Jourdain tient le bon bout

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Jourdain tient le bon bout
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Et si Roland Jourdain réussissait le doublé sur la Route du Rhum ? Alors que l'arrivée des premiers monocoques de 60 pieds est attendue ce week-end, l'hypothèse tient de plus en plus la route, le skipper de Veolia Environnement étant parvenu à creuser un écart assez conséquent sur ses poursuivants, Armel Le Cléac'h en tête. En Multi 50, on se dirige vers un duel final entre Lalou Roucayrol et Lionel Lemonchois.

Et si Roland Jourdain réussissait le doublé sur la Route du Rhum ? Alors que l'arrivée des premiers monocoques de 60 pieds est attendue ce week-end, l'hypothèse tient de plus en plus la route, le skipper de Veolia Environnement étant parvenu à creuser un écart assez conséquent sur ses poursuivants, Armel Le Cléac'h en tête. En Multi 50, on se dirige vers un duel final entre Lalou Roucayrol et Lionel Lemonchois. Imoca : Jourdain tient le bon bout Roland Jourdain n'en finit pas d'impressionner ! Après avoir creusé bon an mal an son sillon dans l'Atlantique, le skipper de Veolia Environnement a encore enfoncé le clou dans la nuit de mercredi à jeudi, puisqu'en 24 heures, il est parvenu à prendre 40 milles à son poursuivant immédiat, Armel Le Cléac'h, relégué jeudi à midi à 80 milles. Joint à la vacation de la mi-journée, «Bilou» ne boudait pas son plaisir, lui qui est désormais idéalement placé pour signer un inédit doublé en monocoque (seul Laurent Bourgnon l'a réussi en multicoque, Franck-Yves Escoffier ayant réalisé un triplé en multicoque de 50 pieds, mais avec une concurrence moindre): "La vie est belle, il ne faut pas se voiler la face, ça fait du bien, surtout après la nuit qu'on vient de passer. Ça a été de la manoeuvre et du réglage, je pensais qu'on pourrait dormir, ce n'était pas encore le cas." Forcément, à bord de Brit Air, l'ambiance était toute autre, Armel Le Cléac'h ayant été nettement freiné dans la nuit: "La nuit n'a pas été simple, le vent est rentré par devant, et moi, je me suis retrouvé coincé sous un gros nuage, j'ai eu du mal à m'en extirper, ça fait forcément plus de milles au compteur, ça commence à faire, mais on va essayer de s'accrocher." Pas évident désormais pour le skipper de Saint-Pol-de-Léon de revenir car Jourdain est désormais droit devant lui, dans une position de contrôle idéale. "Hier après-midi (mercredi, ndlr), j'étais content de pouvoir recroiser devant Armel. Je ne craignais pas son décalage, parce qu'il n'y avait pas de vent, mais quand j'ai vu la vitesse avec laquelle il est passé dans pas de vent la dernière fois, je me suis dit qu'il avait inventé du vent, ça commençait à m'agacer ! C'est pour ça que je suis ravi d'avoir croisé devant, au moins on est dans le même coin, on a le même vent que lui, on est à armes égales." L'arrivée ? «Bilou» semble serein: "C'est très mou sur le final, il faudra rester vigilant. Mais a priori, il n'y a pas les conditions pour que ça revienne très vite de derrière." Bref, ça sent bon pour Jourdain qui peut se permettre de conclure sur un de ses bons mots dont il a le secret: "Les anciens sont là ! Vu que l'âge de la retraite recule, il faut bien qu'on se maintienne, sinon on est mal barré !" Ultime : Guichard en termine Le podium connu, il reste encore quatre marins en mer dans la classe Ultime, le prochain arrivé à Pointe-à-Pitre étant Yann Guichard qui en terminera ce jeudi, à plus de deux jours de Franck Cammas. Forcément une déception pour le skipper de Gitana 11 qu'on attendait plus haut placé, certains n'hésitant pas avant le départ à en faire leur favori. Seulement pour briller, son trimaran, le détenteur du record (7 jours 7h19'06") rallongé de 60 à 77 pieds (18,28 à 23,50 mètres), avait besoin de temps médium et de mer calme, ça n'a pas été le cas, d'où un premier bilan tiré par l'intéressé: "C'était dur d'être en harmonie avec le bateau, je crois que Gitana 11 était un petit peu petit vu les conditions qu'on a rencontrées. Du coup, tu subis plus au niveau météo parce que tu ne peux pas aller là où il y a trop de mer." L'ancien spécialiste du Tornado, joint jeudi à la vacation, était en tout cas impatient d'en finir, confiant avoir vécu des heures bien pénibles: "Les trois derniers jours ont été durs et longs, les plus difficiles de ma vie depuis que je fais du sport. Plus j'avançais, moins il y avait de vent, j'ai passé trois jours à ne pas dépasser 15 noeuds de vitesse, avec en plus le vent dans l'axe. Et je ne cache pas que c'était rude de voir les copains arriver, ça met un petit coup au moral, même si je suis très content pour eux." Malgré la déception de la quatrième place, Yann Guichard prend rendez-vous, puisqu'il conclut: "C'est une super expérience, je n'avais jamais traversé l'Atlantique en solo sur ce genre de machine, je sais que ça me plaît, j'ai envie d'y retourner." Derrière lui, Philippe Monnet (La Boîte à Pizza) devrait prendre la cinquième place sur l'ancien Castorama d'Ellen MacArthur, tandis que pour la sixième, la bataille fait rage entre Servane Escoffier (Saint-Malo 2015) et Gilles Lamiré (Défi Cancale), les deux multicoques ayant navigué à vue toute la journée de mercredi ! Multi 50 : Lemonchois chasse Roucayrol Après les avaries subies en début de semaine par les deux leaders, Franck-Yves Escoffier et Yves Le Blévec (le premier a signifié son abandon jeudi après-midi, le second reste en course), la lutte s'annonce serrée pour la victoire entre Lalou Roucayrol et Lionel Lemonchois, avec pour l'instant avantage au premier, qui disposait jeudi à midi, d'un matelas d'environ 80 milles d'avance sur le second, avec pour les deux hommes une météo assez proche, puisque Lemonchois était «dans la roue» du leader. Mais à 16h jeudi, le skipper aquitain, arrêté dans une molle, avait perdu 30 milles en quatre heures, ne comptant plus que 54 milles de marge ! Vainqueur il y a quatre ans en multicoque de 60 pieds, avec à la clé le record absolu de l'épreuve, qui n'a pas été battu cette année, le Normand, qui dispose avec Prince de Bretagne d'une machine plus compétitive que Région Aquitaine-Port Médoc, peut-il réussir le doublé ? "Ce serait LA belle histoire de cette Route du Rhum, répond notre chroniqueur Yann Eliès. Certes, ce n'est pas dans la catégorie reine, mais la manière dont il est revenu dans la course laisse rêveur. Il était tout proche de l'abandon (à cause d'un problème de grand-voile qui l'avait contraint à faire demi-tour vers l'Espagne en début de course), il a réussi à solutionner l'avarie à la force de ses bras, au propre comme au figuré, en montant dans son mât en pleine mer." Reste que revoir à ce niveau le discret mais talentueux Lalou Roucayrol, troisième de la Route du Rhum en 1998 sur Banque Populaire, sponsor qui l'avait remercié fin 2004, n'est pas pour nous déplaire non plus...