en termes d'émotions. Déjà médaillé d'argent avec le relais 4x100 m dimanche avant de monter mardi sur la plus haute marche du podium en compagnie de Camille Lacourt sur 100 m dos, le Picard faisait de cette médaille d'argent avec le relais 4x200 m nage libre un moment privilégié, un sentiment partagé par ses coéquipiers et l'encadrement de l'équipe de France, à l'image de Francis Luyce venu embrasser un à un les héros du jour en salle de conférence. Il y avait de la joie et elle était visiblement communicative à voir Romain Barnier, venu jouer les interprètes en conférence de presse, faire le pitre devant les journalistes étrangers. Mais pourquoi diable cette médaille, pourtant de la même couleur que celle décrochée par le 4x100, n'a pas suscité le même enthousiasme dimanche dernier ? Peut-être parce que ce n'était encore que le début des Mondiaux quand cette récompense est déjà la septième de la semaine pour l'équipe de France et fixe un nouveau standard à l'occasion de championnats du monde pour la France dont le compteur était jusqu'à présent bloqué à six unités. Plus sûrement parce que les relayeurs du 4x200 n'avançaient pas avec la même ambition que ceux du 4x100, toujours présentés comme des prétendants à l'or mais jamais récompensés à cette hauteur en grand bassin. Revanche aux Jeux ? "Il y a plus de pression avec le 4x100", reconnaît Stravius qui, comme Fabien Gilot, aura goûté aux deux ambiances. "Là, on est détendu, on se parle tous. L'ambiance est vraiment unique. Ce n'est pas pareil qu'un relais 4x100 où on est plus tendu", précise le Picard, qui n'oublie pas d'associer Sébastien Rouault, sollicité en séries, à cette réussite. "Les échanges qu'on a eus avant la course font qu'on s'est tous bien senti tout de suite dans ce relais. On a vraiment nagé à quatre. Ce n'était pas chacun pour soi, on a vraiment nagé les uns pour les autres. On est vraiment une équipe soudée", ajoute-t-il. Loin, très loin, des querelles de cour d'école qui ont pris l'habitude de polluer l'autre relais, celui qui depuis Pékin focalise l'attention et la tension. L'élève de Michel Chrétien, pas le genre de garçon à faire le coq, n'y fait pas référence et parle natation. D'un côté le 4x100, "une course où il faut nous concentrer sur nous-mêmes, où il faut passer en-dessous des vagues parce qu'il y a beaucoup de remous, ça va très vite", de l'autre une course "posée, plus longue, avec des stratégies différentes et des scénarios évolutifs". Bref, plus de temps pour vivre l'instant présent et savourer. "Par rapport au 4x100, c'est un plaisir qui est doublé sur la durée", résume Yannick Agnel qui, après avoir lancé le relais sur de bonnes bases (1'45"25 juste derrière Paul Biedermann mais juste devant Michael Phelps), a vécu intensément la course sur le bord du bassin. "Je crois que demain je n'aurai plus de voix", rigole-t-il. Il en fallait pour encourager ses copains et notamment Gilot, qui a rivalisé sur 100 mètres avec l'Américain Ryan Lochte, de quoi gagner le respect des maîtres incontestés de l'exercice depuis 2004, avant de se faire violence pour conserver le bénéfice de la deuxième place devant la Chine. Un scénario parfait pour faire monter la température dans le cocon de l'Oriental Sports Center. "Il y avait une énergie folle, comme rarement j'en ai ressentie", confie le Nordiste du Cercle des Nageurs de Marseille qui n'est pourtant pas le dernier venu en équipe de France. "Ça restera un moment particulier de ma carrière, une course que je garderai en mémoire", avoue-t-il. "J'en ai encore des frissons", insiste Stravius. Une deuxième place qui marque peut-être la véritable naissance de ce relais, dont l'adage veut qu'il soit révélateur de la force d'une nation. "On a fait 750m avec les Ricains, l'année prochaine on en fera 800, promet Agnel, déjà tourné vers les Jeux Olympiques de Londres. On les a fait vaciller, on leur a prouvé qu'on était là." On dit qu'il n'y a rien de plus beau qu'une naissance, voilà peut-être la raison d'une si belle joie.