Jourdain, un dernier tour...

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Jourdain, un dernier tour...
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Comme il y a quatre ans, c'est une fin de course pénible qui attend Roland Jourdain, tenant du titre et leader de la Route du Rhum dans la classe Imoca (monocoques de 60 pieds) depuis dix jours. Le skipper de Veolia Environnement, englué dans la nuit de vendredi à samedi dans du très petit temps, a repris un peu de vitesse dans la matinée, mais restait à attaquer un tour de la Guadeloupe qui, il y a quatre ans, avait failli lui coûter la victoire.

Comme il y a quatre ans, c'est une fin de course pénible qui attend Roland Jourdain, tenant du titre et leader de la Route du Rhum dans la classe Imoca (monocoques de 60 pieds) depuis dix jours. Le skipper de Veolia Environnement, englué dans la nuit de vendredi à samedi dans du très petit temps, a repris un peu de vitesse dans la matinée, mais restait à attaquer un tour de la Guadeloupe qui, il y a quatre ans, avait failli lui coûter la victoire. "C'est mou". Pour ce qui était peut-être sa dernière vacation de la course, Roland Jourdain ne pouvait cacher samedi à midi une certaine lassitude face aux conditions de «pétole» (absence de vent) régnant sur les Antilles. Un petit noeud de vitesse instantanée samedi matin, à peine plus pour ses rivaux, tous les solitaires de la classe Imoca étaient logés à la même enseigne, scotchés à cause de conditions toujours très éprouvantes pour les nerfs. Roland Jourdain n'en perdait pas pour autant son humour légendaire, ajoutant: "La nuit dernière, au début ça a été sympa, mais à un moment rideau. Et tellement rideau que j'ai fermé les volets, je suis allé dormir. Il y avait zéro noeud, j'ai tout rangé, tout plié, j'ai dit salut aux deux oiseaux qui s'étaient posés sur les filières à l'arrière, je leur ai dit de garder la boutique et je suis revenu deux heures plus tard." Deux heures plus tard, le spectacle était toujours aussi désolant, avec, pour reprendre les mots d'un autre «scotché», Jean-Pierre Dick, "une mer complètement lisse, sans ride", mais un peu de houle, ce qui rend la navigation particulièrement stressante, car usante pour le gréement. "Ça exige une extrême vigilance pour les voiles parce qu'elles battent, c'est assez fatigant, poursuivait le skipper de Virbac-Paprec 3, alors troisième à 100 milles du leader. Je ne sais pas combien de temps ça va encore durer cette histoire, ça va être long, il y a encore le dessous de la Soufrière à faire. On sera arrivé le 14 peut-être le 15 à cette allure-là." Vers un inédit doublé... C'est plus certainement dans la nuit de samedi à dimanche que l'on devrait connaître l'issue de cette neuvième Route du Rhum pour cette classe Imoca, au moins en ce qui concerne son vainqueur. Et sauf surprise, ce sera Roland Jourdain, car si l'intéressé expliquait samedi que "ça fait partie du métier de craindre l'adversaire", il ajoutait aussitôt, à propos des conditions de l'arrivée: "Je serais inquiet s'il y avait des conditions avec le vent qui revient de derrière, ce n'est pas vraiment le cas, mais je jetterai toujours un oeil dans le rétro jusqu'à ce que la ligne soit franchie." Un rétro dans lequel Armel Le Cléac'h était à distance respectable, à 80 milles samedi à midi, les «nordistes» Jean-Pierre Dick, Vincent Riou et Marc Guillemot, tous handicapés par des pépins techniques lors de leur traversée de l'Atlantique, étant quant à eux à plus de 100 milles. Sauf inattendu rebondissement, «Bilou» se dirige donc vers un inédit doublé en monocoque, les seuls à avoir réussi pareille performance étant Laurent Bourgnon, vainqueur en 1994 et 1998 en multicoque de 60 pieds, et Franck-Yves Escoffier, triple lauréat du Rhum, en multicoque de 50 pieds (une classe dans laquelle la concurrence était jusqu'ici bien moindre). Restait cependant à négocier un ultime tour de la Guadeloupe que Roland Jourdain a attaqué samedi en début d'après-midi, avec une petite brise revenue qui lui permettait d'avancer à 10 noeuds au nord de Grande-Terre. Un tour de la Guadeloupe qui, il y a quatre ans, faillit lui être fatal, puisqu'il y perdit quasiment ses 150 milles d'avance sur Jean le Cam, revenu dans son tableau arrière. Cela n'avait pas suffi pour priver Roland Jourdain d'un premier grand succès en solitaire, le deuxième lui tend les bras...